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Les chansons sur ce site peuvent être téléchargées pour un temps limité: 7 jours. Elles n'ont d'autre but que de susciter des passions musicales. Bien entendu, je vous invite à vous ruiner en achat de CDs et d'autres supports, quitte à bouffer de la vache enragée pour le restant du mois...

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Por eso

It's a thousand pages / Give or take a few / I'll be writing more / In a week or two

Blog d'expat, celui d'un prof franco-allemand au Mexique, qui, après y avoir vécu plus de sept ans, s'estime en droit de se faire traiter de chilango (comme d'autres se feraient traiter de parigot). 


Vendredi 27 janvier 2006

Me voilà subitement élu délégué du personnel. 60% de votants, c'est mieux que pour les élections européennes. 100% des voix, c'est mieux qu'en Union Soviétique. Je vais finir par me croire populaire...

Non, en fait, le suffrage s'explique facilement: il fallait voter pour deux candidats, et comme il n'y avait que deux candidats qui se présentaient, ça limitait franchement le suspense. Et puis, comme je l'ai déjà dit, personne n'a envie de faire le sale boulot. Pour tout vous dire, je n'ai aucune idée en quoi il consiste exactement, ce boulot. Me voilà donc plongé pour la première fois le nez dans des textes juridiques, et je vous assure que ce n'est pas du polar (heureusement qu'il y a des sites pour ça). Christine a résumé l'expérience en un seul mot: "formateur". Bon, on va apprendre des choses nouvelles? Tant mieux. Quitte à mettre les pieds dans le plat plutôt deux fois qu'une? Tant pis. Rachid, mon prédecesseur, m'a prévenu que les plus chiants dans l'affaire, ce n'étaient pas les employeurs, mais les collègues. Ai aussitôt entrepris de me faire promettre par un tout un tas de collègues joignables de ne pas me faire chier pendant les deux prochaines années. A la réfléxion, j'ai dû mal interpréter le terme "promesse électorale".

PS: Et je ne sais toujours pas quel nom prendre! Jean-Paul III ou Benoît XVII?

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Jeudi 26 janvier 2006

Le premier olibrius venu de la star ac battrait Bob Dylan à plate couture si on pouvait imaginer une seule seconde une compétition entre les deux. Mais rassurez-vous, on ne peut pas. Ou alors ce serait comme de discuter des mérites architecturaux respectifs de la cathédrale de Chartres et du McDo du Forum des Halles niveau -1.

A vrai dire, je me méfie des monuments, et à vrai dire plus, je n'avais pas accroché à Dylan non plus. Je connaissais tout juste les classiques, le plus souvent à travers des reprises. Je l'avais vu en concert à Paris en 87, un peu comme on va au musée, et j'étais plus intéressé par Tom Petty en première partie et même par Roger McGuinn, le fondateur des Byrds, en prépremière partie. Mais là, depuis quelques semaines, je n'arrête pas de trébucher sur du dylanesque, d'abord via des DVD, qui ont repris la fonction du CD au début des années 90: mémoriser, remémorer voire canoniser des faits et gestes oubliés de plus d'un demi-siècle de pop culture. Et non des moindres mettent la main à la pâte: Martin Scorcese qui sort "No Direction Home", une biographie de Dylan des débuts de Dylan jusqu'en 1966. Puis ressort le concert pour le Bangla Desh, le premier concert de charité de l'histoire du rock, organisé en 72 par George Harrison...

...et qui rameutait un tas de chevelus et barbus, dont Dylan, qui n'avait pas mis les pieds sur scène depuis 1966 justement. Puis il y a son autobiographie, "Chronicles Volume One", éclatée, fragmentée, superbe à lire - et donc je plonge dans cette atmosphère du Greenwich Village au tout début des années 60, dont je ne connaissais rien, drôle de vivoir qui contenait en germe tout ce qui allait éclater quelques années plus tard. On suit l'ascension de ce folkeux à la casquette de moujik jusqu'au jour où, au festival de Newport en 1965, il échange sa gratte sèche contre une électrique - et se fait copieusement huer par le public qui crie à la trahison. Chacun ses intégristes, hein? Il y a bien ce statut de protest singer qui lui colle à la peau, une étiquette qu'il récuse, et pourtant, ça n'était pas toujours facile d'interviewer Sa Bobité. Quand en plus le journaliste est un tantinet naïf, ça donne à peu près ça:

Journaliste: "Combien de gens qui font de la musique dans le même créneau que vous, combien sont des chanteurs contestataires? C'est à dire, ces gens qui utilisent leur musique et leurs chansons pour protester contre, euh, l'état de la société dans laquelle nous vivons, contre la guerre, le crime ou quoi que ce soit."

