Por eso
It's a thousand pages / Give or take a few / I'll be writing more / In a week or two
Blog d'expat, celui d'un prof franco-allemand au Mexique, qui, après y avoir vécu plus de sept ans, s'estime en droit de se faire traiter de chilango (comme d'autres se feraient traiter de parigot).
On se réunit entre délégués, à l'aise, sur la terrasse de la cafète, juste une petite réunion pour élaborer une stratégie commune en vue de la grande réunion avec le big boss la semaine prochaine. "Commune", parce que nous sommes trois institutions, l'IFAL, la Casa de Francia et l'Ambassade, parce qu'on ne se connaît pas très bien d'une institution à l'autre, parce que nous avons des expériences différentes - dans mon cas, d'ailleurs: zéro expérience. Christine a déjà été déléguée, comme Araceli, comme Lucia qui, elle, doit avoir dans les 30 années de boîte et donc une mémoire aux dimensions éléphantesques.
Une heure et demie plus tard, nous avons peaufiné un petit ordre du jour qui tient la route. Nous voilà fin prêts pour amorcer la révolution le débat. En cas de panne d'inspiration, on pourra toujours se faire un pélérinage dans la maison de Trotsky, située au sud de la ville. Mais tiens? qu'entends-je? des fanfares? une révolution qui aurait éclatée sans qu'on nous prévienne? Je vais voir dans la rue... Ah oui, j'avais oublié, aujourd'hui vendredi 24 février, c'est le dia de la bandera, la fête du drapeau, et d'après ce qu'on m'a expliqué, le Mexique doit être le seul pays au monde à dédier un jour au drapeau. Les fanfares, c'étaient des lycéens en uniforme qui paradaient dans le quartier, avec en effigie le drapeau fédéral, les drapeaux des différents états, sans compter l'inévitable vierge de la Guadalupe - ce qui, pour un pays officiellement tout aussi laïque que la France, me semble peu orthodoxe. Enfin, du moment qu'on s'amuse...

Me suis fait engueuler par une bonne femme, et c'est arrivé comme ça - vous allez voir, c'est assez édifiant: je sortais de chez moi, en route pour l'IFAL, et je trimballais un gros sac de poubelle rempli d'ordures ménagères que j'allais déposer à l'emplacement habituel. Du coin des yeux j'observais une dame qui dans sa grosse voiture avait apparemment quelque peine à se garer. J'ai fait quelques pas quand j'ai entendu deux brefs klaxonnements, j'ai tourné la tête et - sapristi! je n'ai pourtant pas la berlue! - c'est après moi que la dame en avait.
"Excusez-moi, a-t-elle dit, vous avez OUBLIÉ vos ordures!" J'ai répondu que niet, je n'avais rien oublié du tout, c'est là que tous les gens de la rue et des rues avoisinantes déposaient leurs ordures. Je n'ai pas dû être excessivement crédible. "Vous êtes étranger, n'est-ce pas?" Ah ouais, tout de suite. Elle allait sans doute me démontrer par a + b que je ne valais guère mieux que ce que je venais de déposer et que de toute manière j'avais à me prosterner devant elle. Et sa grosse voiture. Qu'elle n'arrivait pas à garer. Elle m'a fait un petit discours sur la propreté de rues. Je lui ai répondu que le camion viendrait ramasser les ordures d'ici deux, trois heures, comme tous les jours. Elle a prétendu que le camion est déjà passé. Bon, là, elle venait implicitement de m'avouer qu'elle savait parfaitement que l'endroit était réservé aux ordures (d'ailleurs une petite pancarte l'indique). J'ai haussé les épaules et je suis parti. Elle m'a gratifié d'un nom d'oiseau, apothéose de sa fine argumentation. J'espère au moins qu'elle a réussi à se garer avant l'arrivée du camion.
Morale? Y en a pas. Juste un petit conte urbain.
L'air se réchauffe, dernier virage avant les grandes chaleurs...
Les cours ont recommencé. J'ai un niveau D, un cours d'expression orale et mon atelier de philo. Dans ce dernier, la moitié des inscrits sont des récidivistes du semestre dernier. J'ai dû changer quelque peu le concept du cours à cause d'eux, ou grâce à eux: non plus des textes philosophiques, mais des news qui tombent par-ci par-là et qui méritent un traitement philosophique. On commencera d'ailleurs par l'affaire des caricatures danoises.
Le plus intéressant au début, le plus urgent aussi, c'est de savoir à qui on a affaire. Parmi les nouveaux tous cours confondus, il y a une ancienne diplomate, qui était en poste à Rome, à Bonn et à Berlin du temps de la RDA, il y a une danseuse qui produit ses propres spectacles et qui a passé quelques années à Essen en Allemagne, il y a une autre danseuse, professeur de danse hawaïenne (on espère vivement qu'elle nous fera une petite démonstration!), qui a appris le français en Polynésie, et puis il y a comme de coutume des ingénieurs, des chimistes, des traductrices, des étudiants en relations internationales, des candidats à l'immigration au Québec, d'autres qui veulent faire un master à Paris ou à Nice ou à Compiègne.
