Vous savez quoi? J'ai failli entrer dans le secret des princes: servir d'interprête au secrétaire d'état du commerce extérieur français et à son homologue allemand, supposés venir tous deux au Mexique inaugurer la filiale d'une entreprise commune. Apparemment on s'était rendu compte qu'on avait oublié d'emmener un interprête franco-allemand, et comme il n'y en a pas des masses au Mexique, on a de mauvaise grâce, j'imagine, fait appel à moi. Aïe... moi qui n'ai joué à ça que trois fois dans ma vie... Mais trêve de suspense: l'homologue allemand n'est pas venu, sans doute qu'il n'avait pas que ça à faire (Davos). J'ai bien suggéré de mimer l'Allemand aux côtés de son collègue français, juste histoire de faire bonne mesure, mais ils n'ont pas voulu: j'aurais alors dû servir d'interprête à moi-même, et à la réflexion, tout le monde aurait eu l'air un peu con. Surtout moi.

Et puis, vous savez, c'est dangereux, ce genre de boulot! J'interprête, je traduis, et à la fin je réalise que je suis dorénavant détenteur d'un savoir classé top secret, j'ai à peine le temps de remarquer que les sbires de la sécurité ont monté des silencieux sur leurs flingues, fdoum! fdoum!, et me voilà trucidé, ma mort maquillée en banal accident de circulation, cadavre introuvable, flics soudoyés, palmes académiques postumes - ha! vous avez cru m'avoir, hein?! Hé ben c'est raté!

D'autant plus que je m'étais renseigné avant. Du côté français, j'ai retrouvé une carrière à la Alain Madelin: jeunesse extrême-droite, passage entre autres au Front National dans les années 70, puis virement UDF, PR, UMP, ETC., député par-ci, maire par-là, rapporteur par-itou - humph, pas exactement le type avec lequel j'irais boire un pot au bistro du coin. Je me suis démandé un instant s'il fallait un relent de xénophobie pour réussir dans le commerce extérieur, mais je n'ai pas trouvé de réponse satisfaisante. Du côté allemand, je n'avais pas de nom, j'ai donc identifié celui dont la venue était la plus probable: ancien pasteur, tiens donc, intègre le parti chrétien-démocrate, trouve un slogan du tonnerre qui fait gagner les élections à ce même parti en 1994, exégète de Helmut Kohl comme si ce dernier était Dieu-le-Père - ce qui, surtout dans l'optique de l'ex-chancelier, n'était pas tout à fait faux. Trop lié à Kohl, il chute avec lui et entame ce qu'il faut bien appeler une traversée du désert.

Mon petit doigt me disait qu'avec des biographies pareilles, les deux n'allaient pas vraiment s'entendre. Qui plus est, en matière de commerce extérieur cuvée 2007, la France et l'Allemagne sont toutes deux détentrices d'un record. La France: record de déficit. L'Allemagne: record d'excédent. Vous imaginez un peu? J'aurais probablement eu à les séparer lors d'une bagarre, dans laquelle selon toute logique l'ex-frontiste aurait eu le dessus sur l'ex-pasteur.

Dommage d'avoir raté ça, finalement. Les photos que j'aurais pu en ramener...
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