Dylan: "Euh... combien?"

Journaliste: "Oui, combien."

Dylan: "Euh, je crois qu'il y en a environ, euh, 136."

(les gens autour de Dylan rigolent; le journaliste garde son sérieux)

Journaliste: "Vous voulez dire ENVIRON 136, ou alors exactement 136?"

Dylan: "Il y en a oubien 136, oubien 142."

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Jeudi 19 janvier 2006

Il arrive que les festivités se bousculent, qu'elles forment entre elles un contraste qui ne laissent d'autre choix au quidam que d'afficher en l'espace de quelques heures des comportements tout aussi riches en contrastes. Le problème, c'est qu'on a, dans des occasions pareilles, pas toujours le temps de changer de garderobe. Par conséquent, on aura l'air déplacé dans au moins une des deux festivités (à moins d'être un génie du vestimentaire, mais là, houlà, je suis loin du compte...). C'est ainsi que je déboule en sweatshirt, décontracté, au lancement de la campagne de la Sopexa, alors que tout le monde arbore costards-cravates ou robes du soir. Heureusement que l'éclairage est feutré, hem-hem...

La Sopexa, c'est cette organisation qui s'occupe de promouvoir les produits gastronomiques français à l'étranger - très importante donc pour l'industrie agroalimentaire. La campagne s'intitule, comme l'année dernière, "dites oui aux saveurs de France",  et les saveurs en question, c'est champagne, cognac, foie gras, café, chocolats, absinthe, vins, liqueurs. Pas vraiment le genre raviolis en conserve. Je me demande un instant si les Mexicains ne vont pas avoir une image quelque peu faussée de la consommation en France. "Chériiii! Où il est passé, le champagne pour mon foie gras?!" - "Râhlàlà! T'as qu'à prendre le cognac, eh, BANANE!" Peu importe, après tout. On nous fait goûter à tout, ce qui est loin d'être désagréable. Les discours sont sobres. Je rencontre le représentant de l'absinthe qui me propose un verre et me fait un bref historique du produit avant que je n'aie le temps de dire "hips!". Je serais bien resté un peu plus, oui mais voilà, c'est l'heure de partir, d'autres horizons nous attendent...

On traverse Reforma et on arrive rue Belgrade au café Tierra de Nadie, en fait un bar minuscule, comme il y en a pas mal à Mexico, avec une terrasse tout aussi minuscule et une scène improvisée où tiendront à peine deux énergumènes et leurs guitares.

En l'occurence Mehdi et Nico, qui donnent ce soir leur premier concert. Au programme: chansons françaises (surtout), mexicaines et deux, trois trucs anglo-saxons. Ils ont alerté les collègues de l'IFAL et beaucoup sont venus. Petite bière, et c'est parti, du Bénabar, du Renaud, du Delerm, du Téléphone, du Manu Chao. Nico, avec le sens de la poilade qui lui est coutumier, se glisse dans la peau de personnages divers. Mehdi, lui, plus chanteur à tripes, s'attaque à des classiques tels que "No Woman No Cry" ou encore "Knockin' On Heavens Door". And that's all, folks.

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Dimanche 15 janvier 2006

Mon ancienne chef m'avait dit que les exposés n'étaient pas, selon elle, de bons exercices pédagogiques (elle ne m'a jamais expliqué pourquoi, en fait, et je n'ai jamais demandé pourquoi non plus), mais bon, j'en fais faire régulièrement. Et arrive donc, pile poil avant les examens finaux, la semaine des exposés.

Vous savez ce qui est bien quand on est prof de langues? C'est que forcément, fatalement, on finit par très bien connaître ses étudiants. D'un côté, c'est lié à la matière: À force de simuler de situations de communication, à force de jouer des petits jeux comme le portrait chinois (excellent pour acquérir l'hypothèse), et tout ça de façon quasi quotidienne pendant des mois, on finit par faire un sacré bout de route ensemble. Autre façon de s'exposer. Bien entendu, au prof de trouver l'équilibre entre curiosité et indiscrétion. Mais quand en plus, le groupe est soudé, gonflé à bloc et motivé à mort, comme c'est le cas pour mon niveau E, hé ben je ne regrette pas d'avoir choisi ce métier-là. Même se lever à six heures du mat' devient supportable, c'est vous dire.

