...et qui rameutait un tas de chevelus et barbus, dont Dylan, qui n'avait pas mis les pieds sur scène depuis 1966 justement. Puis il y a son autobiographie, "Chronicles Volume One", éclatée, fragmentée, superbe à lire - et donc je plonge dans cette atmosphère du Greenwich Village au tout début des années 60, dont je ne connaissais rien, drôle de vivoir qui contenait en germe tout ce qui allait éclater quelques années plus tard. On suit l'ascension de ce folkeux à la casquette de moujik jusqu'au jour où, au festival de Newport en 1965, il échange sa gratte sèche contre une électrique - et se fait copieusement huer par le public qui crie à la trahison. Chacun ses intégristes, hein? Il y a bien ce statut de protest singer qui lui colle à la peau, une étiquette qu'il récuse, et pourtant, ça n'était pas toujours facile d'interviewer Sa Bobité. Quand en plus le journaliste est un tantinet naïf, ça donne à peu près ça:

Journaliste: "Combien de gens qui font de la musique dans le même créneau que vous, combien sont des chanteurs contestataires? C'est à dire, ces gens qui utilisent leur musique et leurs chansons pour protester contre, euh, l'état de la société dans laquelle nous vivons, contre la guerre, le crime ou quoi que ce soit."

Dylan: "Euh... combien?"

Journaliste: "Oui, combien."

Dylan: "Euh, je crois qu'il y en a environ, euh, 136."

(les gens autour de Dylan rigolent; le journaliste garde son sérieux)

Journaliste: "Vous voulez dire ENVIRON 136, ou alors exactement 136?"

Dylan: "Il y en a oubien 136, oubien 142."

Le premier olibrius venu de la star ac battrait Bob Dylan à plate couture si on pouvait imaginer une seule seconde une compétition entre les deux. Mais rassurez-vous, on ne peut pas. Ou alors ce serait comme de discuter des mérites architecturaux respectifs de la cathédrale de Chartres et du McDo du Forum des Halles niveau -1.

A vrai dire, je me méfie des monuments, et à vrai dire plus, je n'avais pas accroché à Dylan non plus. Je connaissais tout juste les classiques, le plus souvent à travers des reprises. Je l'avais vu en concert à Paris en 87, un peu comme on va au musée, et j'étais plus intéressé par Tom Petty en première partie et même par Roger McGuinn, le fondateur des Byrds, en prépremière partie. Mais là, depuis quelques semaines, je n'arrête pas de trébucher sur du dylanesque, d'abord via des DVD, qui ont repris la fonction du CD au début des années 90: mémoriser, remémorer voire canoniser des faits et gestes oubliés de plus d'un demi-siècle de pop culture. Et non des moindres mettent la main à la pâte: Martin Scorcese qui sort "No Direction Home", une biographie de Dylan des débuts de Dylan jusqu'en 1966. Puis ressort le concert pour le Bangla Desh, le premier concert de charité de l'histoire du rock, organisé en 72 par George Harrison...

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