Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 00:22

Cette fois-ci, c'est la bonne: après deux tentatives avortées, le président Sarkozy viendra au Mexique ce dimanche soir... Oui, dois-je vraiment vous rappeler ce que ça coûte comme efforts de logistique et d'hystéries organisatrices? D'aucuns disent - oui, je dis "d'aucuns", parce que quand vous demanderez qui a dit ça, tout le monde répondra "pas moi!" - bref, je disais donc? ah oui: d'aucuns disent que la visite de Jacques Chirac il y a une dizaine d'années, c'était autrement plus relaxant. On a dû changer d'époque entretemps...

D'ailleurs, dans les milieux autorisés, on ne dit plus "le Président de la République", on dit "le PR". Bizarre, ça...  PR, 'ttendez que je me rappelle... c'était le sigle du "parti républicain", non? En anglais, ça donne "public relations". Le président serait-il devenu un parti à lui tout seul ou une nébuleuse de la communication, ou encore une sorte de Voldemort, un You-Know-Who dont il faut taire le nom pour ne pas le voir surgir? PR, prononcé à la va-comme-je-te-pousse, ça sonne comme "père". Le père Foucauld? Goriot? Lachaise? Aucun des trois sans doute, inutile de vous faire mon Lacan du pauvre. Tout au plus peut-on se rappeller qu'on a déjà eu un président que se faisait appeler "tonton" puis "dieu" sous l'avatar de Kermitterrand la grenouille. Les ressemblances s'arrêtent là, quoi de plus opposé aussi que l'adage mitterrandien "il faut laisser le temps au temps" et le slogan sarkoziste "travailler plus pour gagner plus", cessez de rigoler bêtement, voulez-vous?

On a vraiment changé d'époque: force est de constater que NS PR fout la trouille, du moins à tout ceux qui sont censés s'en occuper. Et pour cause, on l'a vu suffisament ces derniers temps: au moindre pépin, vous vous retrouvez dans le colimateur, vous êtes mutés, virés, radiés. A chaque passage, ça en fait, des pauv' cons qui se cassent. Quelle élégance. En attendant, tout le monde viendra voir le PR lundi, lors d'une réception open air, on attend quelque deux mille personnes. On sera bien entouré d'agents de sécurité, de gardes du corps autre que le nôtre, de snipers sur les toits, ça sera charmant, j'en suis sûr. Me suis rappelé du film "Vatel", autre lieu, autre époque, où l'arrivée de Sa Majesté Le Roy, SMLR donc, affolait autant de monde. Ou encore...

Flashback: nous sommes le 17 août 1661; une longue colonne de carosses somptueux se dirige vers Vaux-le-Vicomte; Louis XIV et sa cour se rendent à une fête sur invitation du surintendant Nicolas Fouquet. Nicolas Sarkozy, lui, arrive dimanche avec quatre avions. Fouquet sait recevoir: son château est le plus beau du Royaume, Versailles n'est pas encore construit. Fouquet sait s'entourer: La Fontaine, Madame de Sévigné, Madame de Scudéry, Le Vau, Le Brun, Le Nôtre, aux cuisines: Vatel, déjà lui, et Molière, qui en cette journée du 17 août va représenter sa pièce Les Fâcheux, tiens donc, et il y aura musiques, ballets, jeu d'eaux et de lumières, bref, une fête multimédia inouïe qui retentira dans toute l'Europe. C'est une des raisons pourquoi on appelle le 17e siècle le "Grand Siècle" et qu'on appellera le 21e autrement. Trop beau, tout ceci; trop de fastes, et quand Fouquet ira jusqu'à vouloir offrir Vaux-le-Vicomte à SMLR, ce sera la goutte qui fait déborder le vase royal. Trop de condescendance. Trois mois après la fête, Fouquet est arrêté - pas par n'importe qui, d'ailleurs: par d'Artagnan le mousquetaire, le vrai, rien à voir avec Dumas. Les biens sont confisqués, SMLR récupère tout, y compris Molière, Le Nôtre, Le Brun etc., Versailles va se construire. Fouquet subit un long procès truffé d'irrégularités et est emprisonné à vie. On murmurera que l'Homme au Masque de Fer, c'est lui.


Je me demande pourquoi je vous raconte tout ça, peut-être que ces derniers temps, les histoires royales me trottent dans la tête. Pour en revenir au PR, j'ai pour l'instant l'impression que les Mexicains ne s'y intéressent que d'une façon biaise. Moi: "Sarkozy arrive." Un ami mexicain (moue appréciative): "Ah?" Moi: "...et avec lui Carla Bruni". Un ami mexicain (rayonnant): "AH BON?!"

