Dimanche 26 novembre 2006

Yep. De mes dieux tutélaires. En l'occurence les Beatles. - Que voulez-vous? Je suis tombé dessus ou plutôt dedans quand j'avais quatorze printemps et je ne m'en suis jamais vraiment relevé. Il faut bien quelques constantes dans la vie, n'est-ce pas. Ma réputation est faite. Pas plus tard qu'hier, alors que je devais accompagner ma meilleure moitié à l'aéroport, c'est à peine que Don Joaquín le chauffeur de taxi me voyait arriver au sitio, qu'il avait déjà mis une compil de John Lennon dans son lecteur CD. Et c'est quoi cette compil? "Es piratito", me dit-il d'un air entendu. Faut dire que le Mexique est un pays particulièrement beatlophile (raison de plus pour y rester).

Bref, un nouvel album des Beatles vient de paraître, ce qui relève de l'exploit, puisque la moitié du groupe n'est plus de ce monde. Ma meilleure moitié avait déjà reçu son chèque de salaire. Moi pas. J'ai dû faire du chantage émotionnel et promettre de faire la vaisselle jusqu'en l'an 2030 pour qu'on aille dans le premier magasin venu, un Sanborn's, et qu'on achète le CD. J'en suis maintenant l'heureux possesseur et je peux donc me prosterner en âme et conscience devant l'autel (cf. photo), comme tous les soirs du reste, en criant "I'm not worthy! I'm not worthy!"

Et ce CD, alors? Comme d'habitude, une grande partie des chansons était déjà disponible sur la toile avant la parution officielle. J'avais téléchargé pour me faire une idée et je n'étais pas vraiment enthousiasmé. Où était l'interêt? De vagues remix servant de toile de fond à un spectacle du Cirque du Soleil, basé sur les chansons des Fab Four, avec l'accord des Fab Two et des Fab Veuves, c'est tout?

C'est seulement après l'achat du CD que j'ai compris qu'il fallait écouter le tout en entier. Il y a une dramaturgie dans la disposition des morceaux qui fait du CD une suite dans le sens baroque ou alors, comme on disait vers la fin des Sixties, un concept album. Les Fab Machin y apparaissent bien entendu mythifiés, on sent l'hommage de l'extérieur, même si c'est le producteur historique des Beatles, George Martin, qui s'est attelé à la tâche avec son fiston. La seule nouveauté est un arrangement de cordes pour While My Guitar Gently Weeps, le reste, c'est des mixages parfois audacieux, post-modernes si l'on veut, des déconstructions-reconstructions...

Ça ne sert donc à rien que je vous fasse écouter tel extrait ou tel autre. Je vais plutôt vous mettre autre chose: des mashup plus ou moins illégaux, c'est à dire des mélanges Beatles/autre groupe, fabriqués par des mixeurs au noms de pseudos de chatroom. Souvent, c'est du bidouillage genre j'ai-une-nouvelle-machine-avec-plein-de-boutons-et-aujourd'hui-je-vais-appuyer-sur-çui-là-en-rouge, mais parfois, c'est assez inspiré. En voilà:

Rubrique "c'est quoi ces sacrilèges?": C'est Philippe Sollers qui a dit je ne sais plus où qu'il fallait lire tout classique avec la plus grande insolence. Exactement. La première relecture oppose les Beatles et les Cure, vocaux des uns, bande instrumentale des autres, le tout procure un air décalé, d'outre-tombe à la chanson de Harrison. Dans le second, la musique des Radiohead accentue et alourdit la mélancolie de A Day In The Life. Quant au troisième, il mélange trois chansons: Taxman des Beatles, Start des Jam et New Pollution de Beck - et miracle, ça colle!... Le quatrième et dernier est une entreprise de démolition radicale, sorte de collage à la Revolution Nr.9, qui fait référence à la jalousie du Beach Boy Brian Wilson face à la concurrence des Beatles. Ne mettez pas ça quand vous avez des amis à dîner, conseil d'ami...

Par Volker Rivinius - Publié dans : Musiques
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