Por eso
It's a thousand pages / Give or take a few / I'll be writing more / In a week or two
Blog d'expat, celui d'un prof franco-allemand au Mexique, qui, après y avoir vécu plus de sept ans, s'estime en droit de se faire traiter de chilango (comme d'autres se feraient traiter de parigot).
La dernière trouvaille, au boulot, c'est que dû aux changements divers, aux restructurations inévitables, on nous conseille vivement de nous
reconvertir, de ranger le vieux pardessus de prof de FLE pour entamer une carrière prometteuse dans ce qu'on appelle désormais les
"nouveaux métiers". Youpi. D'un côté, ça tombe bien; j'en avais justement un peu ras la casquette d'expliquer pour la énième fois les arcanes du subjonctif - la routine, toujours la routine, hélas
- et donc, wow, pourquoi pas faire quelque chose de tout à fait différent?
Je me suis tout de suite porté volontaire pour un poste de pianiste de bordel, mais on m'a laissé entendre que nous disposions certes d'un piano, mais pas d'un bordel, du moins pas dans le sens littéral. Dommage. Et finalement, je n'ai même pas eu à choisir, c'est venu tout seul, c'est à dire d'en haut: avec quelques autres, qui eux non plus n'en demandaient pas tant, nous avons été promus... game designers!
Avouez que ça jette, ça déchire, ça la fait. Bon, me direz-vous, c'est bien, mais qu'a-t-il de si nouveau, ce métier? C'est relatif, bien sûr. Pour un prof de FLE, c'est même tellement nouveau qu'il faut qu'il adopte l'anglicisme, gaime disaïneur. Le comble, pour un prof de FLE. Alright, dites-vous encore, un rien agacé, mais on ne s'improvise pas game machin du jour au lendemain, voyons! Exact. Pas plus que chirurgien dentiste, encore que le game bidule peut même de nos jours se former sur le tas... Oui, le chirurgien dentiste aussi a priori, mais ce n'est pas moi qui va lui servir de cobaye. Admettons, insistez-vous un peu lourdement, et qu'allez-vous donc disaïnier, comme ça, hein? (pouf pouf). Sur quoi je vous demanderai, dignement, si vous la voulez, votre baffe, et j'ajouterai que pour l'instant, on en est à la création de personnages.
Chaque chose en son temps. On se dirige donc tout droit vers l'adventure game, mâtiné d'une once de simulation et d'un rien de stratégie. On aurait pu imaginer aussi un ego shooter, où un gros crétin musclé s'amuserait à massacrer des élèves récalcitrants à grands coups d'exceptions grammaticales. Même que, comme me le faisait remarquer un collègue, comme ça au moins, il ne tomberait pas à court de munitions, ha ha ha, sacré plaisantin! Mais soyons sérieux, d'autant plus que nous sommes en pleine phase délirante: il lui faut une biographie, à mon personnage, une apparence provisoire (je bidouille une photo) et une motivation genre question de vie ou de mort, une quête dans l'urgence, contre la montre, et si possible, tiens oui, un zeste de Bildungsroman ou comme on dit aujourd'hui, une coming-of-age-story, un personnage qui évolue (difficile, ça...). Et peut-être ceci. Et peut-être cela. J'en sais trop rien.
Quand je pense aux sommes vertigineuses qui sont investies dans la conception d'un jeu vidéo, ça laisse rêveur. Surtout si je compare à mon salaire à moi.
Télécharger: Jackson C. Frank - Blues Run The Game (mp3) - acheter
Télécharger: Queen - Play The Game (mp3) - acheter
Télécharger: Peter Gabriel - Games Without Frontiers (mp3) - acheter
Rubrique "c'est quoi ces joujoux?": Chanteur folk quasiment oublié, Jackson C. Frank avait sorti en 1965 un album où surnageait le discret Blues Run The Game, repris plus tard par Simon & Garfunkel. On leur en a beaucoup voulu, aux Queen, de sortir en 1980, en plein déferlement new wave, cette ballade grandiloquente d'une autre époque; avec le temps, on est devenu plus indulgent. La chanson de Peter Gabriel, elle, colle parfaitement à son époque, 1980 itou. Autant son ex-groupe, Genesis, sombrait dans la guimauve collinsienne, autant Gabriel apparut comme celui qui avait définitivement des choses à dire.
Je me suis tout de suite porté volontaire pour un poste de pianiste de bordel, mais on m'a laissé entendre que nous disposions certes d'un piano, mais pas d'un bordel, du moins pas dans le sens littéral. Dommage. Et finalement, je n'ai même pas eu à choisir, c'est venu tout seul, c'est à dire d'en haut: avec quelques autres, qui eux non plus n'en demandaient pas tant, nous avons été promus... game designers!
Avouez que ça jette, ça déchire, ça la fait. Bon, me direz-vous, c'est bien, mais qu'a-t-il de si nouveau, ce métier? C'est relatif, bien sûr. Pour un prof de FLE, c'est même tellement nouveau qu'il faut qu'il adopte l'anglicisme, gaime disaïneur. Le comble, pour un prof de FLE. Alright, dites-vous encore, un rien agacé, mais on ne s'improvise pas game machin du jour au lendemain, voyons! Exact. Pas plus que chirurgien dentiste, encore que le game bidule peut même de nos jours se former sur le tas... Oui, le chirurgien dentiste aussi a priori, mais ce n'est pas moi qui va lui servir de cobaye. Admettons, insistez-vous un peu lourdement, et qu'allez-vous donc disaïnier, comme ça, hein? (pouf pouf). Sur quoi je vous demanderai, dignement, si vous la voulez, votre baffe, et j'ajouterai que pour l'instant, on en est à la création de personnages.
Chaque chose en son temps. On se dirige donc tout droit vers l'adventure game, mâtiné d'une once de simulation et d'un rien de stratégie. On aurait pu imaginer aussi un ego shooter, où un gros crétin musclé s'amuserait à massacrer des élèves récalcitrants à grands coups d'exceptions grammaticales. Même que, comme me le faisait remarquer un collègue, comme ça au moins, il ne tomberait pas à court de munitions, ha ha ha, sacré plaisantin! Mais soyons sérieux, d'autant plus que nous sommes en pleine phase délirante: il lui faut une biographie, à mon personnage, une apparence provisoire (je bidouille une photo) et une motivation genre question de vie ou de mort, une quête dans l'urgence, contre la montre, et si possible, tiens oui, un zeste de Bildungsroman ou comme on dit aujourd'hui, une coming-of-age-story, un personnage qui évolue (difficile, ça...). Et peut-être ceci. Et peut-être cela. J'en sais trop rien.
Quand je pense aux sommes vertigineuses qui sont investies dans la conception d'un jeu vidéo, ça laisse rêveur. Surtout si je compare à mon salaire à moi.
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Rubrique "c'est quoi ces joujoux?": Chanteur folk quasiment oublié, Jackson C. Frank avait sorti en 1965 un album où surnageait le discret Blues Run The Game, repris plus tard par Simon & Garfunkel. On leur en a beaucoup voulu, aux Queen, de sortir en 1980, en plein déferlement new wave, cette ballade grandiloquente d'une autre époque; avec le temps, on est devenu plus indulgent. La chanson de Peter Gabriel, elle, colle parfaitement à son époque, 1980 itou. Autant son ex-groupe, Genesis, sombrait dans la guimauve collinsienne, autant Gabriel apparut comme celui qui avait définitivement des choses à dire.
par Gryphon
publié dans :
Mexique











