Roots IFAL
J'ai mis la main sur un bref historique de notre institut, l'IFAL, publié en 1985. Ça reste vague par moments mais révélateur entre les lignes...
L'IFAL a été fondé en 1944. Ça, je le savais, il y a assez de plaques honorifiques pour nous le signaler tous les jours, mais les circonstances m'étaient pour la plupart inconnues. Il faut se replonger dans Mexico de 1944, ville qui ne comptait à l'époque que deux millions d'habitants et non pas 22 millions comme aujourd'hui. Devait faire sacrément bon vivre, en ces temps reculés...
Pas pour tout le monde, sans doute: On est encore en guerre, et les réfugiés affluent; des Espagnols surtout, mais aussi des Français: André Breton viendra faire un tour au Mexique, Jules Romains également. Ces réfugiés vont avoir une influence certaine sur le développement culturel du Mexique: création de la Casa de España, qui va devenir le Colegio de México, puis de l'Institut Français d'Amérique Latine, nous y voilà. Le but principal pour cet Institut, mis à part les objectifs de recherche et la diffusion de la culture française, c'est de représenter la France Libre et les valeurs démocratiques face au, je cite, "vichysme qui dominait dans la communauté française". Tiens, tiens... Là, l'auteur en dit trop ou pas assez... Donc, les Français résidents de Mexico étaient plutôt Pétain que de Gaulle? Faudrait faire des recherches là-dessus... (mais où?)
Un des membres fondateurs de l'IFAL, c'était justement Jules Romains (cf. photo), l'auteur de Knock et d'un vaste cycle romanesque intitulé Les hommes de bonne volonté que personne ne lit plus. Il sera le premier directeur de l'IFAL, jusqu'en 1946, quand il rentre en France et se fera élire Académicien. Pendant ce temps, l'IFAL s'organise avec les moyens de bord. J'imagine cet excitant climat d'improvisation: rendre disponibles des livres, des films, créer une bibliothèque, commencer à donner des cours, recruter des profs parmi les résidents, les réfugiés français et espagnols...
L'activité culturelle, probablement avec un certain sens du "missionnariat", incluait des conférences scientifiques, mais aussi une troupe de théâtre amateur dirigé par un ancien de la troupe de Louis Jouvet. Et bientôt le fameux ciné-club, le premier à Mexico: plus d'une génération de Mexicains verra là oeuvres classiques et contemporaines du cinéma, pas seulement français d'ailleurs. A partir de 1950, c'est Jean-François Revel qui s'en occupe; des projections suivi de débats, des films qu'on ne pouvait pas voir ailleurs, qui d'ailleurs étaient parfois interdits par la censure mexicaine - le public de l'IFAL de cette époque, on s'en doute, était constitué avant tout de cinéphiles.
Parallèlement, les cours de langue attirent de plus en plus de monde; en 1964, on comptabilise 2640 élèves. - Argh? On est en 2006 et on n'en a même pas la moitié! (à suivre)
A télécharger aujourd'hui un spécial années 40:
- Télécharger: Dooley Wilson - You Must Remember This (mp3) - acheter
- Télécharger: Jack McVea & His Door Openers - Swing Man Part 1 (mp3) - acheter
- Télécharger: Charles Trenet - La mer (mp3) - acheter
- Télécharger: Robert Mitchum - Roving Gambler (mp3) - acheter
- Télécharger: Cab Calloway - The Calloway Boogie (mp3) - acheter
- Télécharger: Sonny Terry & Brownie McGhee - Screamin' And Cryin' Blues (mp3) - acheter
Rubrique "c'est quoi ces chansons?": Que de bonnes choses, à commencer par la chanson de Casablanca, autre histoire de réfugiés. A noter que la phrase mythique "play it again, Sam" ne figure même pas dans le film - c'est vous dire si c'est mythique ;-) Ensuite du swing, on dirait aujourd'hui du swing indé-alternatif, par Jack McVea, bandleader noir éclipsé par Glenn Miller et autres Andrew Sisters. Un petit air tranquille (et archi-connu) français, La Mer, premier grand succès d'après-guerre (1946). Puis - ah celle-là, téléchargez-là en priorité! - une des chansons d'un des acteurs les plus cools qu'Hollywood a jamais produit, LEUH Robert Mitchum, qui menait, on l'oublie toujours, une carrière de chanteur à côté de celle d'acteur. La chanson date - probablement - de 1947, comme la suivante, ce boogie woogie de la bête de scène Cab Calloway. Et pour finir, un blues par le duo Terry/McGhee, qui mine de rien va préparer le terrain pour les sixties...