Il y a vraiment des bouquins qui vous plongent dans des crises d'identité. Par exemple, ma meilleure moitié m'a offert il y a quelques jours ce livre paru il y a quelques mois, México. Lo que todo ciudadano quisiera (no) saber de su patria (Le Mexique. Ce que tout citoyen voudrait (ne pas) savoir de sa patrie), par Denise Dresser et Jorge Volpi.

Je me suis dit, chouette, je vais en apprendre des belles, et en plus c'est plein d'images!... J'ai ouvert le livre et j'ai compris: que dallissime. J'ai montré le livres à mon beau-père: il en riait aux larmes. Moi, il fallait qu'on m'explique chaque phrase. Et pourtant, je lis Wittgenstein dans le texte. Chier.

  • Ce qui se passe, c'est que ce livre est une satire, et comme toute satire, il fait allusion à une kyrielle de petits faits ancrés depuis des lustres dans la mémoire culturelle mexicaine. Mémoire culturelle qui de toute évidence n'est pas la mienne. A force de me faire expliquer, j'ai saisi deux, trois choses; je peux donc comprendre, mais ça ne me fait toujours pas rire (alors que ça devrait).

J'ai compris aussi que le processus de chilanguisation prendra un peu plus de temps que prévu. Dois-je pour autant, par souci d'honnêteté, changer le titre de mon blog? - Bah, continuons à faire comme si (sifflotement faussement innocent).

Pour me justifier, voici toute une ribambelle de chansons d'artistes qui parlent d'une ville qui leur est étrangère. Petit voyage en partant de Mexico:

Rubrique "c'est quoi ces chansons?": J'aurais pu commencer par Luis Mariano, c'est sûr. Au lieu de ça, ce titre des Les Humphries Singers (1972), dont la musique enthousiaste n'a absolument rien de mexicain. C'est au contraire un hymne happy hippy californien, bref une curiosité.

Puisqu'on est au Mexique et donc si loin de Dieu et si près des Etats-Unis, allons faire un tour chez le voisin du nord et retrouvons ce bon vieux Eddy sur la route de Memphis, Tennessee, en 1976. De la country tranquille, oui, mais s'il fallait choisir entre Johnny H. et Eddy M., je n'hésiterais pas une seconde. Je vais créer un comité de soutien, un de ces quatre.

Un peu plus au nord, voilà le Gallois Tom Jones à Detroit City (1968). On se demande ce qu'il est bien venu glander dans cette ville industrielle, qui donna naissance au son de Motown et au rock des Stooges, des MC5. D'ailleurs, il chante "I wanna go home", et nous on continue.

New York, dernière étape US. Gainsbourg n'a jamais rien vu de si haut, si haut, et en 1964, les Twins Towers n'existaient pas encore... La musique est d'inspiration africaine, comme pour souligner l'aspect jungle asphaltique de la ville. On quitte le bitume, je vous mène en bâteau...

...jusqu'à Liverpool, en compagnie de Suzanne Vega (1992). La chose à ne pas faire dans une chanson sur Liverpool, c'est d'évoquer les Beatles, facilité absolue. Suzanne évite finement l'écueil et au lieu de ça nous parle d'un sonneur bossu dans une cathédrale, ce que nous autres lettrés (mais si, mais si...) aurions situé ailleurs. Après tout, peut-être que Suzanne s'est juste trompée de guide. A Paris, on y va, mais passons d'abord par...

...Londres. Beaucoup d'Anglais chantent Londres, mais peu d'étrangers, dont Warren Zevon qui y voit des loup-garous (1978), que nous autres cinéphiles (mais je vous en prie...) aurions situés ailleurs. Encore un mauvais guide? Voilà ce qui arrive quand on booke des circuits genre "Europe in just 5 days". Traversons la manche.

Même remarque que pour Londres: Paris est assez peu chanté des étrangers. C'est, on est d'accord, tout à fait scandaleux. Même qu'on a installé des campements sur des artères principales d'une grande ville pour moins que ça. Retrouvons Catarina Valente en 1955, qui nous donne la version allemande du tube de Cole Porter, I love Paris in the springtime. Tout Paris rêve d'amour, parce que l'amour est ici chez lui, chante-t-elle. Bon, admettons. Dirigeons-nous vers l'est, sans passer par le 93.

Berlin, par Fisher Z en 1981, sombre, violent, comme à peu près toutes les descriptions de Berlin avant la chute du Mur (dont je possède d'ailleurs un petit morceau souvenir, mais j'imagine que vous vous en foutez). Continuons sur notre lancée.

Warszawa, autrement dit Varsovie, en compagnie de David Bowie (1977), dans une de ses périodes les plus fécondes, celle de la trilogie Low/Heroes/Lodger. Difficile de faire plus sombre; froide nuit d'hiver, chant du ghetto...

Vous voulez continuer le voyage? Proposez-moi des titres...

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