Par Gryphon - Publié dans : France
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Samedi 28 février 2009 6 28 /02 /Fév /2009 03:21

Depuis que je vis au Mexique, j'en suis arrivé à reviser chemin faisant mon opinion sur la famille en général. Avant, je me drapais dans de citations style "familles, je vous hais", parce que d'un côté je n'aimais pas beaucoup la mienne et que de l'autre ça faisait chic, ça faisait lettré, surtout. Au Mexique, j'ai appris entre autres qu'une famille, ça pouvait être chaleureux, ça pouvait être respectueux envers ses membres. Ça n'empêchait ni les ragots, ni les médisances, mais somme toute il y a cette sorte d'esprit de clan, ce quelque chose que je n'ai toujours pas réussi à définir. J'y travaille.

Et tant qu'à faire, me suis-je dit, pourquoi ne pas exporter le modèle et l'appliquer sur ce qui me restait comme famille en Allemagne? Ça a failli marcher, en surface. Les premiers accrocs se sont produits un jour après le décès de mon père. Appell de ma tante, condoléances etc., puis cette question qui se voulait sincèrement préoccupée: "Mais qu'est-ce que vous allez faire de la maison?" La maison? Aucune idée. J'ai néanmoins remarqué que quelque chose dans le ton de sa voix sonnait bizarre, genre "$$$$$+%+$$$". A l'époque, je n'y ai pas trop fait attention, mais comme chacun sait, dès qu'il s'agit d'héritages, la devise est "fini de rigoler". La maison, oui, en fait deux moitiés de maison, construite par mon arrière-grand-père pour ses deux filles, une moitié chacune, et d'héritage en héritage, on en était arrivé au point où les descendants de la moitié concurrente ne rêvaient plus que de ça: s'emparer de notre moitié. Sans parler d'oncle-tante, qui habitent à l'autre bout de la ville et qui espéraient leur part du gâteau. Eh oui, Idar-Oberstein, petite ville rhénane, son industrie de pierres précieuses, son église encastrée dans le roc, etc. etc.



...ou, comme on dit ici au Mexique: pueblo pequeño, infierno grande. On s'en est rendu compte plus tard. On a essayé de vendre une partie de maison aux voisins, histoire de calmer le jeu, mais l'épouse du cousin 4e ou 5e degré n'en voulut point. Bon, tant pis, je suis reparti au Mexique, mon frangin est resté sur place, puis il est parti en Bavière, s'y est marié, et c'est seulement tout récemment qu'il est revenu voir la maison d'Oberstein. Et là, surprise...

Il constate que tiens, comme c'est étrange, le pot de fleurs en pierre taillée devant la maison avait disparu. Une fois dans la maison, il constate - et là, ce n'est plus étrange, c'est ahurissant - que plein d'autres choses avaient disparu: on a décroché presque tout les tableaux, on a fouillé dans les tiroirs, on a pris des livres, des lecteurs DVD, des DVD, des CD, des synthés, de la vaisselle, de la porcelaine. Visite éclair chez les voisins: oui, dit l'oncle 3e ou 4e degré, on a pris certains trucs, mais c'était pour les mettre en sûreté, hein. Oui oui, on va te les rendre. Il rend effectivement certains objets. Et le reste, demande mon frangin. Ah ben on sait pas.

Coup de fil à l'oncle de l'autre bout de la ville. Oui, dit-il, on a pris les tableaux, mais de toute façon, ils n'ont aucune valeur pour vous, et pour moi, ils ont une valeur sentimentale. D'accord, insiste le frangin, tâchant de garder son calme, mais tu nous les rends quand-même, dans un délai de trois jours. Trois jours après, toujours rien. Le frangin va voir les flics, qui lui conseillent tout de suite de porter plainte, Ordnung muss sein. Avant d'en venir aux grands moyens, le frangin demande au flic d'appeler l'oncle et de régler l'histoire à l'amiable. L'oncle, outré, prétend qu'il connaît la fille du peintre et que celle-ci aimerait que ce soit l'oncle qui les garde. Les contre-arguments du flic sont persuasifs; en Allemagne, on ne marchande pas avec la police, surtout dans une petite ville.

L'oncle finit par rendre les tableaux, mais en les déposant chez le voisin. Celui-ci annonce au frangin que finalement, kof kof, il a retrouvé les autres objets manquants et qu'il va bien sûr nous les restituer intégralement. C'est fou ce qu'une menace de procès peu stimuler la mémoire. Et bien entendu on a eu la preuve, s'il en fallait encore une, que les deux oncles étaient de mèche depuis longtemps.

