Caravelle
Ce qui est sûr, c'est que ça bouge. Pas seulement chez nous, d'ailleurs: dans les Alliances Françaises aussi, et même chez les instituts d'autres langues. Le Goethe de Mexico va jusqu'à construire un bâtiment tout neuf sur l'emplacement de l'ancien. Comme si soudain, dans toutes les écoles de langue, il fallait à tout prix faire peau neuve.
Me suis rappelé d'un graffito vu à Venise il y a longtemps: "Strutture vecchie non possono contenere idee nuove."
Depuis septembre en tout cas, donc depuis l'irruption du loup dans la bergerie, il va falloir se despedider (despedider, comme dans kiss your ass goodbye) d'un certain imaginaire dont nous étions plus ou moins tous tributaires: celui d'une bande d'irréductibles Gaulois entourés de garnisons concurrentes, les Alliancefrançaisum, Berlitzum, Angloamericanum et Autreboîtalagum. Et tant qu'à faire, répétons-le pour ceux que ça concerne: nan, l'IFAL ne fermera pas. Du moins, pas tout de suite.
D'autant plus que des actes ont suivi les paroles. J'en suis le premier surpris. Depuis quelques jours, on est littéralement bombardé de nouvelles acquisitions techno, des ordis tout neufs, du mobilier - d'accord, rien que de l'équipement standard, n'importe quelle filiale bancaire est mieux lotie que nous, mais j'en connais qui sont persuadés qu'on va tourner un film de science-fiction dans nos murs.Et puis, un nouveau centre multimédia, de l'e-learning - on en reparlera, vu que je serai (probablement) un des responsables - tout ceci pour, dit-on, faire entrer l'IFAL dans le XXIe siècle. Rien à redire, bien sûr, mais ce qui m'inquiète, ce sont les politiques d'investissement très fluctuantes sinon mergituriennes de Paris. Autrement dit, un investissement unique, flamboyant, étincelant, et puis on se repose sur ses lauriers. En somme, le syndrôme "Caravelle": on construit un bel avion, la Caravelle, on s'en flatte, on s'en re-flatte, et puis on se fait dépasser par Boeing. Ou encore, exemple plus récent, le Minitel. Je ne sais plus combien d'articles j'avais lu à l'époque où le Minitel faisait régulièrement partie de ces choses que le môôôôônde nous envie. Imaginez une horde d'étrangers, verts de jalousie, amassés à nos frontières. Seulement, le môôôôônde n'a pas su apprécier le Minitel à sa juste mesure; à la place, il a sorti l'internet de sa poche et la France, du coup, a pris un retard presque môôôôôndial.