Johnny Cash
...ou une raison de plus pourquoi je ne serai jamais anti-américain. Concédons qu'il y a beaucoup d'andouilles aux Etats-Unis. Numériquement, ils sont bien plus nombreux que, mettons, au Luxembourg. Mais proportionellement? C'est qu'il y a toujours eu la face cachée du Gringoland. Le rêve américain? Démonté dès les années trente par Hammet, Chandler et leur polars noirs, leur personnages de privés désabusés incarnés à l'écran par Bogart. Et puis, il y a la musique, du jazz au rap, en passant par le blues, le folk, le rock, le funk, la soul... Si on ne devait retenir que ça, les États-Unis seraient un pays passablement génial.
Ces derniers temps, on nous annonce le retour de la country. Par souci d'authenticité, sans doute, pour mettre fin aux bidouillages par ordi? Soit. Mais j'y pense, la country, n'est-ce pas l'expression même de l'Amérique de Bush, des groupes de rednecks genre Raymond & ses Réacs (cherchez pas...), sympathisants du Ku Klux Klan, armés jusqu'aux dents, chassant à leurs heures perdues l'immigré illégal le long du Rio Grande? Aussi, oui, mais là comme ailleurs, il y a le revers de la médaille bêtement étincelante. Et là, on retrouve une multitude d'illustres ancêtres, dont Hank Williams, puis les Byrds, les Flying Burrito Brothers, Gram Parsons, Emmilou Harris, Kris Kristofferson, Willie Nelson, voire Dylan lui-même.
Et Johnny Cash. Il a encore fallu un film pour attirer mon attention. Je n'ai pas trouvé Joaquin Phoenix tout à fait convaincant dans le rôle titre, assez néanmoins pour faire une virée chez mon dealer habituel. Commençons par la fin: American IV: The Man Comes Around, son dernier album, paru en 2003, l'année de sa mort, qui contient la vidéo de Hurt, hénaurmissime, un Johnny Cash vieilli, méconnaissable, qui ressasse sa vie passée, les occasions manquées, les amis perdus à jamais, avec une dignité de tragédie shakespearienne. Je crois que j'ai été rarement aussi ému par un clip. Le voici:
La carrière a été longue. Voici une chanson du tout début, de 1955:
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Le son caractéristique s'y trouve déjà. Niveau paroles, Cash était pourtant capable d'écrire vers la même époque des choses beaucoup moins innocentes, comme ce Folsom Prison Blues, avec son vers fameux, "I shot a man in Reno, just to watch him die", ce qui lui vaudra d'être déclaré parrain du gangsta rap des décennies plus tard. Yo. Préoccupé par la situation des taulards, il parvient à donner en 1968 en concert dans cette même prison de Folsom qu'il chantait depuis des années. Voici donc la version live de cette chanson, introduite par le rituel "Hello, I'm Johnny Cash":
Télécharger: Folsom Prison Blues (live) (mp3) - acheter
Cash était un homme profondément religieux, comme on peut l'être dans le deep south américain. Son dernier album de 2003 s'ouvre sur une évocation de l'apocalypse, même si la musique semble suggérer qu'on peut toujours y échapper, dans le wagon fourgon d'un train à vapeur par exemple. Sauf que les trains à vapeur n'existent plus.
Télécharger: When The Man Comes Around (mp3)
Un album postume vient de paraître; apparemment, d'autres sont prévus. Gageons qu'il y aura encore des choses à découvrir. Les Etats-Unis, je n'y ai jamais mis les pieds. Au Luxembourg non plus, d'ailleurs.
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