Taxista!

Publié le 5 Mai 2010

Je monte dans le taxi, en train de ressasser ce qui vient de se dire dans mon cours à la Fédération Mexicaine du Football. Je donne l'adresse, le taxista démarre. Mon regard tombe sur la fiche d'identité du chauffeur, d'affichage obligatoire et bien en vue dans tous les taxis de la ville. Normalement, il incombe au client de vérifier avant de monter dans le véhicule si la photo de la fiche correspond bien au visage du chauffeur, histoire de ne pas tomber sur un pirate ou autre dévaliseur. Dans mon cas, la photo montre un visage grassouillet, basané, des yeux presque bridés. Mon chauffeur a le visage maigre, une moustache et un regard dur.

Fuuuuuuuuuuuuuuuuuuck!


Pendant le cours, Rubén a annoncé qu'il s'est fait dévaliser dimanche dernier. Ça s'est passé dans le métro, deux types l'ont accosté dans un couloir. Ils lui ont juste piqué son portefeuille qui outre sa carte d'identité ne contenait que 200 pesos et ils se sont tirés. Aucune violence, mais bonjour la montée d'adrénaline, surtout si on se rappelle qu'il y a quelque temps et pas loin de là, un fou furieux avait abattu deux personnes à bout portant. Et toi, Anna, je demande, tu t'es déjà fait dévaliser?

Okay, ça va être ma fête, je le sens. Neuf ans au Mexique sans aucun incident, c'était trop beau. Il va sans doute prétexter un détour pour cause d'embouteillage et à un moment donné, au coin d'une rue, un ou deux types vont monter dans le taxi et alors on passera aux choses sérieuses. Je fais le naïf: dites-donc, c'est pas vous, sur la photo, là? C'est mon cousin, répond-il, le regard droit devant. Voilà qui rassure. Il a le biceps rempli de tatouages.

Oui, Anna aussi a été dévalisée. Ça s'est passé dans un taxi. Le chauffeur, en apparence tout gentil tout bonhomme, lui a conté fleurette, jusqu'au moment où près d'un parc, il s'est arrêté, s'est retourné et a commencé à la cogner. Pas de chance, Anna était tombé sur un psychopathe. Cétait il y a dix ans, mais quand elle le raconte, elle en a encore les larmes aux yeux. D'ailleurs, elle a failli perdre un oeil. Le plus humiliant, c'était le lendemain, quand elle est allée déposer plainte et qu'une femme-flic lui a demandé ce qu'elle a bien pu dire à ce chauffeur, sous-entendu: c'est sûrement toi qui l'a provoqué, pouffiasse.

Mon chauffeur me dépose exactement devant ma boîte. Il a pris le chemin le plus court, le plus direct, aucun accroc, rien. Heu... combien je vous dois? Vingt pesos. C'est le prix normal, aucune arnaque, rien. Je paye, je lui dis qu'il devrait quand-même faire gaffe, avec cette photo, il risque de gros ennuis si jamais il se fait contrôler. Grand sourire: Je suis en train de faire les démarches, dit-il, je régulariserai sous peu.

Rédigé par Gryphon

Publié dans #Vie urbaine

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