Supertramp revisité

Cool, non? Enfin, "cool"... Il est clair qu'en 1979 il y avait trois mille groupes plus excitants à voir en concert que Supertramp. Des noms? Blondie, the Buzzcocks, the Clash, Gang Of Four, the Jam, Killing Joke, Madness, the Police, Nina Hagen, the Specials, XTC; du côté français Jacno, Marquis de Sade, Téléphone, Bijou et j'en passe. Seulement nous, on avait quatorze ans, on aimait bien les mélodies de Supertramp, et d'entendre des choses comme "When I was young, it seems that life was so wonderful", ça nous interpellait 'achement au niveau du vécu, t'vois. Surtout à quatorze ans.
Donc, dès que la nouvelle de leur arrivée nous était parvenue, on a décidé d'y aller. Ce serait notre premier concert et les billets nous ont coûté une fortune: 69 Francs (nouveaux). Face à notre enthousiasme proche du délire, plusieurs parents se sont alors inquiétés: pensez-donc, un concert de rock, dans une salle appelée Abattoirs, Porte de Pantin, le nord-est parisien! Décidés de protéger leur progéniture du contact avec un milieu aussi malfamé, ces parents proposaient un deal: on vous rachète le billet et on vous paye, ché pas, une soirée resto à la place, c'est bien, non? Y en a eu qui se sont laissés tenter, ha! Nous par contre, réduits au nombre de trois, les mecs cool, la fraction hardcore, les caïds du quartier, on y allait et on laissait les traîtres jouer à papa-môman dans une pizzeria minable de banlieue-ouest.
Et de fait, quand dans la salle les lumières se sont éteintes, qu'on gueulait d'enthousiasme, quand a retenti l'harmonica de "School", quand Hodgson a entamé "I can see you in the morning when you go to school", il était clair que le lendemain au lycée, on aurait des choses à raconter. Nous.