Ai été à une fête costumée, puisqu'on est en période de carnaval. Pour l'occasion, je m'étais enfin résolu de mettre le costard-cravate-lunettes-noires, en guise de déguisement. J'arrivais donc en Man-In-Black/garde du corps/agent FBI/ce-que-vous-voulez, et comme les derniers qui m'ont vu en costard-cravate, ils sont pas jeunes, je suis presque passé incognito. Très marrant, mais ce n'est pas du tout le sujet d'aujourd'hui. Parmi les costumés et même parmi les costumées, il y avait au moins trois lutteurs libres masqués et capés, oui, ces gros musclés dans un ring qui se permettent tous les coups et qui tabassent l'arbitre une fois sur deux. Assouvissement de fantasmes jusqu'alors contenus? Du tout. Au contraire, une évidente référence à la culture popu mexicaine. Au Santo.

Autrement dit, le James Bond, le Zorro, le Fantômas, le Batman, l'Arsène Lupin mexicain. L'homme au masque d'argent. Dont personne ne connaît le visage. Le bougre a réellement existé: né en 1917, il commence sa carrière dans les années 40 en tant que catcheur professionnel, puis à la fin des années 50, il entre dans le monde du cinéma. C'est le début d'une seconde carrière étonnamment prolifique, quelques douzaines de films jusque dans les années 80, avec pour seul et unique rôle: lui-même. Santo. L'homme au masque d'argent. Dont personne - bon, j'abrège.

Ces films rappellent parfois ceux de Ed Wood, le réalisateur des plus mauvais films de toute l'histoire du cinéma. Méli-mélo de science-fiction, de fantastique, de polar, tous les plaisirs les plus éculés y passent: Martiens, momies, zombies, savant fous, chasseurs de tête, loup-garous, femmes vampires, diablotins, malfrats divers, monstres variés, Dracula, Frankenstein mal orthographié - ça se bousculait sur le paillasson. Et le Santo de transformer tout Mexico en ring, de se débarrasser des méchants sans jamais perdre son masque qui lui couvre tout le visage. Du coup, jamais un sourire, jamais un clin d'oeil de la part du Santo, qui reste étrangement inexpressif. Autant dire que les seconds rôles devaient assurer.

Et de fait, ils assurent: Claudio Brook, par exemple, dans Santo en el museo de cera. Vous le connaissez tous: il a été quelques années plus tard un des pilotes anglais dans La Grande Vadrouille. Ici, il joue le directeur d'un musée de cire, qui bien sûr utilise de vrais cadavres, des badauds assassinés par ses soins, pour recréer des monstres de cire mais qui s'éveilleront à la vie - enfin, vous voyez le genre. Le détail intéressant, c'est que dans l'histoire, il est aussi un survivant des camps nazis. Une victime de l'horreur des camps qui devient bourreau, voilà une idée peu européene - mais qu'on retrouve dans une autre incarnation dans la culture popu américaine, cette fois: le méchant des X-Men était lui aussi passé par les camps de concentration.

S'il y a eu autant de films, c'est que c'était un hénaurme succès public. D'ailleurs, la lucha libre, même après Santo, est toujours aussi populaire au Mexique à l'heure actuelle. A tel point qu'elle dépasse les frontières, comme le montre un récent film américain, Nacho libre, avec l'excellent Jack Black. La culture chicano - les Mexicains émigrés aux US - y est pour quelque chose: dès les années 80, les génialissimes frères Hernandez avaient inclu dans leur BD fleuve Love And Rockets puis dans la suite Whoa, Nellie! le thème de la lutte libre, cette fois au féminin.

Quant au Santo, ses films sont presque tous disponibles en DVD. Sa panoplie est en vente partout.

Rubrique "c'est quoi ces saintetés": Les Beatles avant les Beatles, avec Pete Best à la batterie, engagés comme backing band pour Tony Sheridan, rocker britannique épigone d'Elvis. Enregistré à Hambourg, ce titre parut en face b du 45 tours My Bonnie, celui qui allait tout déclencher: Brian Epstein qui découvrait le single, se décidait de devenir le manager du groupe. Quant à Sheridan, il vit toujours près de Hambourg. Les Breeders, le groupe des soeurs Deal, en étaient avec The Saints à leur troisième single issu de l'album Last Splash (1993). Du rock alternatif-grunge. Et puis, finalement, il y avait un autre Saint, en feuilleton télé, interprété par Roger Moore et donc rien, mais absolument rien à voir avec son homologue mexicain. Des saints, il y en a pour tous les goûts, faut croire...

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