Por eso
It's a thousand pages / Give or take a few / I'll be writing more / In a week or two
Blog d'expat, celui d'un prof franco-allemand au Mexique, qui, après y avoir vécu plus de sept ans, s'estime en droit de se faire traiter de chilango (comme d'autres se feraient traiter de parigot).
Oui, je sais, en ce moment même, il doit y avoir des MILLIERS de photos de fêtes d'Halloween qui se publient un peu partout dans la blogosphère - eh bien, tant pis! vous aurez les miennes aussi; comme ça, on sera tranquille pour un an (et je n'ose même pas imaginer ce qui va se passer à Noël).
| On a encore une fois fait la fête à l'IFAL vendredi dernier, genre combinaison Halloween/Día de Muertos, et en sus les résultats du concours "donner un nom à la cafète" (ah? il fallait donner un nom? Moi je trouvais que ça sonnait bien, "la cafète", pour une cafète). Sandra, la meilleure gérante de cafète dans ce monde-ci et au delà, avait entrepris de décorer les locaux et la cour de monstres, de cercueils, de fleurs d'oranger dès lundi. Le conseiller culturel s'était offusqué contre cette halloweenisation d'une tradition mexicaine datant de l'époque préhispanique, mais bon, que voulez-vous qu'on fasse? Halloween prend le pas sur tout, un syncrétisme irréversible ici comme ailleurs. Après tout, le sapin de Noël nous vient d'une tradition germaine, Odin et Thor vous saluent bien, et c'est après seulement qu'on l'a incorporé dans le rituel chrétien, histoire de faire plaisir aux barbares fraîchement convertis. Brillante idée, in saeculo saeculorum. Donc tant pis pour Halloween, et puis ça amuse les gamins. | ![]() |
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Ceci dit, les traditions purement mexicaines ont été préservées, témoin cette offrenda, un autel où les esprits des morts en vadrouille trouveront tout ce qu'il faut pour se remplir la panse: tequila, bière, le pain des morts, des fruits, des botanitas, des fleurs d'oranger, les fameux crânes en sucre (cf. plus bas) et même un programme des cours de l'IFAL, on ne sait jamais. Tout est préparé, les monstres, sorcières et autres vampires arrivent, moi-même déguisé en diablotin, avec juste une paire de cornes acheté l'après-midi à un marchand ambulant, aïe, j'aime pas du tout, mais jouons le jeu. |
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En fait, à part les monstruosités coutumières, il y a aussi un Zorro, une hippie, une artiste peintre, un gros singe, encore que lui, je ne sais pas s'il ne s'était pas tout simplement échappé du zoo. Une gamine vient me demander son "trick or treat" pour sa gamelle. Je verse généreusement une dizaine de pesos, tout en me promettant de me faire rembourser par sa maman, qui se trouve être une collègue prof. Le deejay, ce soir, c'est Antonio, qui, il y a quelques mois encore, faisait garçon-café léthargique chez Sandra. Le temps de se taper quelques coronitas, et c'est l'heure du baptême de la cafète. Premier prix: une bouteille magnum-trois litres de téquila, hips! Et le gagnant est... le fils de Pati, dix ans, et dorénavant une splendide carrière d'alcoolique précoce en perspective ;-) La cafète s'appellera donc "La tour IFAL". Bon. Pourquoi pas. Andale. |
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... Et pour cause, la fête des morts approche. Et comme au Mexique, la mort est plutôt joyeuse, qu'un peu partout dans la ville sont affichés des images de squelettes qui s'amusent comme des petits fous, douleurs musculaires en moins, je décide de fêter ça avec mes élèves. Mercredi soir, avec le niveau D, on se retrouve à la cafète. Norma a apporté le pain des morts, dans une version "Pasteleria suiza", c'est à dire fourré chantilly, ouf! bonjour les calories, mais aussi, c'est le cas de le dire, on ne vit qu'une fois, au diable l'avarice. Teresa, l'étudiante en gastronomie, a eu soin de préparer le chocolat chaud, et quel chocolat! aromatisé à la cannelle avec un zeste de piment, qu'elle a ajouté, dit-elle, pour expérimenter. Victor, a amené du vin espagnol et Marta une quiche bien de pas chez eux. Nous voilà servis, et puis ça va être l'heure des calaveritas, c'est à dire des petits poèmes censés nous expliquer comment la mort ira nous prendre. Afin de corser le tout, j'avais insisté que ce soit écrit en français, genre "prof qui perd pas le nord". Tout le monde a donc composé pour la première fois une calaverita en français, mais - et là, j'étais assez surpris - pour certains d'entre eux, c'était la première calaverita tout court. Hum... y a des traditions qui se perdent. Norma m'en a fait une, je vous la livre telle quelle:
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Sympa, non? (kof, kof). Voilà où on en est après 350 heures de français (penser à revoir les pronoms directs et indirects la semaine prochaine). À cela s'ajoute le petit crâne en sucre ou en chocolat avec le prénom du calavérisé collé dessus en guise de cadeau.
