Système D
Un peu bizarre, comme argumentaire...
Ça supposerait donc que chacun de nos blogs constituerait une page d'un magazine qui en comporterait des dizaines de milliers et des milliers? Oumph... Faut avoir de l'imagination, dites-moi. D'un autre côté, je ne me considère pas du tout comme journaliste, il ne me viendrait pas à l'idée d'usurper un métier qui n'est pas le mien. Car il s'agit bien d'un métier et non d'un hobby, aux dernières nouvelles, si je puis dire. Quant aux blogs qui s'amusent à faire du copier/coller d'infos parues autrepart, je n'en vois franchement pas l'interêt. D'autres s'improvisent éditorialistes, okay, ça peut éventuellement devenir intéressant, mais là aussi je préfère l'opinion des pros, non seulement parce que c'est leur job, mais parce qu'à cause de leur job, ils sont généralement mieux informés que n'importe quel blogueur (sauf évidemment si le blogueur est lui-même journaliste de profession, ce qui est parfois le cas). Je ne m'imagine pas non plus influencer en quoi que ce soit la politique in-, ex-, ul- ou antérieure avec mes petits billets de blog, je n'ai pas cette mégalomanie-là.
Non, faut arrêter de se faire des illusions, les blogs, j'adore ça, j'aime rédiger, commenter ou tout simplement lire, mais ce n'est pas pour ça que je me sens, que jamais je ne me sentirai partie intégrante d'une quelconque "intelligence collective", qui par la force des choses ne pourra qu'être moyenne. Donc médiocre. L'intelligence, peu importe comment on la définit, reste pour moi une chose infiniment individuelle, personnelle. Ça ne veut pas dire qu'elle reste axée sur soi-même, qu'au contraire elle s'éveille et se développe au contact d'autres intelligences - mais non pas qu'elle puise dans une sorte de grand pot commun, dont je me demande bien à quoi il pourrait ressembler. Se servir de son intelligence, c'est du boulot, ce n'est pas le self-service du coin.
Donc je veux bien qu'internet, le web, les blogs, tout ça, révolutionnent le monde, je pense qu'on l'a assez dit, mais je ne suis pas du tout convaincu qu'en matière de contenu, de réflexion, on révolutionne tant que ça. A moins de prétendre encore une fois que the medium is the message, ce qui reviendrait à dire qu'on blogue pour bloguer et c'est tout. Pour le reste, on continue, on prolonge l'expérience du XVIIIe siècle, celui qui non seulement à inventé le bonheur mais aussi l'opinion publique, on rédige, on partage, on discute. Si du temps de Diderot on recopiait à la main des lettres, des billets, pour les envoyer en dilligence aux quatre coins de l'Europe et parfois au-delà, on peut se féliciter qu'aujourd'hui, les moyens techniques nous permettent un acheminement un peu plus rapide et un peu plus global. Il n'empêche, l'idée d'un réseau d'échanges d'idées, de sentiments, d'humeurs n'est pas une idée surgie de l'âge d'internet. Bon, et alors? Chercherait-on une profession de foi? En voilà une:
Un plaisir qui n'est que pour moi me touche faiblement et dure peu. C'est pour moi et mes amis que je lis, que je réfléchis, que j'écris, que je regarde, que je sens. Dans leur absence, ma dévotion rapporte tout à eux. Je songe sans cesse à leur bonheur. Une belle ligne me frappe-t-elle; ils la sauront. Ai-je rencontré un beau trait, je me promets de leur en faire part. Ai-je sous les yeux quelque spectacle enchanteur, sans m'en apercevoir j'en médite le récit pour eux. Je leur ai consacré l'usage de tous mes sens et de toutes mes facultés; et c'est peut-être la raison pour laquelle tout s'exagère, tout s'enrichit un peu dans mon imagination et dans mon discours. Ils m'en font quelquefois un reproche; les ingrats!Ainsi parla Diderot. Aujourd'hui, on y ajouterait volontiers quelques ;-) par-ci par-là, mais dans l'ensemble, c'est ça, non?
Demain, mon blog aura deux ans. Vous avez été en tout 65.418 visiteurs uniques qui ont consulté 268.817 pages. Un joli paquet, ma foi. Merci à vous :-)))))))))))))))))etc.