Bon, de toute manière, ces tableaux, on peut bien les lui donner, à l'oncle de l'autre bout de la ville. Personnellement, j'ai toujours pensé que c'étaient des croûtes et que mes murs en seraient dispensés. Ceci dit, les demander, c'est une chose, les voler une autre. J'ai d'abord pensé à contacter les cousins, histoire d'éclaircir toute l'histoire et si possible de trouver un accord et ainsi de passer outre les oncles. Après tout, l'un des cousins m'avait bien envoyé un mail pour me souhaiter la bonne année. Non non, m'apprend le frangin, le cousin en question s'était emparé d'un florilège de DVDs et d'un des synthés, et le mail, c'était sans doute pour sonder si j'étais déjà au courant de quelque chose. Ils y sont donc venus en famille, pendant notre absence, et chacun a fait son petit marché...

Je veux bien être sympa avec la famille, mais à mon avis ça se complique dangereusement quand elle est constituée d'une minable bande de rapaces. 


Par Gryphon - Publié dans : Allemagne
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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /Jan /2009 20:20

Le problème, avec la bonne ville de México, c'est qu'elle est construite sur du sable, sur un ancien lac asséché. Les Aztèques, en bâtissant Techochtitlán, avaient été autrement plus ingénieux et plus prudents. On s'en est rendu compte hier, quand soudain, au beau milieu de la rue - et surtout: devant notre immeuble - est apparu un grand trou:


Le sol s'était affaissé, et on a pu réaliser que sous le bitume, il y avait un espace inquiétant. Alors maintenant, on peut se demander si n'est que le début et que toute la rue va sombrer, engloutissant par la même occasion les immeubles qui la bordent. Ou encore, alternative tout aussi apocalyptique, nous allons assister à la naissance d'un volcan, petit cousin du Popocatepetl. Dans ce cas, nous serions évidemment aux premières loges. Mais pas pour longtemps.


Télécharger: The Police - Hole In My Life (mp3) - acheter

Par Gryphon - Publié dans : Vie de quartier
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Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /Jan /2009 21:08

Dans les années 80, il y avait ce film, où quatre personnes soudain se retrouvaient bloquées la nuit dans un ascenseur, sans aucun moyen de communiquer vers l'extérieur. À eux de s'en sortir, et une heure et demie de pellicule n'était pas de trop pour le faire. Aujourd'hui, un tel scénar est difficilement crédible: quelle est la probabilité qu'au moins une des personnes ait un portable en état de marche? 100 % ou presque. Bien sûr, on peut toujours imaginer que l'un des quatre est réfractaire au portable, que le second n'a plus de crédit, que le troisième n'a plus de piles et que le quatrième, l'andouille, l'a oublié sur son bureau, son portable. D'accord, mais tout spin doctor vous dira que comme situation de départ, c'est passablement tiré par les cheveux.


Technologie et trame narrative - je pensais à ça en regardant la première saison de Gossip Girl, qui est bien la première série non seulement à inclure les réseaux portable/blogosphère/YouTube, mais à s'en servir comme fondement de toute l'histoire. Ça va du désormais célèbre "XOXO" du générique au fait de recevoir n'importe quel ragot n'importe où n'importe quand sur son portable. Il fallait aussi que ça se passe dans un milieu urbain, dans un milieu jeune où l'on surévalue les ragots, dans un milieu rigide où toute déviance d'un chemin tracé dans ses moindres détails s'avère lourde de conséquences. L'Upper East Side new-yorkais faisait l'affaire.


Personnellement, je ne me suis jamais passionné pour séries narrant les péripéties de nantis US. Dallas? Pouah! Beverly Hills 92machinbidule? Qu'ils crèvent. Là pourtant, je me suis laissé prendre au jeu, peut-être parce que l'univers de Gossip Girl ressemble étonnamment à du Balzac - mâtiné d'un peu de Laclos. On y retrouve des Lucien de Rubempré, des Delphine de Nucingen, des Valmont, un ou plutôt une Rastignac, tant la parole féminine domine. On chercherait en vain un Vautrin, un Gobseck ou un Colonel Chabert, mais rien n'empêche, après tout, d'y inclure dans une prochaine saison un escroc, un narco portoricain ou un vétéran de la guerre du Golfe. A la place, il y a pour l'instant cet ancien musico, sorte d'all-American guy qui habite à Brooklyn, ce qui est sans doute à Manhattan ce qu'Angoulême est à Paris.


