Por eso
It's a thousand pages / Give or take a few / I'll be writing more / In a week or two
Blog d'expat, celui d'un prof franco-allemand au Mexique, qui, après y avoir vécu plus de sept ans, s'estime en droit de se faire traiter de chilango (comme d'autres se feraient traiter de parigot).
Ai contribué à la repopulation du Québec. Je me dépêche de préciser, avant que votre imagination grivoise ne s'emballe, que ma contribution était essentiellement linguistique. Mais les faits sont là: le Québec veut plus que doubler le contingent annuel d'immigrés mexicains, élevant ainsi le contingent au nombre d'environ 4.000 guëys qui viendront mettre du piment dans la poutine, ça promet. D'être chaud, ay ay.
A ce rythme-là, il faudra certes 5500 ans pour vider la capitale mexicaine de ses habitants, donc y a pas le feu au lac de Chapultepec, mais je commence déjà à avoir un gros paquets d'anciens élèves qui sont partis vivre au Québec, et autant que je sache, personne n'en est revenu déçu ni même revenu tout court. Sécurité, style de vie, un meilleur boulot sont les raisons évoquées le plus souvent. Le froid ne leur fait pas peur, même quand je leur annonce que le gouvernement canadien offre gratuitement à tout nouvel arrivant un igloo à monter soi-même.
L'immigration au Québec est mieux gérée qu'en Europe: un système de points suivant lequel une certaine catégorie socio-professionnelle, un certain âge, un certain niveau de langue (anglais et français) déterminent vos chances d'être admis comme immigré. Le niveau du français - et c'est là que nous, à l'IFAL, on intervient - est déterminé par le TCF, autre foutu sigle qui signifie "Test de connaissance du français". Or, depuis le 16 octobre, on innove, Montjoie! Noël! etc.: il y a maintenant un TCF spécial Québec, censé remplacer l'entretien qu'ont les candidats avec la Délégation du Québec locale.
Normalement, c'est Jean-François, notre collègue québecois, qui aurait dû se taper le travail, mais comme il est en vacances, c'est retombé sur mézigue... Oups? Bon, j'ai bien glané quelques infos par-ci par là (merci blue, merci carolinalondres), m'enfin je ne suis pas spécialiste non plus... Ça commence par une compréhension orale; je n'ai rien à faire, je mets le CD et je la ferme. Surprise: les consignes sont bien lues par un Québecois, ça s'entend, mais le test proprement dit, c'est le TCF comme d'hab prononcé par des maudits Français de France. Curieux. Après, c'est l'entretien: six questions que je dois poser aux candidats. Là, évidemment, je n'allais pas me ridiculiser en imitant un accent que je ne maîtrise pas, sans parler que je risquais de m'enmeler les pinceaux avec l'accent guinéen de Sountou ou celui du midi de Perrine. Donc, le tout en français de, heu... comment dire? de Pâââname, ouaip, sans rififi, en demandant juste à Sainte Larimuche de jacter pour nosorgue, des fois qu'on toucherait pas au grisbi.
Ceci dit, va-t-on bientôt avoir un TCF spécial Wallonie, spécial Suisse romande, spécial Maghreb? Après tout, il y a bien CSI Las Vegas, CSI Miami et CSI New York...
- Télécharger: Robert Charlebois - Je reviendrai à Montréal (mm3) - acheter
- Télécharger: Beau Dommage - La complainte du phoque en Alaska (mp3) - acheter
- Télécharger: Lynda Lemay - Les Maudits Français (mp3) - acheter
Rubrique "c'est quoi ces kriss de tabernac?": Un spécial Québec s'imposait. A commencer par Robert Charlebois - et malheureusement, je n'ai pas pu mettre la main sur le très latin Elle s'appelait Concepción, donc ce retour à Montréal devra nous suffire pour le moment. Ensuite, un autre classique, le gros tube de Beau Dommage sorti en 1974, valse en trois temps et hymne assez casanier, en fin de compte. Pour finir, quelque chose de plus récent par Lynda Lemay, une chanson qui est devenue, en guise d'auto-foutage de gueule, un classique des cours de l'IFAL.. Hé ouais, on est comme ça, pas fier pour deux sous...
