Por eso
It's a thousand pages / Give or take a few / I'll be writing more / In a week or two
Blog d'expat, celui d'un prof franco-allemand au Mexique, qui, après y avoir vécu plus de sept ans, s'estime en droit de se faire traiter de chilango (comme d'autres se feraient traiter de parigot).
Bon. Ne nous faisons pas d'illusions, nous sommes gouvernés, gavés par le foot. Tout ce qui nous préoccupe, c'est que le truc rond aille dans le truc rectangulaire, et après le match c'est avant le match.
J'aurais bien voulu vous mettre un petit album photo de la fête de la musique qui a eu lieu la semaine dernière à Mexico, mais puisque je suis en Allemagne, tant qu'à faire, allons jeter un coup de téléobjectif dans les rues d'Oberstein après ce match drrrrrramatique qui a opposé Allemands et Argentins et qui s'est soldé par une victoire allemande (ne serait-ce que pour venger le Mexique).
Inutile de dire que ça claxonne de partout, les gens se rassemblent dans les rues, jeunes, vieux, courts, long, carrés, barbapapa, barbamama, barbouille, barbibelle etc. etc. Quelques heures plus tard, les Italiens du coin ont fait la fête eux aussi.
D'autres photos dans l'album "en demi-finale!".
Dois-je le rappeler? Je me retrouve donc à Idar-Oberstein, ville mondialement célèbre, trente mille habitants, située en Rhénanie-Palatinat entre Mayence et Sarrebruck, avec son industrie de pierres précieuses, ses deux châteaux, sa Felsenkirche (cf. photo),
et son cimetière où nous arrivons mercredi un peu avant 14 heures.
Il fait très chaud dehors, un peu plus frais dans la chappelle - mais inutile de parler du temps, via le foot la planète entière est au courant du temps qu'il fait en Allemagne. Tout est arrangé comme il faut. Oncles, tantes, cousins et cousines arrivent, des amis de mon pére. J'ai du mal à reconnaître certaines gens, d'autres me sont parfaitement inconnues. Le prêtre arrive avec deux enfants de choeur, deux adolescentes. Jean Paul II s'était offusqué contre des enfants de choeurs féminins, mais a dû s'incliner face à un contre-argument imparable: c'était ça ou plus d'enfants de choeur du tout, vu le peu de vocations masculines. Le discours du prêtre est excellent, dépourvu du blabla de circonstance; pour peu, il me convertissait...
Après la cérémonie, nous offrons une collation chez Steuer, le resto dont mon père était un habitué. Café, gâteaux secs, comme le veut la tradition, mais comme il fait de plus en plus lourd, nous commandons des boissons fraîches en sus. Le frangin avait d'abord été partisan de ne pas offrir de collation du tout; il y a quelques années, lors d'un autre enterrement, il avait été outré de voir ces mêmes gens qui pleuraient devant la tombe rigoler devant leur tasse de café. Il avait sans doute trouvé ça passablement hypocrite. En fait, ce n'est pas hypocrite, c'est plutôt le signal que la vie continue, on évoque des souvenirs de nos morts respectifs, on prend des nouvelles de gens perdus de vue, on renoue avec la parenté négligée etc. La vraie hypocrisie, ce seraient bien plus les proverbiales mines d'enterrement que d'aucuns croient devoir afficher. Et comment ne pas penser à Jacques Brel, j'veux qu'on rit, j'veux qu'on danse...
Et puis, autre chanson: Horace Silver - Song For My Father (mp3)
Du soul jazz cuvée 64. Peu probable que mon père l'ait écouté cette année-là. Il venait tout juste de s'installer en France avec ma mère et l'année d'après, j'allais naître. La France, avait-il dit, c'est juste pour deux ans. Il y est resté trente ans. Le Mexique, avais-je dit, c'est juste pour deux ans. Comme quoi...
