Feuilles mortes 1
Un des gros avantages d'Internet, c'est qu'on est en mesure de retrouver des traces d'à peu près tout le monde. Même les plus récalcitrants à la chose finissent par être happés, parce qu'un collègue de travail ou un autre ami-qui-vous-veut-du-bien a un beau jour eu l'idée de vous inclure dans son site. Une aubaine pour les Sherlock Holmes en herbe ou en feuilles mortes.
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| J'avais connu deux amies quand je "faisais" mon année en Sorbonne, en 1987/88. Je ne sais plus dans quelles circonstances je les ai rencontrées, probablement au hasard d'un amphi, peu importe. L'une, appelons-la Pauline, habitait chez ses parents, de la haute bourgeoisie 6e arrondissement, famille traditionnaliste, pas de télé, mais des Pléiade et le Littré, elle très catholique, donnait des cours de catéchisme aux gamins du quartier. L'autre, appellons-la Agnès, normande, sous-louait dans l'immeuble de Pauline. Elle était plus axée sur le social, et à vrai dire pas grand chose ne la rapprochait de Pauline. Etais-je amoureux de l'une, de l'autre? Je n'en sais rien, peut-être, à 22 ans je n'avais aucune idée de ce que je voulais, et si à l'époque on m'avait dit qu'un jour je bloguerais du Mexique, j'aurais sans doute pris un air ahuri de circonstance. De leur côté, Pauline et Agnès, appelons-les comme ça, savaient, elles, très bien ce qu'elles voulaient. Et de fait, en fouinant un peu, je m'aperçois que leurs vies se sont jusqu'à présent apparemment déroulées comme prévu. Pauline est mariée, avec ce mëme type qu'elle a rencontré en 1988, rencontre de laquelle j'avais été témoin. |
Elle a quatre enfants, elle habite en grande banlieue dans un bled calme, elle fait partie des "mamans du caté", son mari a un poste bien doté dans les télécommunications. Ça correspond grosso modo au projet de vie dont elle m'avait fait part il y a presque vingt ans. Agnès s'est mariée elle aussi, sauf qu'elle a accolé le nom du mari à son nom de jeune fille. Elle enseigne dans un lycée de banlieue, mais une autre banlieue que Pauline, et elle vient de signer un tract contre une mesure de politique éducative.
Je n'ai pas envie de les contacter, à quoi bon, mais ça fait quand-même plaisir d'apprendre qu'elles ont fait leur bout de chemin. En mëme temps, je suis, comment dire, surpris par ces vies sans surprise...
