Dois-je le rappeler? Je me retrouve donc à Idar-Oberstein, ville mondialement célèbre, trente mille habitants, située en Rhénanie-Palatinat entre Mayence et Sarrebruck, avec son industrie de pierres précieuses, ses deux châteaux, sa Felsenkirche (cf. photo), et son cimetière où nous arrivons mercredi un peu avant 14 heures.

Il fait très chaud dehors, un peu plus frais dans la chappelle - mais inutile de parler du temps, via le foot la planète entière est au courant du temps qu'il fait en Allemagne. Tout est arrangé comme il faut. Oncles, tantes, cousins et cousines arrivent, des amis de mon pére. J'ai du mal à reconnaître certaines gens, d'autres me sont parfaitement inconnues. Le prêtre arrive avec deux enfants de choeur, deux adolescentes. Jean Paul II s'était offusqué contre des enfants de choeurs féminins, mais a dû s'incliner face à un contre-argument imparable: c'était ça ou plus d'enfants de choeur du tout, vu le peu de vocations masculines. Le discours du prêtre est excellent, dépourvu du blabla de circonstance; pour peu, il me convertissait...

Après la cérémonie, nous offrons une collation chez Steuer, le resto dont mon père était un habitué. Café, gâteaux secs, comme le veut la tradition, mais comme il fait de plus en plus lourd, nous commandons des boissons fraîches en sus. Le frangin avait d'abord été partisan de ne pas offrir de collation du tout; il y a quelques années, lors d'un autre enterrement, il avait été outré de voir ces mêmes gens qui pleuraient devant la tombe rigoler devant leur tasse de café. Il avait sans doute trouvé ça passablement hypocrite. En fait, ce n'est pas hypocrite, c'est plutôt le signal que la vie continue, on évoque des souvenirs de nos morts respectifs, on prend des nouvelles de gens perdus de vue, on renoue avec la parenté négligée etc. La vraie hypocrisie, ce seraient bien plus les proverbiales mines d'enterrement que d'aucuns croient devoir afficher. Et comment ne pas penser à Jacques Brel, j'veux qu'on rit, j'veux qu'on danse...

Et puis, autre chanson: Horace Silver - Song For My Father (mp3)

Du soul jazz cuvée 64. Peu probable que mon père l'ait écouté cette année-là. Il venait tout juste de s'installer en France avec ma mère et l'année d'après, j'allais naître. La France, avait-il dit, c'est juste pour deux ans. Il y est resté trente ans. Le Mexique, avais-je dit, c'est juste pour deux ans. Comme quoi...

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