Un dernier encart teuton, puis on se consacrera pleins feux au Mexique. C'est qu'on a beau changer de pays, de continent, de vie, de tout, on garde quand-même un oeil sur ce qui était "avant" - juste pour se dire qu'on avait bien raison de se barrer. Pour ce qui est de mon ancien employeur, l'institut de Romanistique de l'université de Greifswald, pas de regrets, puisqu'il vient de fermer. Contre sa volonté, certes, mais définitivement. Crise budgétaire, impossibilité de maintenir l'enseignement des langues romanes au fin fond de l'Allemagne de l'Est, concurrence avec l'autre université du Land, celle de Rostock, baisse démographique, émigration due au chômage, surabondance des profs de français dans une région où des lycées ferment eux aussi - on a bien choisi ses arguments.

Quand on songe que l'université porte en outre le nom de Ernst Moritz Arndt, grand bouffeur de Français devant l'éternel, on ne s'étonnera plus de rien. Déjà à l'époque où j'y travaillais, la fermeture de l'institut semblait inéluctable. Les arguments contre le maintien étaient alors passablement idiots: il paraît que dans notre coin de Poméranie, au bord de la mer Baltique, qu'à Greifswald, dernière station service avant la Pologne, nous étions trop loin de la France, de l'Italie, de l'Espagne. Ah ouais? Et pourquoi alors enseigne-t-on la sinologie à Cologne et la malaïologie à Berlin? N'importe quoi pour dévier l'attention du seul argument de poids: le manque de sous. Bref, que reste-t-il (de nos amours)? Bientôt rien d'autre que la mer, qu'on voit danser, le long des icebergs. Et puis cette villa, qui hébergeait l'Institut et que l'Université va bientôt revendre. Elle n'aura été institut que dix ans. Avant la réunification, c'était une Kommandantur soviétique, et les Greifswaldois de souche, quand ils passaient dans la rue, n'en revenaient pas d'y voir soudain des étudiants en vélo et non plus des fantassins en kalachnikov. Nous, ouestards fraîchement importés, dont le vocabulaire russe se réduisait à deux mots (perestroïka et glasnost), évidemment, on ne pouvait pas comprendre.

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