Yep. De mes dieux tutélaires. En l'occurence les Beatles. - Que voulez-vous? Je suis tombé dessus ou plutôt dedans quand j'avais quatorze printemps et je ne m'en suis jamais vraiment relevé. Il faut bien quelques constantes dans la vie, n'est-ce pas. Ma réputation est faite. Pas plus tard qu'hier, alors que je devais accompagner ma meilleure moitié à l'aéroport, c'est à peine que Don Joaquín le chauffeur de taxi me voyait arriver au sitio, qu'il avait déjà mis une compil de John Lennon dans son lecteur CD. Et c'est quoi cette compil? "Es piratito", me dit-il d'un air entendu. Faut dire que le Mexique est un pays particulièrement beatlophile (raison de plus pour y rester).
Bref, un nouvel album des Beatles vient de paraître, ce qui relève de l'exploit, puisque la moitié du groupe n'est plus de ce monde. Ma meilleure moitié avait déjà reçu son chèque de salaire. Moi pas. J'ai dû faire du chantage émotionnel et promettre de faire la vaisselle jusqu'en l'an 2030 pour qu'on aille dans le premier magasin venu, un Sanborn's, et qu'on achète le CD. J'en suis maintenant l'heureux possesseur et je peux donc me prosterner en âme et conscience devant l'autel (cf. photo), comme tous les soirs du reste, en criant "I'm not worthy! I'm not worthy!"
Et ce CD, alors? Comme d'habitude, une grande partie des chansons était déjà disponible sur la toile avant la parution officielle. J'avais téléchargé pour me faire une idée et je n'étais pas vraiment enthousiasmé. Où était l'interêt? De vagues remix servant de toile de fond à un spectacle du Cirque du Soleil, basé sur les chansons des Fab Four, avec l'accord des Fab Two et des Fab Veuves, c'est tout?
C'est seulement après l'achat du CD que j'ai compris qu'il fallait écouter le tout en entier. Il y a une dramaturgie dans la disposition des morceaux qui fait du CD une suite dans le sens baroque ou alors, comme on disait vers la fin des Sixties, un concept album. Les Fab Machin y apparaissent bien entendu mythifiés, on sent l'hommage de l'extérieur, même si c'est le producteur historique des Beatles, George Martin, qui s'est attelé à la tâche avec son fiston. La seule nouveauté est un arrangement de cordes pour While My Guitar Gently Weeps, le reste, c'est des mixages parfois audacieux, post-modernes si l'on veut, des déconstructions-reconstructions...
Ça ne sert donc à rien que je vous fasse écouter tel extrait ou tel autre. Je vais plutôt vous mettre autre chose: des mashup plus ou moins illégaux, c'est à dire des mélanges Beatles/autre groupe, fabriqués par des mixeurs au noms de pseudos de chatroom. Souvent, c'est du bidouillage genre j'ai-une-nouvelle-machine-avec-plein-de-boutons-et-aujourd'hui-je-vais-appuyer-sur-çui-là-en-rouge, mais parfois, c'est assez inspiré. En voilà:
- Télécharger: Team9 - The Beatles vs. The Cure - Taxman vs Lovesong (mp3)
- Télécharger: Go Home Prod. - The Beatles vs. Radiohead - Karma In The Life (mp3)
- Telécharger: (inconnu) - The Beatles vs. The Jam vs. Beck - Revolved 1 (mp3)
- Télecharger: The Beachles - I Just Wasn't Made For Good Mornings (mp3)
Rubrique "c'est quoi ces sacrilèges?": C'est Philippe Sollers qui a dit je ne sais plus où qu'il fallait lire tout classique avec la plus grande insolence. Exactement. La première relecture oppose les Beatles et les Cure, vocaux des uns, bande instrumentale des autres, le tout procure un air décalé, d'outre-tombe à la chanson de Harrison. Dans le second, la musique des Radiohead accentue et alourdit la mélancolie de A Day In The Life. Quant au troisième, il mélange trois chansons: Taxman des Beatles, Start des Jam et New Pollution de Beck - et miracle, ça colle!... Le quatrième et dernier est une entreprise de démolition radicale, sorte de collage à la Revolution Nr.9, qui fait référence à la jalousie du Beach Boy Brian Wilson face à la concurrence des Beatles. Ne mettez pas ça quand vous avez des amis à dîner, conseil d'ami...
En discutant avec Francine samedi dernier, alors qu'on était en train de fêter l'anniv' de Julien à l'Arlequin, on s'était rendu compte que s'il y avait quelque chose qui nous manquait en matière de gastronomie française, c'était bien les petits trucs, pâtés ou terrines sans nom, voire un banal croque arrosé d'un ou deux panachés. Les petits plats de bistro, pour tout vous dire.