Comme pour les romans de Balzac, il est inutile d'y chercher un trop-plein de réalisme: trop recherchées, les répliques, trop stylé, trop archétypisée, l'univers de la mystérieuse Gossip Girl. Le problème évidemment, ce qu'avec une telle dépendance du côté hi-tech, la série risque de vieillir vite. Qui a dit "peau de chagrin"?




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Télécharger: Death In Vegas - Girls (mp3) - acheter

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Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 06:18
Comme cette photo glanée sur la toile tente de le montrer, le vestimentaire tient un rôle non négligeable dans le dernier Batman, The Dark Knight. Je ne sais pas si ce film est réellement le mmmmmeilleur-meilleur de l'année, en tout cas, il est à l'origine d'une découverte désastreuse concernant ma propre garderobe.

Ce qui nous amène donc en toute subjectivité à la réplique de l'année: (pour vous situer: après une bagarre avec de vilains méchants, Batman alias Bruce Wayne se rend compte que son costume de chauve-souris pèse bien trop lourd, alors que la mode est à l'allégé, au light. Très dépité, il va expliquer à son majordome ce qui cause ses tourments).

Bruce Wayne alias Batman (en costard): I need a new suit.

Butler (fait semblant de ne pas comprendre, jette un coup d'oeil sur la veste de Wayne): Yes, Mr. Wayne, three buttons is a little nineties.


Trois boutons, années 90?! Saisi d'un doute affreux, je m'en vais vérifier sur l'unique costard en ma possession.... miiiirdeuh!...


Et tant qu'à faire... le prénom de l'année: remporté haut la main par... Bronx Mowgli, rejeton d'un couple de pipole dont je n'ai jamais entendu parler. Ça arrive. - Oui, fallait oser. D'ailleurs, d'après les rumeurs, le petit Bronx Mowgli attend déjà la naissance de son petit frère, Brooklyn Bagheera. Quant à moi, mon fiston, si jamais j'en ai un, il s'appellera Ménilmontant Cosmoschtroumpf ou Tuileries Ordralfabétix. Y a pas de raison.


Télécharger: John Zorn - Batman (mp3) - acheter

 

Rubrique "c'est quoi cet obscur désir?":  Le thème de Batman avec son riff hargneux en a inspiré plus d'un, entre autres Link Wray et les Who. Ici, une version complètement explosée du saxophoniste jazzeux John Zorn, dans le cadre son appropriation de musiques de films.

Par Gryphon - Publié dans : Visioconférences
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Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /Jan /2009 08:28
C'est fou ce qu'on retrouve quand on fait du rangement. L'autre jour, figurez-vous que je tombe sur ma correspondance militaire complète, dont les doux billets de mon lieutenant-colonel versaillais. Sacré lieutenant-colonel! Vers la fin, c'était à peine si on ne se traitait pas mutuellement d'enculés.

Tout commence quand j'arrive en Allemagne, en 84. Comme citoyen allemand, je sais que les militaires me contacteront dès mon inscription (obligatoire) au registre de la ville de Cologne. Je sais aussi que, comme je suis entretenu financièrement par mes parents vivant à l'étranger, je vais échapper au service militaire. Les militaires me contactent, je me fais recenser et je suis dispensé comme prévu, ouf! - du moins, tant que je ne gagne pas ma vie en Allemagne. Brêve expérience militaire dont je suis sorti tout à fait décomplexé. L'honneur, la patrie? Secondaire. Le service militaire, c'est une affaire de pognon et rien d'autre.

Je reste tranquille quelques années. Puis, un beau jour en 1988 dans une sous-préfecture de banlieue parisienne, on découvre soudain que mon frangin et moi, nous avons la nationalité française. Jusqu'alors, nous avions cru à un statut de non-résident avec immunité diplomatique et tout le tintouin - c'était le cas, mais pas au delà de dix-huit ans. Comme "on" a oublié de nous demander notre avis, nous voilà frenchysés d'office. Tant mieux, choli choli. Je repars tout fier en Allemagne avec une carte d'identité toute fraîche que je rajoute à l'autre. Qui dit "double nationalité" dit "double vie". Qui dit "double vie" dit "super-héros". C'est pourtant clair.

