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Les chansons sur ce site peuvent être téléchargées pour un temps limité: 7 jours. Elles n'ont d'autre but que de susciter des passions musicales. Bien entendu, je vous invite à vous ruiner en achat de CDs et d'autres supports, quitte à bouffer de la vache enragée pour le restant du mois...

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It's a thousand pages / Give or take a few / I'll be writing more / In a week or two

Blog d'expat, celui d'un prof franco-allemand au Mexique, qui, après y avoir vécu plus de sept ans, s'estime en droit de se faire traiter de chilango (comme d'autres se feraient traiter de parigot). 


Vendredi 31 mars 2006

Les récentes pannes techniques d'Over-Blog (ou plutôt des serveurs qui l'abritent) étant résolus, on reprend du service. De toute manière, la semaine a été tellement laborieuse que je n'aurais pas pu faire grand chose: en plus d'un remplacement d'une collègue tous les matins à sept heures, mon job de délégué m'a tenu en haleine. Réunion entre délégués le mercredi, réunion du personnel jeudi, réunion entre employeurs et délégués vendredi. Contrairement à ce qui se passe en France, chez nous, c'est plutôt l'accalmie, pas de grands conflits en vue, juste quelques bizarreries administratives à éclaircir. Le Big Boss en a profité pour nous expliquer la logique de l'administration: "Si on vous dit qu'une poubelle, c'est un chien, vous lui donnez un sucre et vous lui demandez de faire le beau." Il le tient lui-même d'un énarque expérimenté, donc c'est crédible, ma foi. J'ai d'ailleurs tout de suite tenté le coup avec la première poubelle venue.

Et pendant tout ce temps, ma meilleure moitié se ballade en France, ce qui a comme d'habitude quelques incidences sur mon mode alimentaire (retour aux pâtes, nouilles, autres bombes à cholestérol). Sauf mercredi, où Aurora m'a préparé un dîner-surprise, excellent, presque pas piquant... Enfin, dans les heures qui suivaient, j'ai quand-même pu allumer mes clopes sans briquet, rien qu'avec mon haleine.

Contrairement à ce qu'a pu dire le ministre du tourisme français, le mouvement anti-CPE n'a pas tellement d'influence sur l'attitude des Mexicains - du moins, si j'en crois mes étudiants, touristes potentiels et francophiles pour la plupart. De manière générale, ils sont plutôt contre le CPE, et ils savent faire la différence entre manifestants et casseurs.

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Mardi 28 mars 2006

Nous, les expats, les immigrés, les nomades, on a notre dose d'expériences bizarroïdes, de rencontres du troisième type et au-delà, de mal- ou bienentendus culturels, économiques, administratifs, de fausses découvertes et de vraies odyssées. Suffit d'aller faire un tour sur expat-blog.com pour vérifier que ça nous arrive à tous. Et puis, il y a des livres. Parmi les premiers best-sellers déjà, on retrouve pas mal d'histoire d'expats: L'Odyssée justement, mais aussi l'Exode, voire les Epistulae ex Ponto d'Ovide. Toutes proportions gardées, on trouve parmi des livres plus récents celui-ci: A Year in The Merde, par Stephen Clarke, qui narre - on le devine presque - les périples d'un Britannique en France durant une année. Et c'est hi-la-rant! C'est l'histoire d'un Londonien censé ouvrir une chaîne de salons de thé pour le compte d'une compagnie française, avec des collègues français bien sûr et leurs si curieuses façons de travailler, de manger et d'aimer. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas si méchant pour les Français: le titre du livre sert avant tout d'allusion au récit d'un compatriote prédecesseur, A Year in Provence par Peter Mayle et sa vision excessivement pittoresque de la vie way down south. On s'aperçoit, s'il en avait été besoin, que l'humour britannique a encore de beaux jours devant lui, et quant au personnage principal de Stephen Crane, il a finalement dû apprécier d'une manière ou d'une autre son année dans la shit, puisqu'il se retrouve protagoniste de la suite au roman, qui d'ailleurs porte un titre tout aussi merdique.

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Jeudi 23 mars 2006

Les mardis soir, le nid douillet qui nous sert d'appart commence à ressembler furieusement à un champ de bataille, par exemple celui de Waterloo après le passage de Thénardier. C'est que nous savons hypocritement tous deux, ma meilleure moitié et mézigue, que mardi soir, c'est la veille. Autrement dit, demain arrive Aurora, et sans elle, soyez-en assurés, nous serions foutus.

