Jolie montée d'adrenaline pour cette rentrée dès le premier jour: je dois participer à une table ronde, pour le traditionnel stage de formations des profs. Formation placée cette fois-ci sous le signe du "français sur objet spécifique", autrement dit: le FOS. Moui. Ça me fait un sigle de plus et des jambes finalement pas si belles que ça, puisque primo, je n'ai aucune idée qui va participer à cette table ronde, et secondo de quoi on va parler exactement. Le FOS sans rien, c'est quand-même un peu vague...

Je me rends donc à l'Alliance Française, en fait notre pire ennemi héréditaire juré, mais là, il semblerait qu'on ait en haut lieu fumé le calumet de la paix, avec ces coyotes à foie jaune qui eux parler avec langue fourchue - nanjrigole, c'est des collègues. Les deux autres participants sont des collègues venus de France, les présentations se font, bonjour, bienvenue, puis ce sera à nous.

Juste avant de prendre la parole, je sens le petit démon sur mon épaule qui me murmure "t'es nul t'as rien à dire tu vas t'faire ramasser". Je le fais taire in extremis et je me lance. Evidemment, après quelques échanges, on se rend compte que ça part dans tous les sens. Perplexité croissante du public. Bon, il est clair que les participants auraient dû se rencontrer avant, histoire de centrer le débat sur quelque chose de consistant. Je retiens juste que la collègue de Bordeaux parvient aux mêmes conclusions que moi, bien qu'elle ait une approche pédagogique et moi une approche philosophique, mais je crois bien qu'on est les seuls à s'en réjouir...

C'est d'ailleurs le thème de ma conférence deux jours après, "Philosophie et FLE". Une cinquantaine d'inscrits, yessss! - Oui, mais avant de se prendre la tête souvenons-nous que les collègues sont payés pour assister à une conférence de formation, donc ça motive... J'avais cogité pendant les vacances quels rapports il pouvait bien y avoir entre la philo et le FLE et, oui, force est de constater qu'il y en a. Si nous comprenons la philosophie comme volonté de s'arracher à un déterminisme quel qu'il soit (national, familial, social, sexuel etc.), le FLE peut y contribuer. Pour les étudiants d'une part, qui en apprenant une langue étrangère s'arrachent au déterminisme linguistique, acte qui peut entraîner d'autres arrachements. Pour les profs d'autre part, qui en enseignant sont confrontés à une autre culture et par-là même parviennent à relativiser leur culture d'origine, comme tout expat tant soit peu sensible le sait bien. Le profs de langue ont probablement un petit avantage dans le sens où la langue est leur métier et que c'est la langue qui structure, qui construit la réalité. Petit exemple franco-espagnol? En français, nous avons le verbe "être" qui se traduit soit par "ser", soit par "estar". Par contre, les hispanophones ont un même mot pour "sommeil" aussi bien que pour "rêve": "sueño". Et ce ne sont là que des exemples des plus apparents...

Quelques jours plus tard, je termine le livre de Luc Ferry, Apprendre à vivre. Mis à part que j'aurais adoré, quand j'ai commencé à étudier la philo, d'avoir un livre si limpide à ma disposition, je constate que dans les dernières pages, il fait la part belle aux profs de langue (indirectement, d'accord). Il y a donc matière à cogiter et ce semestre sera sans doute plus philosophique que prévu...

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