Le croque-mort nous a rendu visite dès vendredi midi, un homme moustachu bien en chair, costume noir, cravate noire, et qui au moment de la visite souffrait du rhûme des foins. Aucune ressemblance décidément avec les personnages de Lucky Luke, ces types maigrichons à la face verdâtre. Mais ressemblance ou pas, des funérailles, ça s'organise, c'est même un sacré boulot, si j'ose dire, et tant qu'à faire, je préfère que des pros s'en occupent.
Quoique. Le jardinier, à qui nous rendons visite plus tard, ne m'inspire pas confiance, avec sa mine patibulaire. Il est en charge de plusieurs tombes de la famille, mais d'après ce qu'on nous dit, il ne fout pas grand chose à part envoyer ses factures. Nous choisissons un ensemble de fleurs rouges et blanches pour décorer le cercueil, puis une couronne à déposer.
Le week-end passe, et tout est à peu près organisé, tout le monde de joignable est mis au courant. Ça donne quelques réactions curieuses, dont je ne sais même pas si elles sont à imputer aux habitudes de vie quotidienne dans les petites villes. Ainsi ma tante demande si nous ne pouvions pas repousser un p'tit peu l'enterrement, parce qu'ils ont la visite d'un ami collectionneur de papillons. Finalement ils s'arrangent.
L'annonce de décès paraît lundi. Sauf que le journal local, la Nahe-Zeitung, s'est trompé en omettant un mot. Le croque-mort nous en prévient, il va insister auprès de la rédaction pour que l'annonce reparaisse correctement le lendemain. Comme tout le monde lit le journal, tout le monde est au courant. Je vais acheter mes clopes et je reçois les condoléances de la vendeuse. Les premières lettres de condoléances nous parviennent à peine quelques heures après la parution du journal: ce sont celles de l'entreprise de taxis et du boucher.
Lundi soir, visite du prêtre. Mon père était le dernier catholique de la famille, tout le reste est né protestant. Je suis agnostique depuis longtemps, mais peu importe, le prêtre nous laisse une excellente impression. Il nous demande quelques détails biographiques sur quoi baser son sermon. Les funérailles sont prévues pour mercredi.
Les pères, généralement, ça vieillit, ça vieillit, ça n'en finit pas de vieillir, et puis finalement si, ça finit. Je vais donc retourner en Europe pour quelque temps, jusqu'à fin juillet probablement, histoire de régler des histoires.
Chanson qu'on tâche de faire coincider:
Télécharger: Dinosaur Jr. - Goin' Home (mp3) - Acheter
Bon. Force est de constater que ça n'a pas marché des masses, ce non blogger day... Moi qui m'attendais à recevoir des mails à faire déborder ma boîte yahoo de 2 gigas, à trier les envois, à être confronté à des choix cruels, à des dilemmes cornéliens, à envoyer des lettres de refus style maison d'édition, "votre manuscrit n'a malheureusement pas retenu l'attention de notre comité de lecture" - rien de tout ça!... Dorénavant je vais laisser les appels du mois de juin à qui de droit. N'empêche, si de Gaulle avait lancé le sien sur un blog au lieu de la radio et des affichettes, on se demande ce qui se serait passé. Ou ce qui ne se serait pas passé. Ça laisse songeur...
Note perso: ne pas surestimer la portée de la blogosphère.
Chanson d'un type qui aurait répondu à l'appel:
Télécharger: Paperback Believer (mp3) - mash up, donc non commercialisé
Rubrique "c'est quoi cette chanson?": En fait, ce sont deux chansons en une seule, un mash up, donc un remix de deux chansons, réalisé par des bidouilleurs du web. Ici, vous l'avez deviné, c'est un mix du Paperback Writer des Beatles et de I'm A Believer des Monkees. Comme c'est de la même époque, ça reste assez homogène: la voix de McCartney donne plus de substance au son des Monkees, qui en échange accentuent le côté naïf des paroles. Pour des évidentes raisons de copyright, les mash ups ne peuvent pas être commercialisés. Ça ne les empêche pas de pulluler sur le web. Georges Perec et ses potes de l'OuLiPo auraient adoré ça.