Alors imaginons maintenant qu'on organise une bouffe et qu'on dit à des musicos d'apporter les plats et autres ingrédients, qu'est-ce que ça donnerait? Bien entendu, un musicien n'est pas forcément un fin gastronome, ni moi non plus d'ailleurs, enfin je réussis quand-même assez bien les glaçons (à condition d'avoir la recette sous la main). En cherchant bien, on trouve cependant tout ce qu'il faut pour fabriquer un menu plus ou moins substantiel.
On s'ouvre l'appétit avec des botanitas, du popcorn, apporté par Hot Butter, groupe éphémère dont le seule survivance consiste en ce titre, un ancêtre de l'électro sorti en 1972. Ou alors des potato chips, qui font le bonheur de Slim Gaillard: "crunch, crunch, I don't want no lunch, all I want is potato chips". Y en a qui se satisfont de peu, faut croire. Petite ritournelle jazzy de 1954.
Je crains bien qu'on n'ait pas grand chose à boire, que de l'eau, réclamée à corps et à cris par Melissa Etheridge, sur un titre de 1988. Ce sera donc un peu austère de ce côté-là, mais déjà arrive Nino Ferrer pour nous apporter des cornichons, via sa chanson rigolote de 1965. Et pas seulement: aussi de la moutarde, des p'tits oignons, du corned beed, du poulet froid, bref, tout ce qu'il faut pour un pique nique digne de ce nom. Paul McCartney se joint à nous avec une Flaming Pie. Une quoi? Ah, une tarte flambée! J'ignorais que Sir Paul s'y connaissait, en cuisine alsacienne, il est vraiment plein de ressources. Et puis Valérie Lemercier nous propose de goûter à ses frites consolatrices. Ma foi, c'est pas de refus...
Bon, un petit dessert? Oui, mais pas trop lourd, une salade de fruits fera l'affaire, surtout quand c'est Bourvil qui l'a préparée. Vous avez remarqué? Slim, Nino, Valérie, Bourvil - c'est bien la preuve que cuisine, humour, tendresse vont très bien ensemble, mais oui, nonobstant ces fieffés diététiciens qui veulent nous persuader du contraire. On se calme un peu, en sirotant un café bien noir, bien serré préparé par Sarah Vaughan, sous forme de ballade bluesy de 1949. Pour ceux qui préfèrent du thé, pas de panique, on en a aussi, du Darjeeling par William Sheller (faut toujours qu'il fasse son Londonien, celui-là). On fait passer le tout avec un rhum du démon, sûrement piqué à la réserve secrète de Castro, avec les compliments des néo-swingueurs de Eight To The Bar. Ça vous remet d'applomb aussi sec, pfouh... Et puisqu'on est entre nous, on se fait une petite fumette pour terminer; non non, on ne refuse rien à Gainsbourg, pas de chichis.
C'est alors qu'arrive Jacques Brel, très en retard, très embarrassé, et il nous apporte... quoi, encore des bonbons? Enfin, on préfère ça à ses fleurs, c'est vrai que c'est moins périssable...
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Update, en réaction aux commentaires: quelques gâteries, au cas où on aurait encore un petit creux.
- Télécharger: Lio - Le Banana Split (mp3) - acheter
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Et une surprise du chef:
- Télécharger: Yves Simon - Diabolo Menthe (mp3) - acheter
... de la bande originale du film de Diane Kurys; moins mythique que La Boum, mais en tout cas la musique était meilleure. Je viens de le dégoter aujourd'hui même...
... mauvais dans les deux cas. De très mauvais goût d'abord, cette affiche publicitaire qu'on rencontre ces jours-ci à Mexico:

Image choc. Depuis la campagne d'un marchand de textiles italien d'il y a une dizaine d'années, on en a vu d'autres. Rien à objecter contre les campagnes de prévention contre le cancer évidemment, sauf que celle-ci présente la particularité de culpabiliser la victime: "Le cancer féminin, ce n'est pas seulement toi qu'il touche", annonce l'affiche. Ah bon. Donc, si je comprends bien, une femme atteinte d'un cancer est une irresponsable face à sa descendance? Plaît-il?
Je me suis rappelé une autre campagne, contre le piratage des DVDs, celle-là. Cette fois, c'était le papa qui trinquait: il arrivait tout fier à la maison avec des DVD pirates pour le fiston, célébrant sa bonne affaire, et fiston raconte que lui aussi, comme papa, a fait une bonne affaire: il vient d'acheter les devoirs de maths de son copain, comme ça fiston n'aura pas à les faire lui-même. Consternation de papa, regard méprisant de maman, voix off: "Mais qu'est-ce que tu enseignes à tes enfants?".
