Non, décidément, je n'aime pas beaucoup être invité à des mariages, mais puisqu'il s'agit de la famille de ma meilleure moitié, impossible de prétexter une migraine. Et puis, avec un peu de chance, il en sortira quelque chose de blogable, qui sait. Samedi matin, donc, nous voilà en route vers Cuernavaca, ville à une heure de México.

Question fringues, sur l'invitation, il y avait marqué "formal guayabera". Ma meilleure moitié m'explique qu'il s'agit d'une chemise folklorique qu'on porte habituellement aux mariages. Tout de suite je m'imagine un truc hyper-bariolé, genre mariachi criard, et il est évidemment HORS DE QUESTION que j'arbore cette chose, j'opte pour le classique costard-cravate, on est européen et on sait se tenir, sí señor! - Bien m'en a pris: en arrivant sur les lieux du crime je découvre qu'il s'agit en fait d'une chemise ou tunique blanche, tout à fait élégante et surtout comfortable par grosses chaleurs. On y est bien dedans. On y aurait été bien dedans, me dis-je en enlevant discrètement ma cravate.

Au Mexique, la société n'est rien, la famille est tout. A fortiori, quand on est invité à un mariage, et que la réunion de deux familles, ça vous fait autour de 500 personnes. Peu importe d'ailleurs que vous soyez cousin 457e degré ou si vous arrivez d'un autre monde, comme mézigue: vous faites partie du clan, vous êtes accueilli comme membre certifié, vous bénéficiez de tous les droits. C'est inquiétant et rassurant à la fois...

au premier plan, la rangée de cousins degré 200 à 235

Tout a été organisé en plein air, même la cérémonie religieuse. Il est vrai qu'il aurait fallu une cathédrale entière pour y faire tenir tout le monde. Le curé évoque la première rencontré des époux; il nous la joue un tantinet telenovela, diront certains après coup. J'avoue que je préfère ça à un sermon armageddonesque. On a mobilisé des symphonistes et choristes de la capitale pour accompagner le tout, des musiciens haut de gamme. Pas d'exotisme, cependant: l'inévitable marche nuptiale de Mendelssohn, du Bach, du Händel, du solidement germanique, à peine tempéré par un peu de Verdi. La cérémonie terminée, les époux et parents d'époux félicités, c'est l'heure des cocktails et autres amuse-gueule. Les membres dispersés de la famille se retrouvent. Puis on se met à table. Nous, ce sera avec des cousins assez proches et leurs copains-copines. Je crois que c'est à ce moment que j'abandonne mon attitude ronchonne, que je commence à savourer l'ambiance - et comment dire? tous ces gens sont vraiment trop sympa. Relax.

Surtout que, pour ce qui est du culinaire, on ne sert pas de cochonneries. Du chile en nogada (allez voir chez Laurange ce que c'est), puis un truc étrange qui consiste en une demie noix de coco, dans le centre de laquelle on a placé une stèle en morceaux de coeur d'artichaut entouré de lamelles de bacon, sur quoi on verse finalement une soupe d'artichauts froide. Pas dégueu du tout, plein les yeux, plein le nez, plein la bouche. Voilà de quoi ça a l'air:

 D'abord c'est ça...    

 ...puis c'est ça (burps!) 

Par la suite, à force de goûter des mets raffinés, de me siffler des Coronitas, on en arrive au dessert et je suis bien incapable de discerner l'origine de l'arôme de cette crème, au cardamóm, aux guèpes, à l'amiante, whatever... Seul inconvénient: la musique, passablement ringarde, Sinatra, Elton John et compagnie. J'aperçois Hernán, autre cousin, guitarriste dans un groupe de death metal, s'arracher les cheveux... M'enfin bon, vive les mariés!

"bon, c'est pas qu'on s'ennuie, mais nous, on y va, allez bye"

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