Forcément, les militaires français allaient s'en meler. Pour mon frangin, pas de problème, on l'a recensé à temps et il a pu faire ses trois jours comme n'importe quel pioupiou en herbe. Dans mon cas, vu le retard de quelques années, ça devenait plus compliqué:

On se propose de m'intégrer sans trop tarder au 2nd Régiment des Arquebusiers Mobiles, quelque chose comme ça, régiment qui fait partie des Forces Françaises en Allemagne. Je l'aurais parié. L'idée, a priori, n'était pas sans attrait: en tant que bilingue, j'aurais pu obtenir un poste de traducteur ou interprête et des corvées de chiottes en moins. Mais après réflexion, j'ai trouvé un peu tordu de faire partie d'une armée d'occupation chez les uns ou encore de me faire traiter de collabo chez les autres, et je n'allais sans doute pas traduire du Rilke. De toute manière, il me paraissait plus judicieux de terminer mes études. Je signale donc aux militaires français que je suis certes dispensé du service actif, mais néanmoins soumis aux contrôle militaire allemand. Je joins les documents qui l'attestent. C'est à ce moment-là que je fais connaissance de mon lieutenant-colonel: lui, il veut la preuve de mon incorparation dans l'armée allemande. Je lui réponds qu'y a pas. Il me répond que dans ce cas je suis le bienvenu au régiment sus-nommé. Je lui réponds que je suis citoyen allemand en Allemagne et que ça va pas, la tête? Il me répond qu'il n'en a rien à braire (en substance).

Le dialogue s'enlisant comme dans une tranchée de la Somme, je vais voir les militaires allemands. Je leur expose mon cas tout en laissant entendre que je préfère quand-même faire mon service chez eux. Ils n'en reviennent pas. Quelqu'un qui préfère l'armée allemande à n'importe quelle armée étrangère, ils n'ont pas vu ça depuis 1945. Ils en ont les larmes aux yeux. Pour me récompenser de mes louables intentions, ils me proposent le deal suivant: je me fais rerecenser en vue d'un service actif dès la fin de mes études, mais comme dans les années qui viennent on a beaucoup trop de recrues, on fera semblant de m'oublier. Comme quoi, quand on veut on peut.

J'envoie des documents tout neufs à mon lieutenant-colonel versaillais. Fatalitas: ça ne suffit toujours pas, a-t-il le regret de m'annoncer. J'insiste. Il insiste. Nous insistons. Je vais voir le consulat français de Düsseldorf. Là, ils comprennent très bien ma situation et trouvent un peu obsessif le comportement de mon lieutenant-colonel. Ils intercèdent en ma faveur, mais sans succès: je reçois ma feuille de route pour ce même 2nd Régiment des Archers du Roy à Bicyclette et je suis d'ailleurs invité à m'y présenter sans délai. Et tout ceci parce qu'un sous-secretaire de sous-préfecture a sous-estimé sa paperasse et oublié de me soumettre ma nationalisation à temps? Et ce serait à moi de payer les pots cassés?! No way! Chante, ô déesse, la colère d'Achille. J'ai mon diplôme en poche et j'ai maintenant le choix soit d'accepter un rarissime poste d'assistant à la fac de Cologne, soit d'aller faire le zouave et de rater ma vie professionnelle. Je ne réfléchis pas longtemps et j'écris à mon lieutenant-colonel que des obligations assez vitales m'empêchent de rejoindre le 2nd Régiment de Chair à Canon sur Patins à Roulettes. Evidemment, je me retrouve insoumis.

Pas peu cool, à vrai dire. Ça fait assez rock'n'roll, insoumis. "Hé, banane, tu sais que tu parles à un in-sou-mis, HEIN?... Ouais c'est ça, casse-toi, héhé". Pendant quelques années, je ne m'aventure pas plus au sud que Bruxelles-Midi. Puis d'autres années passent, il n'y a plus de service national et je me retrouve avec des bulletins de salaire étatiques, preuve s'il en fallait que la France sait pardonner. A moins qu'il ne s'agisse encore une fois de paperasse égarée...
 
Télécharger: John Lennon - I Don't Wanna Be A Soldier (Outtake) (mp3) - indisponible
Télécharger: Neil Young - Flags Of Freedom (mp3) - acheter

Rubriques "c'est quoi ces bidasseries?": Dès qu'il y a une guerre quelquepart, y a des toujours des gens pour chanter contre. C'est une manie. Catégorie "Vietnam", il y a John Lennon, avec ce titre qui allait paraître sur "Imagine" en 1971, sauf qu'ici il s'agit d'une version antérieure, complètement différente de celle qu'on connaît et disponible uniquement sur des CD pirates. Catégorie "Guerre d'Irak", voici Neil Young, dont le goût pour le protest song ne date pas de la dernière pluie de missiles. Sorti en 2006.

