Ziyi Zhang in "Yi dai zong shi" (Wong Kar Wai, China 2013)

Challenge "Des gens qu'on aime": 1. Quelqu'un qui habite loin.

Loin? La première personne qui m'est venu à l'esprit, c'est mézigue. Comme une impression que tous mes contacts vivent loin de moi et très proches les uns des autres, alors que non, depuis 20 ans que je suis ici, une majeure partie de mes connaissances vit comme moi à Mexico, parfois à quelques rues. N'empêche: des gens qui habitent loin, j'en connais des dizaines et des dizaines, et si je choisissais quelqu'un d'Européen pour ce premier portrait, j'aurais l'embachoix du rras, et je préfère donc évoquer l'unique amie chinoise qui habite à Beijin, Chine, de l'autre côté du Pacifique. Loin.

Comment elle est arrivée au Mexique? Je ne sais plus; elle a débarqué un beau jour dans mon immeuble et à trouver où crécher dans l'appart du dessous, occupé par un compatriote. On se voyait peu, des ni hao par-ci par-là, parfois elle était assise à la terrasse du café en train de donner des cours de mandarin - ce qui déjà à l'époque était de moins en moins exotique, compte tenu du volume bizness sino-mexicain.

Et puis, un soir elle frappait à notre porte. Elle s'était fait gifler par son compatriote, preuve de l'universalité du macho crétin à deux balles. Elle avait peur de rester seule avec lui, elle a donc passé la nuit chez nous, puis, dans les jours qui suivaient, elle s'est trouvé un autre appart. 

On se retrouvait de temps en temps, soit au café, soit elle nous emmenait dans un des rares vrais restaurants chinois de Mexico. Je ne connaissais pas grand chose de la Chine. Je n'adhérais pas trop à la sagesse de Confucius, la lecture de "L'Art de la guerre" m'avait laissé des sentiments mitigés, j'avais quelques notions de pensée chinoise grâce aux livres de François Jullien et ça m'avait paru d'une étrangeté absolue. Par contre, j'avais lu un ou deux romans chinois contemporains et trouvé que la vie quotidienne, telle qu'elle apparaissait en filigrane du récit, n'était somme toute pas si différente de l'européenne. 

Vielle question, qui vaut pour pas mal de sujets extérieurs: faut-il privilégier l'étrangeté, les ruptures ou au contraire le proche et le semblable? Ou alors, troisième alternative, ne faut-il pas cesser d'enculer des mouches et voir l'amie chinoise comme elle est et non pas, surtout pas, comme avatar d'élucubrations livresques?

Elle a fini par repartir en Chine, et après quelques boulots de fortune, elle a ouverte une agence de voyage guidé. Me parvenaient des images d'elle et d'un groupe de touristes au Portugal ou en Thaïlande. Comme le Face leur est interdit intra frontières de l'Empire, il lui faut escalader la Grande Muraille pour pouvoir me contacter, à moins qu'elle trouve un VPN fiable à Beijin. J'ignore ce qu'est devenu son agence aux temps du covid, j'attendrai son prochain message. 

 

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