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Les chansons sur ce site peuvent être téléchargées pour un temps limité: 7 jours. Elles n'ont d'autre but que de susciter des passions musicales. Bien entendu, je vous invite à vous ruiner en achat de CDs et d'autres supports, quitte à bouffer de la vache enragée pour le restant du mois...

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Por eso

It's a thousand pages / Give or take a few / I'll be writing more / In a week or two

Blog d'expat, celui d'un prof franco-allemand au Mexique, qui, après y avoir vécu plus de sept ans, s'estime en droit de se faire traiter de chilango (comme d'autres se feraient traiter de parigot). 


Lundi 28 novembre 2005

Bon, assez ruminé. Retournons au quotidien - autant que possible, vu que ma meilleure moitié est partie en stage à Paris. Je retrouve plus ou moins mes habitudes de célibataire: j'alterne les pâtes et les nouilles et dimanche je vais sans doute opter pour des spaghetti.

En fait, j'aurais voulu vous offrir un grand grand reportage sur le Festival de cinéma français qui vient de se terminer aujourd'hui même, avec critiques, photos de stars et tout et tout, mais la semaine a été assez laborieuse, encore hier j'ai du réaliser un semblant de site pour une collègue qui est aussi artiste peintre et qui va exposer la semaine prochaine (d'où l'urgence). Donc j'ai tout juste eu le temps d'aller voir "L'empire des loups" - hum, pas terrible, distrayant, puis après ça devient, comme toujours avec Grangé, du n'importe quoi n'importe comment n'importe où. Si j'avais eu le temps, je serais allé voir "36 quai des Orfèvres", ou "L'équipier" ou "Les mots bleus" ou d'autres trucs inconnus au bataillon comme "Zaïna, cavalière de l'Atlas". Des stars, d'ailleurs, il n'y en avait presque pas cette fois-ci, sauf Judith Godrèche, pas vraiment mon actrice favorite (je tente de rester poli). Alors que l'année dernière, il y avait quand-même Romain Duris, Elsa Zylberstein et surtout Antoine de Caunes.

Cette année, les séances spéciales se sont déroulées pour la plupart, tenez-vous bien, en présence de l'exportateur. L'exportateur?! Qu'est-ce qu'on en a à braire? Franchement...

Donc, je n'ai rien à vous mettre sous la dent à part cette photo de qualité discutable qui montre a) que j'étais bien là, b) que le Festival a bien eu lieu dans un pays hispanophone, c) qu'on a collé les affiches un peu n'importe comment et d) qu'on jurerait que Gérard Jugnot joue bien dans "Il ne faut jurer de rien".

ah, quel glamour! on s'y croirait! 

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Jeudi 24 novembre 2005

Je continue sur ma lancée... Les Mexicains, comment voient-ils les Français? L'image est globalement positive, même si les Mexicains fêtent chaque année la bataille de Puebla, victoire mexicaine sur le corps expéditionnaire de Napoléon III (mais ça, en France, c'est comme Alésia, personne ne s'en souvient). J'en ai fait une fois l'expérience dans un taxi: le chauffeur me prenait tout d'abord pour un Américain, il restait aimable, me félicitait pour mon espagnol (ce qui était d'autant plus aimable qu'il n'y avait pas grand chose à féliciter). Quand je lui ai révélé mon identité française, son attitude a brusquement changé: "Français? BIENVENIDO!", s'est-il écrié, et ça continuait comme ça durant tout le trajet. "C'est la prochaine à gauche." - "La prochaine à gauche? BIENVENIDO!" - "Combien je vous dois?" -"50 pesos. BIENVENIDO!" J'exagère à peine.

Parfois, cependant, quand on gratte un peu le vernis, on s'entend dire aussi que les Français sont arrogants. Ça vient probablement des milieux bizness, je n'ai pas encore pu vérifier. Ou alors c'est carrément un héritage de cette attitude de missionariat qu'affichaient bon nombre d'immigrés français tout au long du XXe siècle, des religieux, des professeurs, tous venus pour apporter la bonne parole de la République Une et Indivisible. De même qu'il fallait être particulièrement sévère quand on enseignait le français; apprendre le français, c'était un honneur, ça se méritait. Alors qu'aujourd'hui, avec les nouvelles directives européennes, l'important c'est que le message passe, tant pis si on loupe un subjonctif dans le tas. C'est en fait une révolution et c'est quasiment passé inaperçu.