Par Gryphon - Publié dans : Feuilles mortes
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 07:36
J'allais faire le bilan musical comme l'année dernière et celle d'avant, mais, comment dire, je ne me sens pas exagérément motivé. J'ai suivi l'actualité musicale, et je suis prêt à concéder que le CD de MGMT est excellent - sauf que ça ne me touche pas vraiment. Alors que quand j'ai mis la main sur un vieux truc de blues cuvée 1928-1930, une compile du bluesman-prédicateur Blind Willie Johnson, là oui, bonjour les frissons; jugez vous-mêmes:

Télécharger: Blind Willie Johnson - It's Nobody's Fault But Mine (mp3) - acheter

Ce n'est même pas la question "trucs d'ados qui ne me concernent plus" (du moins, pas principalement), mais plutôt une question d'espace... j'm'essssplique: on a beau vivre dans une mégalopole bourré de monde, d'embouteillages et de pollution, on sent malgré tout que les grands espaces ne sont pas loin, au Mexique; de grandes étendues où il n'y a rien, pas le moindre petit village à perte d'horizon, de la terre limitée par deux océans. Très poétique, d'accord. Il n'empêche que cette réalité mexicaine, voire américaine tout court, influe de plus en plus sur ma manière d'appréhender les choses, notamment dans leur rapport avec le temps. Autrement dit: goûter la lenteur - et cesser de se laisser flouer par cette manie de rentabiliser tout et n'importe quoi, de se faire bouffer par des projets futiles, éphémères, mal pensés, par l'hystérisation du boulot. - Tout ceci m'a amené à écouter de plus en plus de musiques hand-made, du blues, du folk, du country, du cajun, plein de musiques latino-américaines, et en fin de compte, ça m'a surtout donné envie d'en faire moi-même, de la zique (en amateur, vous inquiètez pas ;). Bref, s'il y avait une bonne résolution à prendre pour 2009, ce serait bien de continuer comme ça.
Par Gryphon - Publié dans : Musiques
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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /Déc /2008 23:53

Par Gryphon - Publié dans : Mexique
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Lundi 29 décembre 2008 1 29 /12 /Déc /2008 08:23
Regardez et admirez:


Eh oui, ma nouvelle gratte. Et rien ne vaut une vraie, de gratte (je dis ça pour ceux qui s'amusent à Rockstar sur leur Wii). Ça a été le coup de foudre immédiat, entre elle et moi, à peine étais-je... - bon, pour tout dire, ce n'est pas non plus ze guitar tout court, en fait je rêve toujours d'une Rickenbacker ou d'une Gretsch, même d'occase, mais Epiphone, c'est une marque tout à fait correcte, qui produit du solide et du durable. D'ailleurs, en parlant de "durable", c'est bien ce que presque tous les instruments de musique ont de supérieur à l'électronique. Ma guitare folk, je l'ai achetée en 1979 et, voyez-vous ça, elle fonctionne toujours, alors qu'il faut changer d'ordi tous les trois ans - si ça ne pète pas avant!

J'ai juste dû rajouter un casque à brancher sur mon ampli histoire de préserver les oreilles de ma meilleure moité, des fois que je m'entortillerais les doigts sur le riff de Castles Made Of Sand... Mmmoui, moi qui dans le billet précédent râlais au sujet de mon piètre salaire, je vais encore avoir l'air super crédible, avec toutes ces dépenses. Mais passons, et pour faire bonne mesure, je vous propose à télécharger un spécial guitar heroes, appellation peu contrôlée mais très galvaudée et dont j'exclue le genre de musicos qui sur fond de ciel crépusculaire empoignent leur guitare comme si c'était Excalibur et Durandal réunies que même le plus vicieux des dragons n'ose plus sortir de sa grotte. On fera donc poliment l'impasse sur Yngwie Malmsteen et Joe Sartriani et consorts, dont la virtuosité est inversement proportionelle à leur talent.

Télécharger: Duane Eddy - Rebel Rouser (mp3) - acheter
Télécharger: Link Wray - I'm Branded (mp3) - acheter
Télécharger: The Shadows - Apache (mp3) - acheter
Télécharger: The Rolling Stones - You Got The Silver (mp3) -
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Télécharger: Cream - Badge (mp3) - acheter
Télécharger: Jimi Hendrix - Castles Made Of Sand (mp3) - acheter
Télécharger: The Allman Brothers Band - Midnight Rider (mp3) - acheter
Télécharger: The Byrds - Nashville West (Live) (mp3) - acheter
Télécharger: Frank Zappa - Father O'Blivion (mp3) - acheter
Télécharger: David Bowie - The Jean Genie (mp3) - acheter
Télécharger: King Crimson - One More Red Nightmare (mp3) - acheter
Télécharger: Dire Straits - Sultans Of Swing (mp3) - acheter

Rubrique "c'est quoi ces larsen?": Bon, bien sûr, ils n'y sont pas tous (tant pis pour Jimmy Page), ils sont tous anglo-américains (tant pis pour Carlos Santana) et masculins (tant pis pour Joan Jett). Qui plus est, comme j'avais déjà douze titres, je me suis arrêté à la fin des Seventies (tant pis pour ceux qui suivent).