Aurora, c'est notre femme de ménage. En fait, c'est mille fois plus. Longtemps j'avais cru que "femme au foyer" se disait en espagnol "alma de casa", donc "âme de la maison", et j'avais trouvé ça intensément poétique et dans le cas de Aurora, intensément justifié. Sauf que je viens d'apprendre qu'en fait "femme au foyer" se dit "ama de casa", et donc tout juste "maîtresse de maison". Et c'est bien trop prosaïque pour en affubler Aurora.

Qui était déjà présente bien avant que moi, je ne débarque. Je n'avais pas l'habitude d'avoir une femme de ménage chez moi. D'ailleurs, en Allemagne, ça fait limite esclavagiste. Bien sûr, mon père en a une, mais au contraire de nous, il est pris de panique la veille de son arrivée et entreprend de tout ranger, parce que sinon, la femme de ménage ne peut pas ranger. Ici au Mexique par contre, tout le monde a des femmes de ménage, dont certaines sont des mille-fois-plus. Aurora, elle, n'hésite pas à nous gronder quand il le faut, par exemple quand elle découvre dans le frigo les résidus d'un déjeuner d'il y a une semaine, qu'elle me les promène sous le nez tout en disant d'un air faussement dubitatif "ça, on peut maintenant le jeter, non?". A bon entendeur, saludos.

Elle n'hésite pas à prendre des initiatives, en ce qui concerne les questions d'architecture intérieure. Elle en a le droit. Bien sûr, parfois, quand on rentre des vacances, on croit d'abord qu'on s'est trompé d'appartement. "Elle était pas ici, avant, la chambre à coucher, chérie?" - "Heu, tu crois?" Et finalement, on s'habitue, c'est peut-être même plus feng shui qu'avant, qui sait? Bon, parfois elle ruine mon classement sophistiqué de DVDs et je n'arrive plus à mettre la main sur mon édition US de Asphalt Jungle qui pourtant était bien , mais après tout, peut-être qu'elle prend juste les devants pour me permettre de repenser mon classement, ce que j'allais faire de toute façon la semaine d'après, et ainsi d'accéder à un degré de sophistication supérieur.

Mercredi soir en tout cas, tout est nickel. C'est d'ailleurs les mercredis soirs qu'on aime bien inviter des gens, allez savoir pourquoi...

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Samedi 18 mars 2006

Comme il est de bon ton non seulement d'apprendre aux Mexicains le maniement de la langue française, mais aussi de leur faire découvrir la culture française, la Kulture avec un grand K aussi bien que la Qulture avec un gros Q, j'enmène mes étudiants du niveau D à la Casa de Francia. Autrement dit, la Maison de France, visite guidée jusqu'à 20h00, puis ce sera l'occasion de prendre un pot dans le quartier histoire de consolider le groupe. Généralement, quand j'organise ce genre de sortie, la moitié du groupe en profite pour rester chez soi, et ce n'est pas ce groupe-ci qui fera exception, que voulez-vous.

Arrivé à la Casa, j'en profite pour faire un tour à la libraire et acheter de la presse (dont le "Magazine Littéraire" qui par une bizarrerie inexpliquée coûte moins cher ici qu'en France). Les étudiants arrivent au compte-gouttes, David, Atenea, les deux Alejandras, Marco, Mario, Homar, Gilda, on y va, à ma gauche vous avez le restaurant "Cordon Bleu", en fait une école de cuisine, très bon mais très cher, à ma droite l'Institut de Mode, autre école (bouffe et haute couture, on reste dans le pré carré français...). Et puis la médiathèque, excellente. D'abord les revues, puis les CD, ensuite les DVD, enfin les livres. Il n'y a pas à dire, il y a des gens qui font bien leur boulot. Les étudiants sont ravis de ce qu'ils découvrent (c'était le but), voire enthousiastes lorsqu'ils arrivent à la partie réservée à la BD adulte et son cortège d'images peu catholiques (c'était un peu moins le but, mais tant qu'à faire...). J'insiste sur le fait que Reiser, Moëbius, Druillet, Bourgeon, Margerin etcetera, c'est du très sérieux, en France.

