Elle et el Chepe

Publié le 7 Mai 2012

À la limite elle se passerait

D’appareil numérique

Vu que tout s’imprime sur sa

Rétine

D'aucuns y voient se refléter

Des mondes

 

Train kept a-rollin’

Yeh, the train kept a-rollin’

Les rails correspondent plus ou moins

Au rengaines bleutées hobo

Mais le confort est

Sensiblement SNCF

Ramage plumage

Phénix

 

Elle lui dit

« Passe-moi le guide

Lonely Planet. » Certaines solitudes

S’éditent

 

¡Ay ! Que guilleret l’accordéon

Et vos voix bonhommes !

Et vos moustaches moustachues !

¡Que viva Chihuahua ! Sinaloa !

Oui, votre patriotisme local m’écœure

C’est si peu européen

(Quoique…)

 

Elle le poussa

Du haut de la falaise au fond

Du canyon. Arrivé en bas

Il constata surpris que le climat

Était subtropical

 

Quoi ? pardon ? mande ?

Deux cents pesos pour quatre

Kilomètres en pseudo-taxi ?

Vous nous prenez pour des touristes ?

¡Ay turista ! ¡Pinche turista !

Eh bien figurez-vous, Señor

Vous n’avez pas (si) tort

 

L’aurore décrète d’étranges

Lueurs sur ses cheveux noirs

Ses épaules, son ventre et

Ses seins

L’air regorge de cris

Animaliers lointains

 

Ho ? Mademoiselle est française ?

Et l’on se rencontre comme ça, à Chihuahua ?

C’est rigolo

Et vous faites quoi ?

Trois mois de stage et vous repartez

Avec un « plus » sur le cv

 

Que me valent paysages

Et horizons verticaux

Dépeints

Par d’autres soins ?

Le train s’arrête dans des

Gares aux quais

À peine esquissés

 

D’où lui vient

Cette mélancolie qui l’astreint

Par moments qui durent,

Quoi, l’éternité,

D’où donc ?

 

¡Mi vida ! Que ne puis-je

T’acheter ta camelote, gamine

(Huit ans, neuf ans ou dix à tout

Casser)

Rien ne sourit

Sous ton foulard folklo

 

Pieds nus genoux sous le menton

C’est mauvais signe

C’est déprime plus blueseuse

Que n’importe quel train

(Il constate et n’y peut rien)

 

C’est qu’on ignore si Antonin

Artaud avait raison

Pourtant les Tarahumaras

Existent existent existent

Et succombent au mythe

Réel

Du bon touriste

 

C’est

Quand elle dort et seulement

Quand elle dort qu’il peut

S’imaginer

Un semblant d’intimité

Un rêve

 

La poésie est indigène

Pieds nus issue d’une caverne

Parenthèse touristique et

Rencontre fortuite

Entre quidam et qui

Vive

 

En voie :

El Chepe ou le bonheur d’être

Soi-même dans un train

Regards gagnés au loin

Et témoigner d’histoires à naître

 

Notes et trad:
El Chepe est un train à vocation panoramique qui circule dans les états du Chihuahua et Sinaloa au Mexique.
mande? - pardon?
Ay turista... - Ah touriste! Connard de touriste!

Rédigé par Gryphon

Publié dans #Poetics

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