Je continue sur ma lancée... Les Mexicains, comment voient-ils les Français? L'image est globalement positive, même si les Mexicains fêtent chaque année la bataille de Puebla, victoire mexicaine sur le corps expéditionnaire de Napoléon III (mais ça, en France, c'est comme Alésia, personne ne s'en souvient). J'en ai fait une fois l'expérience dans un taxi: le chauffeur me prenait tout d'abord pour un Américain, il restait aimable, me félicitait pour mon espagnol (ce qui était d'autant plus aimable qu'il n'y avait pas grand chose à féliciter). Quand je lui ai révélé mon identité française, son attitude a brusquement changé: "Français? BIENVENIDO!", s'est-il écrié, et ça continuait comme ça durant tout le trajet. "C'est la prochaine à gauche." - "La prochaine à gauche? BIENVENIDO!" - "Combien je vous dois?" -"50 pesos. BIENVENIDO!" J'exagère à peine.

Parfois, cependant, quand on gratte un peu le vernis, on s'entend dire aussi que les Français sont arrogants. Ça vient probablement des milieux bizness, je n'ai pas encore pu vérifier. Ou alors c'est carrément un héritage de cette attitude de missionariat qu'affichaient bon nombre d'immigrés français tout au long du XXe siècle, des religieux, des professeurs, tous venus pour apporter la bonne parole de la République Une et Indivisible. De même qu'il fallait être particulièrement sévère quand on enseignait le français; apprendre le français, c'était un honneur, ça se méritait. Alors qu'aujourd'hui, avec les nouvelles directives européennes, l'important c'est que le message passe, tant pis si on loupe un subjonctif dans le tas. C'est en fait une révolution et c'est quasiment passé inaperçu.

Un autre stéréotype qui a la dent dure, c'est l'idée que les Français ne se lavent pas, buenos dias l'odeur. Comme dans tous les stéréotypes, il y a là une once de vérité: on sait qu'à l'échelle européenne, ce sont les Français qui utilisent le moins de déodorant - et le plus de parfum. J'ai moi-même rencontré des compatriotes qui avaient toutes les qualités, SAUF celle de faire fonctionner un déodorant, mais quand-même, ça reste l'exception. Les stéréotypes en disent long sur ceux qui les profèrent: le sens de l'hygiène est très développé au Mexique, contrairement à ce que nous veulent faire croire les films américains. Quand Cortés et ses têtes brûlées, partis pour conquérir le Mexique, arrivent à Tenochtitlán, ils sont ébahis, et en effet, la vieille capitale aztèque était, en matière d'hygiène et d'urbanisme, supérieure à n'importe quelle ville européenne de la même époque.

Mais bon, on parle ici "des" Français et "des" Mexicains et on continue donc à penser dans des catégories héritées du XIXe siècle. Encore une fois: non seulement c'est ridicule de se laisser réduire à une identité nationale nécessairement fictive, mais encore ça correspond de moins en moins à la réalité. Globalisation oblige, les même catégories sociales se ressemblent de plus en plus d'un pays à l'autre. Un type de mon âge, qui fait le même métier, gagne à peu près le même salaire, écoute la même musique, porte les mêmes fringues et détient un passeport d'une autre couleur, je vais probablement m'en sentir plus proche que d'un compatriote qui n'a aucun rapport - autre que celui d'une vague mémoire collective - avec ce que je fais dans la vie. Impensable? Non, on en revient juste à ce qui était une attitude courante. Il est peut-être temps de fermer cette parenthèse nationale qui nous enquiquine depuis deux siècles - mais là, je polémise...

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