Un autre stéréotype qui a la dent dure, c'est l'idée que les Français ne se lavent pas, buenos dias l'odeur. Comme dans tous les stéréotypes, il y a là une once de vérité: on sait qu'à l'échelle européenne, ce sont les Français qui utilisent le moins de déodorant - et le plus de parfum. J'ai moi-même rencontré des compatriotes qui avaient toutes les qualités, SAUF celle de faire fonctionner un déodorant, mais quand-même, ça reste l'exception. Les stéréotypes en disent long sur ceux qui les profèrent: le sens de l'hygiène est très développé au Mexique, contrairement à ce que nous veulent faire croire les films américains. Quand Cortés et ses têtes brûlées, partis pour conquérir le Mexique, arrivent à Tenochtitlán, ils sont ébahis, et en effet, la vieille capitale aztèque était, en matière d'hygiène et d'urbanisme, supérieure à n'importe quelle ville européenne de la même époque.

Mais bon, on parle ici "des" Français et "des" Mexicains et on continue donc à penser dans des catégories héritées du XIXe siècle. Encore une fois: non seulement c'est ridicule de se laisser réduire à une identité nationale nécessairement fictive, mais encore ça correspond de moins en moins à la réalité. Globalisation oblige, les même catégories sociales se ressemblent de plus en plus d'un pays à l'autre. Un type de mon âge, qui fait le même métier, gagne à peu près le même salaire, écoute la même musique, porte les mêmes fringues et détient un passeport d'une autre couleur, je vais probablement m'en sentir plus proche que d'un compatriote qui n'a aucun rapport - autre que celui d'une vague mémoire collective - avec ce que je fais dans la vie. Impensable? Non, on en revient juste à ce qui était une attitude courante. Il est peut-être temps de fermer cette parenthèse nationale qui nous enquiquine depuis deux siècles - mais là, je polémise...

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Mercredi 23 novembre 2005

Aurélie, dans son blog, a eu la bonne idée d'aborder un sujet épineux: le comportement de nos compatriotes à l'étranger, leurs préjugés, leurs râleries. Pas étonnant que dans les commentaires, on contre-attaque, on se défend, on vitupère sa propre patrie ou celle des autres - généralement, ça ne rate jamais. Pour Aurélie, ça se passe au Québec; pour moi, ça se passe au Mexique, c'est blanc bonnet et gorro blanco. Entendre des Français débiter leurs clichés sur le Mexique, ça m'énerve ça mmmm'ineeerve vous pouvez pas savoir. – Alors qu’en fait, ça ne devrait pas. Après tout, des clichés, on en a tous, on n'est pas tous diplômés en sociologie (et d’ailleurs, les diplômes en sociologie n’y font pas grand chose). Et puis, on peut très bien adorer le Mexique, s’y trouver tout à fait à l’aise et en critiquer certains aspects malgré tout. Non, en fait ce qui mmmm’ineeerve vous pouvez pas savoir, c’est la transposition de l’esprit de clocher, les gens qui débarquent de leur petit monde, et pour lesquels tout ce qui en diffère est forcément nul. J’ai dit « des Français » ? Je connais tout un tas d’Allemands pour qui c’est pareil, sans même parler des Gringos pour qui le Mexique entier est un pays peuplé de jardiniers et de bonniches potentiels. Il faut parfois partir du constat que la connerie est la chose la mieux partagée au monde…

(Petite pause, ma pizza est prête; il s'agit là d'un produit d’origine italienne fabriqué aux Etats-Unis importé au Mexique ingurgité par un Franco-Allemand; c’est vous dire…)

Nous disions donc (burps) ? Ah oui, « des Français ». Dire qu’il y a des Français ici qui votent Front National. Les pauvres. Ils sont bien à plaindre, entourés de toutes ces peaux basanées. Ils aimeraient bien expulser les étrangers, mais ça pose un petit problème quand on est soi-même expatrié. Sans en arriver à des extrèmes (droite), c’est quand-même curieux cette façon qu’on a de réduire son identité à une question de passeport dès qu’on se trouve à l’étranger. Je veux dire, quand vous allez au supermarché en France, en traversant les rayonnages, vous ne marmonnez pas « je suis français je suis français » à tout bout de champs. Ici, on a parfois l'impression que certains compatriotes agisssent exactement comme ça: se tenir sur le qui-vive pour pouvoir exprimer un enthousiasme triomphaliste au cas où ils découvriraient une boîte de La Vache qui rit fraîchement importée, qu'ils payeront au prix d'un baril de pétrole. Et puis, c’est quoi cette façon de s’improviser ambassadeur de France dès qu’on se promène dans une rue étrangère, de ne jurer plus que par Chanel et Louis Vuitton et Renault et Danone, de se révéler expert en musette-accordéon alors que, quand on habitait encore dans son bled en Charente-Maritime, on écoutait uniquement du Led Zep à fond la caisse ? Et de se métamorphoser lentement, mais inexorablement en Super-Dupont ?

