Familles

Publié le 28 Février 2009

Depuis que je vis au Mexique, j'en suis arrivé à reviser chemin faisant mon opinion sur la famille en général. Avant, je me drapais dans de citations style "familles, je vous hais", parce que d'un côté je n'aimais pas beaucoup la mienne et que de l'autre ça faisait chic, ça faisait lettré, surtout. Au Mexique, j'ai appris entre autres qu'une famille, ça pouvait être chaleureux, ça pouvait être respectueux envers ses membres. Ça n'empêchait ni les ragots, ni les médisances, mais somme toute il y a cette sorte d'esprit de clan, ce quelque chose que je n'ai toujours pas réussi à définir. J'y travaille.

Et tant qu'à faire, me suis-je dit, pourquoi ne pas exporter le modèle et l'appliquer sur ce qui me restait comme famille en Allemagne? Ça a failli marcher, en surface. Les premiers accrocs se sont produits un jour après le décès de mon père. Appell de ma tante, condoléances etc., puis cette question qui se voulait sincèrement préoccupée: "Mais qu'est-ce que vous allez faire de la maison?" La maison? Aucune idée. J'ai néanmoins remarqué que quelque chose dans le ton de sa voix sonnait bizarre, genre "$$$$$+%+$$$". A l'époque, je n'y ai pas trop fait attention, mais comme chacun sait, dès qu'il s'agit d'héritages, la devise est "fini de rigoler". La maison, oui, en fait deux moitiés de maison, construite par mon arrière-grand-père pour ses deux filles, une moitié chacune, et d'héritage en héritage, on en était arrivé au point où les descendants de la moitié concurrente ne rêvaient plus que de ça: s'emparer de notre moitié. Sans parler d'oncle-tante, qui habitent à l'autre bout de la ville et qui espéraient leur part du gâteau. Eh oui, Idar-Oberstein, petite ville rhénane, son industrie de pierres précieuses, son église encastrée dans le roc, etc. etc.



...ou, comme on dit ici au Mexique: pueblo pequeño, infierno grande. On s'en est rendu compte plus tard. On a essayé de vendre une partie de maison aux voisins, histoire de calmer le jeu, mais l'épouse du cousin 4e ou 5e degré n'en voulut point. Bon, tant pis, je suis reparti au Mexique, mon frangin est resté sur place, puis il est parti en Bavière, s'y est marié, et c'est seulement tout récemment qu'il est revenu voir la maison d'Oberstein. Et là, surprise...

Il constate que tiens, comme c'est étrange, le pot de fleurs en pierre taillée devant la maison avait disparu. Une fois dans la maison, il constate - et là, ce n'est plus étrange, c'est ahurissant - que plein d'autres choses avaient disparu: on a décroché presque tout les tableaux, on a fouillé dans les tiroirs, on a pris des livres, des lecteurs DVD, des DVD, des CD, des synthés, de la vaisselle, de la porcelaine. Visite éclair chez les voisins: oui, dit l'oncle 3e ou 4e degré, on a pris certains trucs, mais c'était pour les mettre en sûreté, hein. Oui oui, on va te les rendre. Il rend effectivement certains objets. Et le reste, demande mon frangin. Ah ben on sait pas.

Coup de fil à l'oncle de l'autre bout de la ville. Oui, dit-il, on a pris les tableaux, mais de toute façon, ils n'ont aucune valeur pour vous, et pour moi, ils ont une valeur sentimentale. D'accord, insiste le frangin, tâchant de garder son calme, mais tu nous les rends quand-même, dans un délai de trois jours. Trois jours après, toujours rien. Le frangin va voir les flics, qui lui conseillent tout de suite de porter plainte, Ordnung muss sein. Avant d'en venir aux grands moyens, le frangin demande au flic d'appeler l'oncle et de régler l'histoire à l'amiable. L'oncle, outré, prétend qu'il connaît la fille du peintre et que celle-ci aimerait que ce soit l'oncle qui les garde. Les contre-arguments du flic sont persuasifs; en Allemagne, on ne marchande pas avec la police, surtout dans une petite ville.

L'oncle finit par rendre les tableaux, mais en les déposant chez le voisin. Celui-ci annonce au frangin que finalement, kof kof, il a retrouvé les autres objets manquants et qu'il va bien sûr nous les restituer intégralement. C'est fou ce qu'une menace de procès peu stimuler la mémoire. Et bien entendu on a eu la preuve, s'il en fallait encore une, que les deux oncles étaient de mèche depuis longtemps.

Bon, de toute manière, ces tableaux, on peut bien les lui donner, à l'oncle de l'autre bout de la ville. Personnellement, j'ai toujours pensé que c'étaient des croûtes et que mes murs en seraient dispensés. Ceci dit, les demander, c'est une chose, les voler une autre. J'ai d'abord pensé à contacter les cousins, histoire d'éclaircir toute l'histoire et si possible de trouver un accord et ainsi de passer outre les oncles. Après tout, l'un des cousins m'avait bien envoyé un mail pour me souhaiter la bonne année. Non non, m'apprend le frangin, le cousin en question s'était emparé d'un florilège de DVDs et d'un des synthés, et le mail, c'était sans doute pour sonder si j'étais déjà au courant de quelque chose. Ils y sont donc venus en famille, pendant notre absence, et chacun a fait son petit marché...

Je veux bien être sympa avec la famille, mais à mon avis ça se complique dangereusement quand elle est constituée d'une minable bande de rapaces. 


Rédigé par Gryphon

Publié dans #Allemagne

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alexandra 07/03/2009 17:26

Tiens tiens, ca me rappelle bizarrement mon père. A la place de rapace, j'aurais plutot dit charognard....  à chacun ses animaux de compagnie!

Gryphon 08/03/2009 04:31


Tiens, oui, "charognard" aurait été pas mal. C'est vrai qu'un rapace peut faire preuve de noblesse d'esprit.