Aurélie, dans son blog, a eu la bonne idée d'aborder un sujet épineux: le comportement de nos compatriotes à l'étranger, leurs préjugés, leurs râleries. Pas étonnant que dans les commentaires, on contre-attaque, on se défend, on vitupère sa propre patrie ou celle des autres - généralement, ça ne rate jamais. Pour Aurélie, ça se passe au Québec; pour moi, ça se passe au Mexique, c'est blanc bonnet et gorro blanco. Entendre des Français débiter leurs clichés sur le Mexique, ça m'énerve ça mmmm'ineeerve vous pouvez pas savoir. – Alors qu’en fait, ça ne devrait pas. Après tout, des clichés, on en a tous, on n'est pas tous diplômés en sociologie (et d’ailleurs, les diplômes en sociologie n’y font pas grand chose). Et puis, on peut très bien adorer le Mexique, s’y trouver tout à fait à l’aise et en critiquer certains aspects malgré tout. Non, en fait ce qui mmmm’ineeerve vous pouvez pas savoir, c’est la transposition de l’esprit de clocher, les gens qui débarquent de leur petit monde, et pour lesquels tout ce qui en diffère est forcément nul. J’ai dit « des Français » ? Je connais tout un tas d’Allemands pour qui c’est pareil, sans même parler des Gringos pour qui le Mexique entier est un pays peuplé de jardiniers et de bonniches potentiels. Il faut parfois partir du constat que la connerie est la chose la mieux partagée au monde…

(Petite pause, ma pizza est prête; il s'agit là d'un produit d’origine italienne fabriqué aux Etats-Unis importé au Mexique ingurgité par un Franco-Allemand; c’est vous dire…)

Nous disions donc (burps) ? Ah oui, « des Français ». Dire qu’il y a des Français ici qui votent Front National. Les pauvres. Ils sont bien à plaindre, entourés de toutes ces peaux basanées. Ils aimeraient bien expulser les étrangers, mais ça pose un petit problème quand on est soi-même expatrié. Sans en arriver à des extrèmes (droite), c’est quand-même curieux cette façon qu’on a de réduire son identité à une question de passeport dès qu’on se trouve à l’étranger. Je veux dire, quand vous allez au supermarché en France, en traversant les rayonnages, vous ne marmonnez pas « je suis français je suis français » à tout bout de champs. Ici, on a parfois l'impression que certains compatriotes agisssent exactement comme ça: se tenir sur le qui-vive pour pouvoir exprimer un enthousiasme triomphaliste au cas où ils découvriraient une boîte de La Vache qui rit fraîchement importée, qu'ils payeront au prix d'un baril de pétrole. Et puis, c’est quoi cette façon de s’improviser ambassadeur de France dès qu’on se promène dans une rue étrangère, de ne jurer plus que par Chanel et Louis Vuitton et Renault et Danone, de se révéler expert en musette-accordéon alors que, quand on habitait encore dans son bled en Charente-Maritime, on écoutait uniquement du Led Zep à fond la caisse ? Et de se métamorphoser lentement, mais inexorablement en Super-Dupont ?

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