Temps et argent
Aïe. Oh non. Pitié. Encore une fois. "Le temps, c'est de l'argent". Voilà, c'est dit, on aura encore une fois eu droit à ça. Dans le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, ça aurait mérité une place de choix, mais puisque nous sommes toujours sous l'emprise de la pensée libérale, que tout se réduit à une question de minimal input/maximal output, je ne vois guère comment j'aurais pu y échapper. Enfin, bon. Le temps, c'est de l'argent. Mouais. Comme le chantait Ferré: "Avec l'argent, va, tout s'en va...", cet hymne à la dépense inutile. "Et maintenant, que vais-je faire, de tout cet argent, qui était ma vie?·", ça, c'est Bécaud qui se glisse dans la peau d'un honnête homme d'affaires qui vient de vendre son entreprise aux Iraniens. Et que dire de cet éloge des transactions boursières telles que nous les dépeint tendrement Jacques Brel, "c'est la valse à mille argents"? Ou encore cette douce rodomontade de brave économe par Michel Fugain, "Je n'aurai pas d'argent"... Ou cette vieille aubade de ce sympathique agriculteur qui vient sourire aux lèvres rapporter à sa famille l'usufruit de sa labeur: "voici venu l'argent des cerises"... Et même cette désopilante satire du faussaire dans sa cave, interprétée par Guy Béart, "je voudrais changer les couleurs de l'argent" - non, c'est bien vrai, le temps c'est de l'argent. D'ailleurs, on parle, on parle, et le temps et l'argent passent et je ne vais quand-même pas me ruiner rien qu'à vous raconter ça...