Ai mis la main sur un petit livre interessant. Petit, parce qu'il fait à peine 40 pages. Interessant, parce qu'il attirait mon attention rien qu'avec son titre, jugez vous-mêmes: De l'art d'ennuyer en racontant ses voyages. Sous-titre: Le Manuel du parfait exploraseur. Aïe. Ouille. Quelqu'un se sent-il concerné?... C'est paru fin 2005 et à l'heure qu'il est, c'est peut-être déjà indisponible - les livres prennent du temps pour arriver au Mexique. Un petit extrait?

Le nouveau jeu consiste à s'inventer un brillant alibi pour ne plus faire figure de touriste. Le faux explorateur se mirant dans ses plumes est finalement bien plus redoutable que le véritable touriste à profil bas. Mais selon l'humoriste Edward Dahlberg, la condition de ces trotte-menu ne serait-elle pas identique? "Quand quelqu'un se rend compte que sa vie ne vaut rien, soit il se suicide, soit il voyage."

Dans les dents. S'ensuivent tout un tas de conseils sarcastiques qui permettent au voyageur de réussir son récit, à défaut de réussir sa vie - sauf que la réussite narrative sera toute relative, puisqu'elle rase. On peut néanmoins dédramatiser: les conseils s'adressent à ce type de poseur, de m'as-tu-vu, de matamore, de marin d'eau douce qui pourra faire illusion, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, d'avoir croqué l'aventure à belles dents, même si des auditeurs attentifs noteront toute une série de clichés éculés et embarrassants pour tout le monde. Bon. Admettons qu'un tel personnage existe. Personellement, je n'en connais pas, et pourtant j'ai eu droit moi aussi à mon lot de soirées diapos soporifiques. En tout cas, ce n'est pas le "quoi", mais le "comment" qui est en cause.

Encore que ça ne résout pas le petit problème suivant: on raconte quoi, alors? Qu'est-ce qui vaut la peine d'être raconté? A qui? Comment? Il nous faudrait alors une alternative à l'exploraseur d'une part et au touriste lambda de l'autre, et si possible une alternative qui ne se résume pas au simple fait de se taire. Voyons, voyons... Surtout que l'auteur, Matthias Debureaux, ne se gêne pas pour attaquer les blogs de voyage. Autre citation:

Mettez en ligne votre journal de bord. [...] Racontez vos vacances avec votre coeur, sous la forme d'une petite rédaction scolaire. Misez d'abord sur un bon titre comme "Philou en balade", "Les aventures de Seb et Béné", ou recyclez des titres de films comme "Il était une fois en Amérique", "Out of Africa"... [...] Le blog de voyage, c'est la soirée diapos qui dure six mois.

Nous voilà prévenus. Seule rédemption pour nous autres expats, c'est que justement on n'est pas voyageurs, on n'est pas partis pour revenir, du moins pas dans l'immédiat. Ça change la donne, mais si on est honnête, on n'aura pas toujours pu éviter l'esprit exploraseur. Faut-il en rire? En pleurer? Transformer tout ça en billet de blog? Ou alors, dans le pire des cas, écrivons carrément un livre, "De l'art d'ennuyer en racontant son expatriation"...

Rubrique "c'est quoi ce touribus?": "Il voyage en solitaire / Et nul ne l'oblige à se taire" Justement! Forcément! Il ne nous reste plus que des solutions paradoxales comme celle-ci. Paru en 1975, je me souviens encore quand cette chanson passait sur les ondes, reconnaissable entre mille, avec ce son de piano particulier tout en reverbation. Grand succès de l'époque pour un artiste qui a toujours refusé la médiatisation. C'est vrai qu'on le voyait mal se produire entre Sheila et Frédéric François...

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