Les trois premiers morceaux sont des instrumentaux. A commencer par Duane Eddy et son son "twangin", qu'il a obtenu en accordant ses cordes une octave plus bas (1958). Ensuite le très sous-estimé Link Wray, adepte d'un son rugueux bien avant l'invention de l'effet de distorsion (1959). Des Shadows, groupe propret avec pas de danse synchronisés (et ridicules), surnage cette évocation western, dû au guitariste Hank Marvin (1960).

On passe au Sixties: le guitariste rock par excellence, c'est bien Keith Richards, inutile de me contredire. Ici un morceau issu de "Let It Bleed" (1969), le premier de la carrière des Stones sur lequel il chante intégralement - et d'ailleurs un des derniers où figure encore Brian Jones. Cream, c'est non seulement l'occasion d'inclure Eric Clapton dans le palmarès, mais encore, dans le cas de "Badge" (1968), un invité prestigieux: George Harrison, qui était venu rendre la politesse à son pote après que ce dernier s'était fendu d'un solo mémorable sur "While My Guitar Gently Weeps". Pour des raisons de contrat, le Beatle avait choisi d'apparaitre sous le pseudo de l'Angelo Mysterioso (pfff, n'importe quoi...). Vous reconnaitrez son intervention dès la fin du deuxième couplet, avec son style en arpèges caractéristique. Quant à Clapton, il s'illustre par son solo bluesy, le même jusqu'à ce jour. Rare constance. Que rajouter à Jimi Hendrix, sans doute le meilleur guitariste toute catégories confondues (là, ça se discute, mais je suis prêt à en découdre avec vous)? "Castles Made Of Sand" (1967), morceau qui me hante depuis des lustres et qui frise la perfection.

Seventies 1: Groupe étendard du rock sudiste, les Allmann Brothers brillaient par leur guitariste Duane Allmann, qui allait mourir bientôt. On ne donnait alors pas cher de la carrière du groupe, mais ils sont su poursuivre sans le frangin. Ici, "Midnight Rider" (1970). Les Byrds avaient déjà innové en créant via Roger McGuinn le son "jingle-jangle" (réécoutez "Mr. Tambourine Man"), mais ici, sur cette version live de "Nashville West" (1970), rendons grâce à Clarence White, guitariste de l'ultime mouture du groupe et néanmoins la plus constante: inspiré de country, de bluegrass, il s'en donne à coeur joie sur cet instrumental. Frank Zappa avait toujours prétendu qu'il n'était pas si bon guitariste que ça, qu'il lui fallait encore et toujours répéter et que l'improvisation inspirée n'était pas son truc. Vu les compositions complexes du groupe, on ne s'en étonnera pas trop. Ici, un morceau issu de "'Apostrophe" (1972).

Seventies 2: Ce n'est évidemment pas Bowie himself qui est à l'honneur ici, mais son guitariste glam, Mick Ronson, responsable du son rock de "Ziggy Stardust" à "Pin Ups", avant de se faire virer comme tous les Spiders of Mars. Je n'ai pas vraiment l'impression que Bowie ait par la suite trouvé un guitariste aussi cool que Ronson. D'ailleurs, à ce sujet, une petite vidéo:



Les guitaristes professionels vénèrent Robert Fripp (moi pas vraiment), austère maître de la gratte, dont le projet musical le plus fameux était (et restera) King Crimson; j'ai eu du mal à choisir, mais finalement j'ai opté pour ce morceau issu de "Red" (1975). Et on termine par Mark Knopfler, le guitariste qui n'utilise jamais de médiator. Star des Eighties, on a sans doute surestimé les Dire Straits, surtout quand ils se sont mis à la moraline. À leurs débuts, ceci dit, on sentait encore l'atmosphère plutôt sympa de groupe de bars, de groupe pour potes, avec cet intemporel "Sultans Of Swing".
Par Gryphon - Publié dans : Musiques
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Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /Déc /2008 19:17
Vu récemment sur le site littéraire du Nouvel Obs, un article qui nous concerne de près, au boulot: "La France brade son réseau culturel à l'étranger". Dixit Dominique Wolton. Y a de ça: il est vrai qu'en temps de crise, surtout celle qui vient de nous tomber dessus, c'est la culture et sa diffusion qui vont trinquer jusqu'à plus soif, on n'en attendait pas moins du Quai d'Orsay. Et pourtant:

Des technocrates et des politiques se demandent si on a besoin d'amener Balzac à Berlin, en Haïti, à Hanoi ou à Ouagadougou? Eh bien oui, non seulement Balzac, mais aussi du cinéma, de la science, des techniques, pour essayer d'apprivoiser cette mondialisation sans âme.