Le lendemain 7 heures du mat, rebelote, avec mon niveau E. Cette fois, c'est Alheli qui s'est chargée du pain des morts et Tamara du chocolat, dans une version moins expérimentale, mais tout aussi délicieuse. Pas de calaveritas, on n'est guère inspiré au petit matin les yeux bouffis la bouche pâteuse, mais on s'offre quand-même des crânes. On est presque au complet, Carlos arrive en retard, il a dû bosser dans des hôpitaux de banlieue jusqu'à une heure du matin. La semaine prochaine, pont oblige, on ne se verra que jeudi, on aura le temps de se reposer, et on en a tous besoin...
Non, décidément, je n'aime pas beaucoup être invité à des mariages, mais puisqu'il s'agit de la famille de ma meilleure moitié, impossible de prétexter une migraine. Et puis, avec un peu de chance, il en sortira quelque chose de blogable, qui sait. Samedi matin, donc, nous voilà en route vers Cuernavaca, ville à une heure de México.
Question fringues, sur l'invitation, il y avait marqué "formal guayabera". Ma meilleure moitié m'explique qu'il s'agit d'une chemise folklorique qu'on porte habituellement aux mariages. Tout de suite je m'imagine un truc hyper-bariolé, genre mariachi criard, et il est évidemment HORS DE QUESTION que j'arbore cette chose, j'opte pour le classique costard-cravate, on est européen et on sait se tenir, sí señor! - Bien m'en a pris: en arrivant sur les lieux du crime je découvre qu'il s'agit en fait d'une chemise ou tunique blanche, tout à fait élégante et surtout comfortable par grosses chaleurs. On y est bien dedans. On y aurait été bien dedans, me dis-je en enlevant discrètement ma cravate.
Au Mexique, la société n'est rien, la famille est tout. A fortiori, quand on est invité à un mariage, et que la réunion de deux familles, ça vous fait autour de 500 personnes. Peu importe d'ailleurs que vous soyez cousin 457e degré ou si vous arrivez d'un autre monde, comme mézigue: vous faites partie du clan, vous êtes accueilli comme membre certifié, vous bénéficiez de tous les droits. C'est inquiétant et rassurant à la fois...

Tout a été organisé en plein air, même la cérémonie religieuse. Il est vrai qu'il aurait fallu une cathédrale entière pour y faire tenir tout le monde. Le curé évoque la première rencontré des époux; il nous la joue un tantinet telenovela, diront certains après coup. J'avoue que je préfère ça à un sermon armageddonesque. On a mobilisé des symphonistes et choristes de la capitale pour accompagner le tout, des musiciens haut de gamme. Pas d'exotisme, cependant: l'inévitable marche nuptiale de Mendelssohn, du Bach, du Händel, du solidement germanique, à peine tempéré par un peu de Verdi. La cérémonie terminée, les époux et parents d'époux félicités, c'est l'heure des cocktails et autres amuse-gueule. Les membres dispersés de la famille se retrouvent. Puis on se met à table. Nous, ce sera avec des cousins assez proches et leurs copains-copines. Je crois que c'est à ce moment que j'abandonne mon attitude ronchonne, que je commence à savourer l'ambiance - et comment dire? tous ces gens sont vraiment trop sympa. Relax.