On finit la soirée au Konditori de la Zona Rosa, quartier en déperdition qui avait été il y a encore trente ans un des hauts lieux culturels de la capitale, tandis que maintenant c'est devenu un gros piège à touristes avec les bars à mariachi bidon et autres table-dance. Les étudiants me posent les questions habituelles, depuis combien d'années je suis au Mexique, pourquoi et avec qui, quelles autres villes j'ai visité, ce que je n'aime pas à México (bizarre, à la réflexion... ils me demandent rarement ce que j'aime à México). Je déballe mes réponses standard, puis à moi de cerner un peu mes ouailles. Atenea m'invite à assister un dimanche aux répétitions de leur groupe, dont elle est la chanteuse. Et voilà le travail: huit étudiants qui ont pu pratiquer leur français autrepart que dans une salle de classe.

Autre chose qui n'a rien à voir: On dit que les téléchargements de mp3 illégaux, c'est fini, car trop dangereux. Ah oui? Eh bien, c'est comme dans Astérix, il reste des villages d'irréductibles qui résistent envers et contre tout, et quand il s'agit de musiques rares, quasi oubliées et de toute façon peu commerciales et donc indisponibles, je ne vois pas ce qui m'empêche d'y aller cliquer de temps en temps. Par exemple allez voir le blog de mordi et parcourez un peu les liens, vous allez découvrir plein de choses à écouter. Et pas seulement à écouter, héhé... Hein? Mainon, jlaipadit.

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Lundi 13 mars 2006

J'y suis peut-être allé trop vite, dans mes Feuilles mortes précédentes. On peut bien entendu trouver plein d'anecdotes croustillantes sur tout un tas de gens en faisant démarrer les moteurs de recherche habituels, mais il arrive aussi que des gens qui pourtant étaient bien présents il y a deux, trois ans disparaissent du net, pfouit! envolés, plus de trace... Très inquiétant...

Heather, par exemple. C'était à l'époque, au début des années 90, où j'habitais à Cologne, dans une WG, autrement dit un grand appart' qu'on se partageait à six, trois gars, trois filles. Heather avait été introduite par Jochen le batteur, on était alors en pleine phase musico. Heather n'était pas son vrai nom, elle était d'origine kéniane, avait été adoptée par un couple d'Allemands, mais "Heather", ça la jettait plus quand on est chanteuse dans un groupe de soul, les Soul Suckers. Le groupe avait atteint une notoriété locale, qu'il n'allait jamais dépasser, mais pour l'instant, ça suffisait pour enregistrer un CD live.

D'ailleurs, c'était bien sur scène que le groupe déménageait, et surtout grâce à Heather, qui, quand elle entonnait un vieux standard comme "I've Been Loving You Too Long", y mettait tellement du sien qu'on en avait des frissons jusqu'au week end suivant. Elle semblait connaître toutes les ficelles du métier. Ça lui arrivait de faire des apparitions télé comme choriste derrière un type vite oublié, et parfois elle jettait un regard sur le côté comme si quelque chose la dérangeait hors-champ. En fait, il n'y avait rien, c'était juste pour signaler que a) elle maîtrisait son boulot et que b) elle pouvait se permettre de se laisser distraire en plein chant par ce qui se passait autour d'elle. Et que c) elle se foutait éperdument du type devant elle qui se la pétait sous les projecteurs.

Quelque temps après une chambre se libérait dans la WG et elle a emménagé. Chroniquement fauchée, elle avait du mal à rassembler les sous du loyer, c'était le bordel dans sa chambre. Un producteur lui a fait enregistrer une version de "Streets of London", un maxi qui n'a pas trop marché. A l'époque, il suffisait d'être black et de traîner dans les bars branchouilles pour que n'importe quel producteur du dimanche se jettait sur vous, demandait "heu, tu chantes, aussi?" et espérait le tube galactique enregistré dans un studio miteux. J'ai quitté la WG peu de temps après, et comme il se doit, je l'ai perdue de vue.

Les Soul Suckers ont fini par se séparer. Du groupe, il ne reste qu'une page web désertée depuis longtemps. Heather a dû enregistrer un autre maxi quelques années après. Puis les traces se perdent.

par Volker Rivinius publié dans : Feuilles mortes
 
 
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