Ça y est, j'ai un iPod. Me voilà miraculeusement en phase avec mon époque. L'ennui, c'est que mon ordi n'est pas du tout en phase avec l'iPod. C'est que jusqu'à présent, mes CDs se transformaient en fichiers .wma, que je pouvais lire avec le Windows Media Player. Ce dont l'iPod se contrefout royalement. Lui, il veut iTunes, Quicktime et convertir les fichiers (ou alors je n'ai pas compris). Microsoft vs. Apple - libre à chacun d'y voir une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes. A la réflexion, ce serait plutôt une nouvelle querelle des Bouffons.

Avec tous ces fichiers musicaux, il fallait déjà être titulaire d'un ou deux diplômes en business administration, juste pour les classer de manière tant soit peu logique. Maintenant, il faut en plus gérer les fichiers iPod. Je vais devenir cinglé, je le sens. Qui plus est (et là, je n'ai vraiment pas compris), le Quicktime se met automatiquement en marche dès que je clique sur un lien mp3 et je ne peux plus télécharger de petites musiques, grrrr.... Donc, comment faire? Tout balancer sur l'iPod puis désinstaller Quicktime? Puis le réinstaller en cas de besoin? Achetez vous des ordis, qu'y disaient. Ça va vous faciliter la vie, qu'y disaient.

Quand-même: je me rappelle de mon premier walkman à cassettes, dix chansons sur une face, dix sur l'autre, ça me paraissait énorme! Et là, sur mon iPod, j'ai - 'ttendez que je vérifie - 3259 chansons dessus, gasp! Si je veux tout écouter à raison de huit heures par jour, il me faudra 120 jours. Mais bon, j'ai pas que ça à faire et vous non plus.

Sur un point, le Media Player est supérieur au iTunes: il permet de classer les chansons par année de parution, ce qui flatte mon goût pour les voyages musicalo-temporels. Et d'ailleurs, c'est ce que je vous propose aujourd'hui: un trip musical, en sautant d'une décennie à l'autre, avec 5 chansons (issues des 3259) à télécharger. En voiture....

1996: Mike Flowers Pops - Wonderwall (mp3) - Acheter

Les Anglais avaient réussi l'exploit de balayer le grunge. Oasis, Blur, Pulp, The Verve - le sticker "buy british" sur les CDs n'était pas une injonction nationaliste, mais tout simplement une question de bon sens. On pouvait même se permettre une excentricité telle celle des éphémères Mike Flowers Pops et transformer le mégatube d'Oasis en easy listening, avec faux grésillement de vinyle, fausse voix ringarde, faux instruments d'occase, fausses choristes mortes d'ennui. Cette version est au rock ce que Le nom de la rose est au roman historique et signifie par conséquent l'entrée de la postmodernité dans la pop culture... Mmmnon, je raconte des conneries.

1986: Suzanne Vega - Left of Center (mp3) - Acheter

Quand Suzanne Vega apparut, on crut d'abord à une folkeuse attardée. Qu'allait-elle faire aussi, avec sa guitare acoustique, en plein règne MTV, de clips pharamineux et de musiques médiocres? On la sous-estimait: elle était diablement en avance sur son époque. Liz Phair, Fiona Apple, Cat Power lui en doivent beaucoup. Left of center, marginale, elle l'était, mais ça changerait dès le second album. Deux ans plus tard, je l'ai vue sur scène à Paris. Elle nous a récité l'unique phrase en français qu'elle connaissait: "Vouleï vouw coucheï avec mwoah?" Et comment donc, Suzanne, c'est quand tu veux. Passe un coup de fil avant, quand-même. 

1976: Genesis - A Trick of the Tail (mp3) - Acheter

Peut-être l'année la plus pépère de toute l'histoire du rock. A défaut de révolution, de guerre de Vietnam, on se retirait dans son petit monde, retournait à la terre, et quand les chèvres vous en laissaient le loisir, on bouquinait de la psycho, de la science-fiction et de l'ésotérisme. A l'image du Phil Collins de l'époque: chevelu, barbu, bonnet de laine communautaire, brûle-gueule dans la bouche, une écharpe d'au moins dix mètres autour du cou, relax Max, à l'aise Blaise, cool Raoul. Et on se fabriquait des musiques très sophistiquées et très virtuoses. Et très datées, quand on se donne la peine d'y jeter un coup d'oreille trente ans après. Genesis, cette année-là, ne sort pas moins de deux albums, A Trick of the Tail puis Wind and Wuthering. Et pourtant, après le départ de Peter Gabriel, on donnait pas cher de l'avenir du groupe. Retour de manivelle, le groupe, désormais sous l'égide de Phil, va connaître ses plus grands succès. Je sais, le monde est injuste, mais c'est le seul monde qu'on a, et ça restera comme ça. Ah ouais? Tu parles, Charles, car dès l'année suivante: "iiiiiiiiiiiiiiiii aaaaaaaaaam an antichristuh" et vous connaissez la suite. Euh... excusez le sarcasme, en fait j'adore cette chanson.

1966: Michel Polnareff - L'Oiseau de nuit (mp3) - Acheter

Année charnière. Le rock devient chose sérieuse. Tout ce qui paraît cette année-là fait figure de classique absolu (ou du moins le devrait). On n'en a plus idée aujourd'hui, mais un énergumène qui risquait sa vie parce qu'il se laissait pousser la frange d'un centimètre de plus et qui le soir retournait chez lui avec Revolver ou Aftermath ou Highway 61 Revisited sous le bras, croyait fermement que ces groupes qu'il allait écouter étaient détenteurs d'un savoir. Un savoir qui serait à jamais imperméable aux bourges avec lesquels il venait de rompre, mais accessible à force d'écoutes répétées au beatnik néophyte enthousiaste qu'il était. Même du côté français, on oublie ses rengaines yéyé, on part pour Londres et à l'instar de Michel Polnareff, on enregistre un fabuleux premier album.

1956: Johnny Burnette: The Train Kept A-Rollin' (mp3) - Acheter

Curieusement atypique, cette chanson. Le train? A l'époque, tout chanson rock qui se respecte parle de bagnoles: cadillacs, chevrolets, t-birds. Et du plaisir qu'on peut y avoir un samedi soir alors qu'on vient juste de recevoir sa paye. Alors que là, non, une rencontre dans un train qu'on s'imagine propulsé à une vitesse vertigineuse et désespérante par le trio de Johnny Burnette. Rien à voir avec l'optimisme provoc' de l'époque. Les chansons sur les trains allaient réapparaître douze ans plus tard, avec le blues revival. Ceci expliquant peut-être cela.

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