Surtout que, pour ce qui est du culinaire, on ne sert pas de cochonneries. Du chile en nogada (allez voir chez Laurange ce que c'est), puis un truc étrange qui consiste en une demie noix de coco, dans le centre de laquelle on a placé une stèle en morceaux de coeur d'artichaut entouré de lamelles de bacon, sur quoi on verse finalement une soupe d'artichauts froide. Pas dégueu du tout, plein les yeux, plein le nez, plein la bouche. Voilà de quoi ça a l'air:
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Par la suite, à force de goûter des mets raffinés, de me siffler des Coronitas, on en arrive au dessert et je suis bien incapable de discerner l'origine de l'arôme de cette crème, au cardamóm, aux guèpes, à l'amiante, whatever... Seul inconvénient: la musique, passablement ringarde, Sinatra, Elton John et compagnie. J'aperçois Hernán, autre cousin, guitarriste dans un groupe de death metal, s'arracher les cheveux... M'enfin bon, vive les mariés!

Wilma est passée et a ravagé le Yucatán, toute une infrastructure touristique soufflée, litéralement, dans une région qui n'a pas trop d'autres ressources. Ici, en capitale, à 2 200 mètres d'altitude, nous ne craignons pas les ouragans, ils ne viennent jamais jusqu'à nous. En échange, nous avons un ou deux volcans dans le voisinage et des tremblements de terre quasi quotidiens, même si la plupart d'entre eux sont à peine perceptibles. Pas de doute, au Mexique, on la sent, la nature.
L'Ambassade de France, un gros bâtiment moderniste et imposant (forcément) se trouve à Polanco, dans un quartier où les effets éventuels des tremblements de terre sont atténués. Pierre et mézigue y sommes conviés pour une réunion des représentants du personnel local (i.e. le personnel qui n'est pas payé directement par Paris), le nouvel ambassadeur voulant sans doute voir avec qui il aura maille à lier en cas de pépin. Le problème, c'est que ni Pierre ni moi sommes élus, tout juste candidats à la fonction de délégués. Les élections de juin avaient été annulés pour cause d'irrégularités par-ci par-là. Mais comme personne d'autre ne veut faire le sale boulot et qu'il suffit donc d'être candidat pour être élu, c'est nous qui sommes conviés. J'ai rencontré Pierre une demie heure auparavant, ensemble nous avons échaffaudé une pseudo-stratégie qui ne masquait guère notre expérience à peu près nulle dans la matière, puis nous voilà à l'Ambassade, nous montons au cinquième étage et nous entrons dans la salle de réunion. Les gens présents sont tous syndicalistes, représentent la CGT, CFDT, FO et j'en passe et des meilleures. C'est fou, on a beau être loin de la France... D'ailleurs, on nous fait vite comprendre qu'en tant que non-syndiqués, nous n'avons aucun droit de décision, à peine voix au chapitre et que nous pouvons assister à cette réunion "à titre exceptionnel". Bien. Nous voilà donc réduits au choix, à une exception française ou au rôle d'imbécile heureux. C'est "Rikiki et Patapon au pays des Trululus".
L'ambassadeur arrive, il préside la réunion, on passe de "petit a" à "petit b", on se dispute entre syndicalistes de sensibilité opposée, puis on décide de se réunir mercredi prochain. Je vous épargne les détails. Pierre et moi sortons de l'immeuble, une syndicaliste nous rattrape, nous apostrophe d'un "alors, ça va, les gamins?". Bon, j'ai quarante ans, je fais plus jeune, d'accord, on me donnerait volontiers trente-neuf ans et demie, mais de là à se faire traiter de gamins, franchement... Nous écoutons poliment son discours portant sur les joies de la vie de syndicaliste. Notre future activité de délégué sera sans doute vachement intéressante...
Tout ça bien sûr doit rester entre nous, donc soyez sympa et ne le répétez pas aux syndicalistes et ambassadeurs que vous comptez parmi vos amis de longue date. Je compte sur vous.
En train de lire "Liegen lernen", du romancier allemand Frank Goosen (ne cherchez pas; ça n'a pas été traduit et ça ne le sera sans doute pas; beaucoup trop allemand). C'est l'histoire d'un type qui grandit dans les années 80 et 90, n'arrive pas à oublier son grand amour du lycée ni à se décider pour une autre fille, tandis que lentement, il trouve du travail en fac et s'y incruste.
C'est un peu (beaucoup) mon histoire aussi. Alors, d'un côté, c'est sympa de retrouver cette époque à travers le regard d'un type qui vous ressemble, mais d'un autre côté, c'est une hénaurme blessure narcissique: ne croyait-on pas, à l'epoque, de vivre quelque chose de forcément original, individuel, bref: unique, alors que non: on est probablement des centaines à avoir vécu la même chose.