Prenons Martha, par exemple, la doyenne du cours. Pour son exposé sur Haïti, elle n'a pas hésité à visiter une expo, aller à l'ambassade de Haïti pour demander renseignements et photos, avec à la fin assez de matériel pour écrire un livre sur un pays où elle n'a jamais mis les pieds. Même chose pour Carlos, qui nous parle du Madagascar, et pour Erick, qui nous parle du Québec. D'autres ont choisi des thèmes artistiques: Orly nous parle de Beckett, le sujet de sa thèse, présenté de manière vivante, vidéos à l'appui. Jessica expose sur Godard; elle entrecoupe son exposé de devinettes et fait gagner des chocolats à son public (pas si con, comme idée, je vais tester ça dans un prochain cours). Malgré le support technique, CDs, DVDs et l'inévitable PowerPoint, tous sont nerveux au moment de prendre la parole. Alheli triture ces mains, malmène le feutre noir que je lui ai prêté (plus de peur que de mal, son exposé sur la famille française est imprégné de l'engagement social qui la caractérise, elle, l'anthropologue qui travaille dans une ONG à Santa Fé, un quartier où les rues n'ont pas toujours de nom). Quelques incongruités marrantes surgissent parfois, comme Tamara qui confond "chrétiennes" et "crétines", ou Karina qui abrège "consommation" de façon malheureuse, ce qui donne des affichettes style "Cons. Fréquence par pays" ou "Type de cons." Et puis, il y a les classiques, dont l'exposé sur les vins et fromages, avec dégustation obligatoire, chacun un bout de fromage et un coup de rouge à huit heures du matin, et en avant les choeurs!  

On dirait pas, comme ça, mais on vit entouré de gens formidables.

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
Jeudi 12 janvier 2006

Un dernier encart teuton, puis on se consacrera pleins feux au Mexique. C'est qu'on a beau changer de pays, de continent, de vie, de tout, on garde quand-même un oeil sur ce qui était "avant" - juste pour se dire qu'on avait bien raison de se barrer. Pour ce qui est de mon ancien employeur, l'institut de Romanistique de l'université de Greifswald, pas de regrets, puisqu'il vient de fermer. Contre sa volonté, certes, mais définitivement. Crise budgétaire, impossibilité de maintenir l'enseignement des langues romanes au fin fond de l'Allemagne de l'Est, concurrence avec l'autre université du Land, celle de Rostock, baisse démographique, émigration due au chômage, surabondance des profs de français dans une région où des lycées ferment eux aussi - on a bien choisi ses arguments.

Quand on songe que l'université porte en outre le nom de Ernst Moritz Arndt, grand bouffeur de Français devant l'éternel, on ne s'étonnera plus de rien. Déjà à l'époque où j'y travaillais, la fermeture de l'institut semblait inéluctable. Les arguments contre le maintien étaient alors passablement idiots: il paraît que dans notre coin de Poméranie, au bord de la mer Baltique, qu'à Greifswald, dernière station service avant la Pologne, nous étions trop loin de la France, de l'Italie, de l'Espagne. Ah ouais? Et pourquoi alors enseigne-t-on la sinologie à Cologne et la malaïologie à Berlin? N'importe quoi pour dévier l'attention du seul argument de poids: le manque de sous. Bref, que reste-t-il (de nos amours)? Bientôt rien d'autre que la mer, qu'on voit danser, le long des icebergs. Et puis cette villa, qui hébergeait l'Institut et que l'Université va bientôt revendre. Elle n'aura été institut que dix ans. Avant la réunification, c'était une Kommandantur soviétique, et les Greifswaldois de souche, quand ils passaient dans la rue, n'en revenaient pas d'y voir soudain des étudiants en vélo et non plus des fantassins en kalachnikov. Nous, ouestards fraîchement importés, dont le vocabulaire russe se réduisait à deux mots (perestroïka et glasnost), évidemment, on ne pouvait pas comprendre.

par Volker Rivinius publié dans : Mexique
 
 
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