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Samedi 19 novembre 2005

On n'a plus de gaz. Ce n'est pas qu'on ait oublié de payer la facture, c'est juste que la bonbonne est vide. Il faut donc attendre le camion à gaz. Heureusement il passe plusieurs fois par jour, dès sept heures du mat. Il s'arrête au carrefour, les gazeux descendent, s'éparpillent dans les rues et poussent leur cri: "GAAAAAAAAAS!" Pour les entendre, on les entend! C'est super agréable, surtout les samedis très tôt, mais bon: c'est ça ou la douche froide. J'ouvre la fenêtre du balcon et je commande "una de veinte!", une bonbonne de vingt litres. Le gazeux retourne au camion.

"Voulez ouyr les cris de Paris?", chantait Clément Janequin au début du XVIe siècle. Les cris de Paris ont plus ou moins disparus, ceux de Mexico subsistent. "PAPEEEEEL" - ça c'est le monsieur au chapeau de paille qui vient nous racheter vieux journaux et magazines. "RRRICOS TAMALES OAXAQUEÑOOOOOOS" - voix nasillarde et chantante diffusée en boucle sur un radio-cassettes déglingué, c'est le vendeur de tamales à la mode de Oaxaca qui passe sur son vélo. "LA NIEVEEEEEE!", c'est le marchand de glaces et sa brouette. Sifflement strident d'une locomotive à vapeur - c'est le vendeur de pâtisseries chaudes (celui-là, il doit être sourd depuis longtemps). Flûte de pan en plastique - c'est l'aiguiseur de couteaux. Flûte de pan en métal - c'est le facteur, tout simplement. Heureusement qu'on vit dans une rue calme.

Le gazeux revient avec la bonbonne sur le dos. Et c'est là que pour tout gazeux digne de ce nom, la partie dure commence: il doit se taper trois étages sans ascenseur pour déposer la bonbonne sur le toit, avec les autres, chaque locataire en a au moins une:

Ça sent le gaz? c'est normal.

Au Mexique, les bouteilles de gaz sont toujours sur les toits, comme ça, en cas d'explosion, le premier étage d'un immeuble ne sera pas trop touché. Manque de bol, on habite au troisième. Le gazeux branche la bonbonne, renifle pour vérifier s'il n'y a pas de fuite. Apparemment, il n'y en a pas, mais ce n'est certainement pas dans le coin que j'irais allumer ma clope. Je paye le gazeux, petit pourboire, et le voilà qu'il redescend en emportant la bonbonne vide.

Maintenant, il faut juste allumer la chaudière dans la cuisine. Geste routinier, mais non sans risque: il y a quelques années, le beau-père y a laissé ses sourcils et sa moustache.

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Mercredi 16 novembre 2005

Le semestre est à moitié terminé. En conséquence de quoi les élèves arrivent de plus en plus en retard, voire pas du tout. On y est habitué, et puis, ce sont des adultes, donc je ne vais certainement pas les engueuler. Et puis (bis), on est au Mexique, où la ponctualité n'est pas franchement considéré comme une vertu cardinale, bien au contraire. Je dois dire que ça me convient assez, surtout après avoir habité en Allemagne, où une nanoseconde de retard vous menait tout droit devant le peloton d'exécution. Non, ici, c'est le règne de l'ahorita, intraduisible - ou alors ça donnerait quelque chose comme "tout de suitou" ou "tout de suitette", et ça signifie, au choix, tout de suite, dans cinq minutes, dans une heure, la semaine prochaine, au cours du siècle, ou alors quand les poules auront des dents. Bref, un autochtone qui vous répond "ahorita" se réserve un pan d'imprévisibilité, et vous, vous en serez quitte pour une pincée de suspense dans votre vie. Que demander de plus?

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
 
 
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