Mauvaise conscience. On dirait que y faire appel fonctionne très bien au Mexique. Il n'est pas innocent de remarquer que la campagne contre le cancer s'intitule "croisade". Il est par contre judicieux de se souvenir que le Mexique est une des pays les plus catholiques du monde. Et que la mauvaise conscience s'incarne dans le personnage du prêtre, si l'on suit Nietzsche (et pourquoi pas le suivre?).
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Rubrique "c'est quoi ces culpabilisations?": une brésilienne, tout d'abord, sous forme de bossa parue en 1960, par un de ses compositeurs des plus prolifiques. Puis une autre, du Led Zep cuvée 1976, présentée comme composition originale, mais plus ou moins piqué à une chanson éponyme du folkeux John Renbourn. Là, au moins, on a une raison de se sentir coupable.
Après le show Beigbeder de l'année dernière, on n'était pas fâché de pouvoir rencontrer un auteur qui ait quelque chose à dire, lui. Je dis "on", mais il est vrai qu'on était pas nombreux, ce soir-là, à la Casa de Francia, à peine une trentaine, à écouter parler Didier Daeninckx de polar et de BD. Le sujet serait-il difficile? Il y a bien sûr une tradition du polar mexicain, citons Paco Ignacio Taibo II, mais pour la BD, c'est peut-être juste en train d'éclore.
Daeninckx nous raconte comment se font les collaborations entre dessinateur et scénariste, une
relation parfois difficile, même si ses expériences à lui, avec Tardi, avec Mako, ont été positives. Il souligne l'importance de se documentation - et d'ailleurs, c'est cette importance affichée, jugée artisanale et non pas artistique, qui dans le passé a été souvent responsable de la piètre opinion que certains esprits ont eu du polar, de la science-fiction et de la BD: littérature populaire, de gare, para-littérature, voire sous-littérature - autant de quolibets censés distinguer ces arts-là de l'autre art, la "vraie" littérature. On n'en est peut-être plus là, rien de plus habituel que de se documenter, en attendant, comme dit Daeninckx, que la fiction cannibalise la docu.
Il nous raconte avec délectation comme la ville de Dallas, la ville de George Bush, est la seule ville américaine à avoir eu un anar d'origine française comme maire. C'étaient apparemment des anars français qui avaient grandement fondé la ville, dont le centre s'appelle encore aujourd'hui La Réunion. Plus tard, les anars se sont faits rachetés leurs terrains et sont devenus multimillionaires. Qui a dit "Dallas, ton univers impitoyahableuh"?
Autre phrase que j'ai glanée: Le Havre est la ville la plus rock de France. Tiens, oui, j'avais oublié. Voilà pourquoi:
Titre paru en 1976, bourré d'énergie. Pour le reste, je vous propose aujourd'hui quelques scénarios de polar mis en musique:
- Télécharger: Joe Dassin - Marie-Jeanne (mp3) - acheter
- Télécharger: Mick Harvey - Requiem... (mp3) - acheter
- Télécharger: The Rolling Stones - Hand Of Fate (mp3) - acheter
- Télécharger: The Police - Murder By Numbers (mp3) - acheter
Rubrique "c'est quoi ces sirènes de flic?": Un sordide fait divers qui se passe à Bourges-les-Essonnes, patelin imaginaire. Normalement, Joe Dassin, pour ses reprises, gardait la musique et s'y faisait coller un texte ringard, style Salut les amoureux et autres L'Amérique, mais là, il reste assez fidèle à l'original de Bobby Gentry. Du coup, ça en devient une chanson potable, peut-être sa meilleure. Parue en 1967. Retour d'ascenseur, le Requiem... par Mick Harvey (1997) est la version anglaise de Requiem pour un con de Gainsbourg. Histoire de vengeance sur le point de s'assumer, tout ce qu'on aime en guise de plat froid... Quant aux Stones, plus je les écoute, plus je me rends compte que l'autre vrai musico à côté de Keith Richards, c'est bien Charlie Watts, le batteur. Ecoutez ce son de batterie et dites-moi si ça ne fait pas chaud au coeur, tellement c'est cool. Quant à Jagger, il se la pête sur cette chanson comme d'ailleurs sur tout l'album Black And Blue (1976). Pour terminer, une rareté de The Police, face B d'un 45 tours période Ghost In The Machine (1983), où Sting renoue avec ces origines jazzy de prof d'anglais. Rien contre les profs, bien sûr...