Vastissime programme. Suffit-il de lire les Illusions perdues pour animer dans tous les sens du terme la mondialisation? Peut-être pas, mais initier quelqu'un à une culture qui n'est pas la sienne, c'est déjà lui donner la possibilités de nuancer. Et les nuances, c'est bien le job de toute culture - pas seulement française, évidemment.


Alors que faut-il faire? D'abord valoriser toutes ces femmes et tous ces hommes - plus de 2.000 personnes - qui assurent la présence française à l'étranger et qui possèdent une expérience extraordinaire, totalement négligée.


C'est gentil. Qu'on nous valorise donc, ne serait-ce que éviter les mines d'enterrement de la famille restée en Europe chaque fois qu'on leur avoue le montant de notre salaire.


Il faudrait sortir de cette règle de la fonction publique qui veut que personne n'ait le droit de parler en dehors du ministre. Que le ministre ait le monopole de la parole politique, c'est normal. Mais, pour le reste, que cent fleurs s'épanouissent!


Dont acte. Mais encore, comment parler de la France et de sa culture? Si c'est pour servir d'agence publicitaire gouvernementale (on n'ose plus dire "missionnaire"), alors non merci. On ne va obliger personne de s'agenouiller devant un piédestal "Balzac". Soyons crédibles, pas naïfs. Faut-il aimer Balzac parce que c'est français ou parce que c'est de la bonne littérature (et j'insiste, ça l'est)? Tout un dilemme, et sans doute ne peut-on s'en sortir qu'en se rappelant qu'une certaine remise en cause des faits accomplis, y compris des vaches les plus sacrées, est de bonne tradition française et européenne.

Voilà un peu les idées qui me trottaient dans la tête quand je me dirigeais vers Santa Fé. J'avais rendez-vous avec des responsables de l'Université Iberoamericana. But de la visite: développer un cursus de culture française d'un semestre pour des posgrados, donc des gens qui ont déjà leur diplôme en poche et qui ont envie d'en apprendre un peu plus. Je me demandais aussi si j'allais me sentir à l'aise dans ce milieu universitaire que j'avais quitté en 2001 après y avoir bossé pendant huit ans. Sur ce point, j'ai été vite rassuré: le coordinateur- en-chef de la Ibero se présente en jeans, t-shirt délavé, grosse bedaine et barbe blanche qu'on dirait le Père Noël en vacances d'été. Pas de doute: je suis bien dans une fac de sciences humaines, c'est partout pareil et j'ai bien fait de rester moi-même en jeans et en baskets.

Une semaine après, je rencontre à l'IFAL, cette fois, mon homologue V***, une historienne d'art spécialisée ciné. Ensemble, on esquisse une demie-douzaine de modules, littérature, musique, philo, gastronomie etc., j'y place deux, trois profs IFAL pour diriger une partie des modules. On avance bien et on va pouvoir démarrer le tout dès fin février. Le cursus s'appellera provisoirement "Couleurs françaises - La France de la Grande Guerre à Carla Bruni". Ah oui, et c'est payé intégralement par l'Ibéro. Voilà qui arrange tout le monde...

PS: La photo égomane de ce billet est le résultat d'une application marrante disponible chez PhotoFunia, où vous pourrez vous amuser à coller votre doux visage dans divers décors...

Télécharger: Dusty Springfield - Going Back (mp3) - acheter
Télécharger: Liz Green - Back In The USSR (Beatles Cover) (mp3) - indisponible


Rubrique "c'est quoi ces régressions?": Il a fallu Tarantino pour réattirer l'attention sur Dusty Springfield et le splendide "Son Of A Preacher Man". La discographie de la défunte chanteuse recèle d'autres pépites, comme ce titre sorti en 1966, signé Goffin/King et repris à peine un an plus tard par les Byrds. Quant à "Back In The USSR", on connaît évidemment tout ce qui entoure cette chanson dans les moindres détails. Ici une version féminine par Liz Green, inconnue au bataillon, sorti cette année dans le cadre du projet de reprise de la discographie beatlesienne complète par le magazine Mojo
Par Gryphon - Publié dans : Mexique
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