Comme je ne les fais jamais se présenter eux-mêmes mais par leur voisin ou voisine, ça donne parfois des présentations rocambolesques. Ainsi ce type qui présente une fille au t-shirt U2 récemment acquis lors des concerts de la semaine passée, une fille qu'il connaît depuis quinze ans, une très bonne personne (insiste-t-il), qui sait faire d'excellentes pâtes à toutes les sauces (insiste-t-il encore) et qui est éperdument amoureuse d'Ewan McGregor - nous voilà fixés.
Pas de chieur ni de chieuse en vue pour l'instant. M'est avis qu'on va bien s'amuser.
Un des gros avantages d'Internet, c'est qu'on est en mesure de retrouver des traces d'à peu près tout le monde. Même les plus récalcitrants à la chose finissent par être happés, parce qu'un collègue de travail ou un autre ami-qui-vous-veut-du-bien a un beau jour eu l'idée de vous inclure dans son site. Une aubaine pour les Sherlock Holmes en herbe ou en feuilles mortes.
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J'avais connu deux amies quand je "faisais" mon année en Sorbonne, en 1987/88. Je ne sais plus dans quelles circonstances je les ai rencontrées, probablement au hasard d'un amphi, peu importe. L'une, appelons-la Pauline, habitait chez ses parents, de la haute bourgeoisie 6e arrondissement, famille traditionnaliste, pas de télé, mais des Pléiade et le Littré, elle très catholique, donnait des cours de catéchisme aux gamins du quartier. L'autre, appellons-la Agnès, normande, sous-louait dans l'immeuble de Pauline. Elle était plus axée sur le social, et à vrai dire pas grand chose ne la rapprochait de Pauline. Etais-je amoureux de l'une, de l'autre? Je n'en sais rien, peut-être, à 22 ans je n'avais aucune idée de ce que je voulais, et si à l'époque on m'avait dit qu'un jour je bloguerais du Mexique, j'aurais sans doute pris un air ahuri de circonstance. De leur côté, Pauline et Agnès, appelons-les comme ça, savaient, elles, très bien ce qu'elles voulaient. Et de fait, en fouinant un peu, je m'aperçois que leurs vies se sont jusqu'à présent apparemment déroulées comme prévu. Pauline est mariée, avec ce mëme type qu'elle a rencontré en 1988, rencontre de laquelle j'avais été témoin. |
Elle a quatre enfants, elle habite en grande banlieue dans un bled calme, elle fait partie des "mamans du caté", son mari a un poste bien doté dans les télécommunications. Ça correspond grosso modo au projet de vie dont elle m'avait fait part il y a presque vingt ans. Agnès s'est mariée elle aussi, sauf qu'elle a accolé le nom du mari à son nom de jeune fille. Elle enseigne dans un lycée de banlieue, mais une autre banlieue que Pauline, et elle vient de signer un tract contre une mesure de politique éducative.
Je n'ai pas envie de les contacter, à quoi bon, mais ça fait quand-même plaisir d'apprendre qu'elles ont fait leur bout de chemin. En mëme temps, je suis, comment dire, surpris par ces vies sans surprise...
Apparemment, être délégué du personnel, ça implique pas mal d'heures sup' non payées. Surprise, surprise. Ainsi, hier samedi, j'arrive à l'IFAL pour participer à la traditionelle prédistribution des cours. L'ambiance est morose: on avait espéré de longues files d'élèves enthousiastes venus s'inscrire, au lieu de ça, c'est plutôt calme. On tâche de se rassurer: c'est samedi, fait pôh très beau, c'est juste avant la quinzaine, donc les Mexicains, qui en général sont payés tous les quinze jours et non tous les mois sont à cours de pognon, et puis il y a eu ce pont où tout le monde a dû partir en week end etc. etc.
En attendant un lundi miraculeux, il faut quand-même distribuer. On est comme tout le monde: on fonctionne à l'ancienneté. Ceux ou celles avec une trentaine d'années de service à l'IFAL ont droit aux morceaux de filet, des cours intérieurs qui ne commencent pas trop tôt, qui ne finissent pas trop tard. Pour les derniers arrivés et donc derniers servis, il ne restera plus que les miettes: des remplacements, des cours extérieurs à Tréfouillis-las-Ocas dès sept heures du matin (je connais, je suis passé par là aussi). Le casse-tête, pour l'instant, c'est quels cours maintenir, quels cours fermer. Un cours ne devient rentable qu'à partir de huits inscrits, donc il faut spéculer sur les inscriptions de lundi, attribuer provisoirement ce niveau A même si pour l'instant il ne compte que quatre élèves. Tout ça nous prend sept heures de prises de tête. A la fin, tout le monde pourra manger à sa faim (même si certains devront être particulièrement attentifs aux offres en promotion dans leur superette du coin).












