Oh non, pas lui!
Tout le monde le sait, il y a plus d'une façon d'accéder au bonheur, à la félicité, à la sagesse, ce que vous voulez, et au cas où vous seriez en panne d'inspiration, il suffit d'arpenter une librairie quelconque pour tomber sur des étagères entières remplies de guides de bien-être, pour remodeler enfin votre vie, vos amis, vos amours, vos emmerdes, des guides basés sur la psycho freudienne, lacanienne, jungienne, de l'ésotérisme oriental ou non, zen, bouddhisme, soufisme, taoïsme, shintoïsme, hindouïsme, astrologie, tarot, réincarnation, thérapie x ou y. Il y en a pour tous les goûts, y a qu'à choisir.
Rien à redire. Ça marche pour vous? Ne changez rien. Là où cependant j'ai failli sortir de mes gonds et perdre ma, ahem, patience légendaire, c'est quand il y a quelques jours, une collègue me sort un bouquin dont elle déclare qu'il va changer sa vie. Ah bon? Je jette un regard sur la couverture, tiens, ce barbu patibulaire, ça me dit quelque chose, mais c'est... arf? aaaargh!... Osho!...
Me suis rappellé tous ces types habillés en rouge, à Cologne dans les années 80, les disciples d'Osho. Qui à l'époque s'appelait encore Bhagwan Shree Rajneesh, et ce n'était guère que la seconde fois qu'il changeait de nom. Après, bien sûr, il a eu l'idée de se faire appeler Osho et et de prévenir ses adeptes que le rouge n'était plus de mise. Les adeptes, le genre d'énergumènes pour qui la vie n'est qu'une immense partie de jakadi, ont évidemment obtempéré. Faut-il revenir sur tous les détails? Le fait qu'il roulait en Rolls? Qu'il ne n'avait pas une, mais 91, et qu'il en voulait une pour chaque jour de l'année, qu'il prétextait que seul le cuir des sièges d'une Rolls convenait à ses augustes fesses?
D'où lui venait le pognon? Très simple: après s'être autoproclamé illuminé par-ci et Bouddha réincarné par-là, il ouvre dans les années 70 une sorte de monastère à Poona en Inde, concocte et diffuse un ignoble gloubi-boulga de doctrines orientales et occidentales, dont l'amour libre, qui n'a rien à voir du tout avec quoi que ce soit d'oriental, mais qui est un concept californien des Sixties. L'Inde est à la mode, l'Inde attire, sauf que l'Inde, à l'époque, c'est très loin, il faut de l'argent pour y aller. Donc c'est surtout une clientèle riche qui va voir Osho, toute charmée de pouvoir enfin se libérer des contraintes du système, mais qui a tout de même besoin d'un pépé barbu pour lui en donner la permission. Le système Osho, lui, va fonctionner sur une base de donations volontaires. "Volontaire"? Qu'on rigole. Vous en connaissez beaucoup, vous, des adeptes qui osent dire "non" à leur idole? Bref, par ici la monnaie. Et les filles, puisque pour une adepte, il n'y a point de plus grand honneur que de baisouiller avec Sa Pérénissime Erectabilité. Surgissent des histoires de viols, au moins une tentative de meurtre, des femmes qui pour plus de disponibilité se font stériliser, des escroqueries diverses, immigration aux Etats Unis, fondation d'un autre Foutagedegueulabad dans l'Oregon, arrestation aux Etats Unis, extradition des Etats Unis, retour en Inde, diffusion des habituelles théories de complot selon lesquelles le gouvernement américain l'aurait empoisonné. Osho meurt en 1990, son centre en Inde est administré par ses héritiers, sauf que maintenant tout est peint en noir, pour changer.
Des livres d'Osho, on peut en fabriquer un en quelques heures: il faut un bon dictionnaire de citations, du jargon pseudo-scientifique, des termes à consonnance indienne, mélangez le tout, agitez avant d'ouvrir, et voilà un livre dont même ma poubelle ne voudrait pas.
Il y a beaucoup à apprendre de la spiritualité orientale. Mais qu'on ne fasse pas l'offense à tous les maîtres à penser des divers courants religieux ou mystiques depuis des millénaires de désigner ce gros, gros charlatan comme un des leurs.
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Rubrique "c'est quoi ce coup de gueule?": Les Beatles y sont pour quelque chose, dans cette mode indienne. En 1967, ils partent tous les quatre en Inde pour suivre l'enseignement du Maharishi, autre gourou spécialisé dans ce qu'il appelle "méditation transcendentale". Ils en reviennent pourtant assez vite, et l'année suivante sera surtout pour Lennon l'occasion d'un règlement de comptes: "Sexy Sadie, what have you done? You made a fool of everyone..."