Ça fait maintenant presque deux semestres que je donne des ateliers de philo en plus de mes cours de français. Moment propice pour un petit bilan?

Je n'ose même pas dire "j'enseigne la philo", non pas parce que j'usurpe une fonction qui n'est pas la mienne, mais tout simplement parce que nous sommes une école de français langue étrangère, et donc, atelier de civilisation ou pas, l'aspect linguistique prime. J'explique des concepts, d'accord, mais j'explique aussi du vocabulaire, je corrige des hispanismes, des verbes mal conjugués, des pronoms pas à leur place. D'un autre côté, ça élimine dès le départ la forme du cours magistral: Pourquoi ruminer durant deux heures du concept de Nietzsche chez Spinoza, si mes étudiants peuvent avoir la même chose en espagnol en s'inscrivant dans une université du coin? Non, inutile de concurrencer les facs, ni surtout d'appliquer le principe bonjour-assis-vos-gueules. Et puis, c'est barbant, les cours magistraux, on s'endort, et même ceux qui par je ne sais quel prodige restent éveillés ne retiendront qu'environ 10% du cours. 

Nous sommes dans l'ère du communicatif. Soit, communiquons. Inspirons-nous des cafés philosophiques qui ont été créés en France depuis une quinzaine d'années. Un animateur, qui définit un thème, qui lance quelques idées, et voyons voir ce qui se passe. Généralement, il se passe quelque chose...

On a pas mal critiqué les cafés philosophiques, on a dit que ce n'était pas de la vraie philosophie (et puis qu'est-ce que la vraie philosophie? - excellente question, question suivante), mais force est de constater que ça fonctionne, pour des gens qui n'ont plus fait de philo depuis le lycée, voire pas de philo du tout, et aussi pour d'autres qui arrivent avec un solide bagage culturel. Le tout est de faire comprendre que tout le monde est capable de philosopher. Une fois que les étudiants ont compris ça, c'est gagné. Après, ça devient un cours comme un autre, où il faut lancer et relancer le débat, motiver les timides et couper le sifflet aux bavards. A la différence près - et là il faut être diablement circonspect - que l'enseignant ne doit pas confondre supériorité linguistique et supériorité intellectuelle: il y a peu de mérite à refuter les arguments d'un étudiant lorsque celui-ci est limité dans son expression d'une langue qui n'est pas sa langue maternelle. Si la discussion avait eu lieu en espagnol, elle aurait pris un autre tour.

Bien sûr, on entend parfois des choses curieuses, des participants qui s'épanchent sur leurs bobos personnels, ou qui s'exposent à une profession de foi qui n'a pas grand chose à voir avec la philosophie. À l'enseignant alors de saisir la balle au bond, de jongler avec et de faire son Socrate. De la philosophie de saltimbanque? Peut-être, mais j'assume...

Euh... je vous ai déjà parlé de mon iPod?

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Rubrique "c'est quoi cette chanson?": C'en est une par un des groupes les plus introspectifs de l'histoire du rock, notamment via Pete Townshend, tête pensante du groupe. Enregistré en 1970 et prévu pour un EP, elle a fini face B du 45tours Won't Get Fooled Again. Un peu "l'enfer c'est les autres", un peu "la vie est un songe" et la difficulté de réaliser ce théorème prisé par les philosophes (mais récupéré par les psys): "Connais-toi toi-même"...

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