Retour en fac

Publié le 21 Décembre 2008

Vu récemment sur le site littéraire du Nouvel Obs, un article qui nous concerne de près, au boulot: "La France brade son réseau culturel à l'étranger". Dixit Dominique Wolton. Y a de ça: il est vrai qu'en temps de crise, surtout celle qui vient de nous tomber dessus, c'est la culture et sa diffusion qui vont trinquer jusqu'à plus soif, on n'en attendait pas moins du Quai d'Orsay. Et pourtant:

Des technocrates et des politiques se demandent si on a besoin d'amener Balzac à Berlin, en Haïti, à Hanoi ou à Ouagadougou? Eh bien oui, non seulement Balzac, mais aussi du cinéma, de la science, des techniques, pour essayer d'apprivoiser cette mondialisation sans âme.


Vastissime programme. Suffit-il de lire les Illusions perdues pour animer dans tous les sens du terme la mondialisation? Peut-être pas, mais initier quelqu'un à une culture qui n'est pas la sienne, c'est déjà lui donner la possibilités de nuancer. Et les nuances, c'est bien le job de toute culture - pas seulement française, évidemment.


Alors que faut-il faire? D'abord valoriser toutes ces femmes et tous ces hommes - plus de 2.000 personnes - qui assurent la présence française à l'étranger et qui possèdent une expérience extraordinaire, totalement négligée.


C'est gentil. Qu'on nous valorise donc, ne serait-ce que éviter les mines d'enterrement de la famille restée en Europe chaque fois qu'on leur avoue le montant de notre salaire.


Il faudrait sortir de cette règle de la fonction publique qui veut que personne n'ait le droit de parler en dehors du ministre. Que le ministre ait le monopole de la parole politique, c'est normal. Mais, pour le reste, que cent fleurs s'épanouissent!


Dont acte. Mais encore, comment parler de la France et de sa culture? Si c'est pour servir d'agence publicitaire gouvernementale (on n'ose plus dire "missionnaire"), alors non merci. On ne va obliger personne de s'agenouiller devant un piédestal "Balzac". Soyons crédibles, pas naïfs. Faut-il aimer Balzac parce que c'est français ou parce que c'est de la bonne littérature (et j'insiste, ça l'est)? Tout un dilemme, et sans doute ne peut-on s'en sortir qu'en se rappelant qu'une certaine remise en cause des faits accomplis, y compris des vaches les plus sacrées, est de bonne tradition française et européenne.

Voilà un peu les idées qui me trottaient dans la tête quand je me dirigeais vers Santa Fé. J'avais rendez-vous avec des responsables de l'Université Iberoamericana. But de la visite: développer un cursus de culture française d'un semestre pour des posgrados, donc des gens qui ont déjà leur diplôme en poche et qui ont envie d'en apprendre un peu plus. Je me demandais aussi si j'allais me sentir à l'aise dans ce milieu universitaire que j'avais quitté en 2001 après y avoir bossé pendant huit ans. Sur ce point, j'ai été vite rassuré: le coordinateur- en-chef de la Ibero se présente en jeans, t-shirt délavé, grosse bedaine et barbe blanche qu'on dirait le Père Noël en vacances d'été. Pas de doute: je suis bien dans une fac de sciences humaines, c'est partout pareil et j'ai bien fait de rester moi-même en jeans et en baskets.

Une semaine après, je rencontre à l'IFAL, cette fois, mon homologue V***, une historienne d'art spécialisée ciné. Ensemble, on esquisse une demie-douzaine de modules, littérature, musique, philo, gastronomie etc., j'y place deux, trois profs IFAL pour diriger une partie des modules. On avance bien et on va pouvoir démarrer le tout dès fin février. Le cursus s'appellera provisoirement "Couleurs françaises - La France de la Grande Guerre à Carla Bruni". Ah oui, et c'est payé intégralement par l'Ibéro. Voilà qui arrange tout le monde...

PS: La photo égomane de ce billet est le résultat d'une application marrante disponible chez PhotoFunia, où vous pourrez vous amuser à coller votre doux visage dans divers décors...

Télécharger: Dusty Springfield - Going Back (mp3) - acheter
Télécharger: Liz Green - Back In The USSR (Beatles Cover) (mp3) - indisponible


Rubrique "c'est quoi ces régressions?": Il a fallu Tarantino pour réattirer l'attention sur Dusty Springfield et le splendide "Son Of A Preacher Man". La discographie de la défunte chanteuse recèle d'autres pépites, comme ce titre sorti en 1966, signé Goffin/King et repris à peine un an plus tard par les Byrds. Quant à "Back In The USSR", on connaît évidemment tout ce qui entoure cette chanson dans les moindres détails. Ici une version féminine par Liz Green, inconnue au bataillon, sorti cette année dans le cadre du projet de reprise de la discographie beatlesienne complète par le magazine Mojo

Rédigé par Gryphon

Publié dans #Mexique

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nathalie 06/01/2009 03:47

Avec le nom de la première dame de France, meme si elle chantouille et gratouille, ca se colore un peu politique, non? Enfin, j'espere que tes caisses vont se remplir un peu mieux vu que c'est 'Ibero qui raque..! Ca m'a donné envie d'y aller tiens..

Gryphon 08/01/2009 07:00


Le problème c'est qu'une chanteuse française d'envergure vraiment internationale, il n'y en a pas beaucoup en ce moment. Remarque, vu son succès au Mexique, on aurait pu prendre Alizée, mais
ç'aurait sans doute été un peu léger ;)


Nathalie 06/01/2009 00:49

non, déconne, c'est vraiment ca le titre du cursus?!!!! C'est le nain qui va etre content lors de sa visite en février...justement !!!

Gryphon 06/01/2009 02:31


Je suis pas sûr s'il en saura grand-chose. Mais le cursus est bien culturel, non politique ;)