Mercredi 11 août 2010
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Et en parlant de vinyle, on se
souvient tous du grésillement de la platine sur la galette, grésillement d’autant plus perceptible que le disque était usé. Moi, à la limite, je m’en foutais, du moment que le morceau était
reconnaissable et qu’on pouvait l’écouter à fond la caisse. Une longue pratique des Puces de Clignancourt à la recherche de disques d’occase supposés rarissimes m’y avait habitué. Mon meilleur
pote de l’époque, lui, ne supportait pas le moindre bruit parasite sur ses 33tours, ça le rendait tout bonnement malade. Ainsi, un jour que j’étais
chez lui, il me propose d’aller chez son disquaire au centre commercial de Plaisir/Yvelines pour échanger son « Led Zeppelin III », vu qu’est entaché d’un grésillement insupportable,
dit-il, pire qu’une séance chez le dentiste sans anesthésie. Donc on s’est mis en route.
On arrive chez le disquaire et on
décide de fouiner un peu dans les bacs avant d’en venir au vif du sujet. Je découvre « Wonderwall », le premier album solo de George Harrison, que je n’ai encore jamais vu en vrai et je
me demande comment il a pu atterrir chez le disquaire de Plaisir. Le disquaire s’approche. Oui, vous savez, dit-il, ça c’est un album qui ne s’est jamais très bien vendu, quand il est sorti en
1967. Oui, dis-je d’un air entendu, un très mauvais départ pour Apple. Voilà. Une fois admis que nous sommes entre experts à qui on ne la fait pas, on peut passer aux choses
sérieuses.
On était en 1981, on avait seize
ans ; il y avait à cette époque pas mal de musiques intéressantes à se mettre sous la dent, mais mon meilleur-pote-de-l’époque et moi, on préférait les époques précédentes, en gros 1965 à
1975, et souvent on devenait les chouchous des disquaires qui, eux, avait vécu cette période et nous racontaient leurs anecdotes inventées ou non.
Dites, dis-je – et c’est moi qui
devenait le porte-parole, puisque mon pote, appelons-le Frank (puisqu’il s’appelle comme ça), ne parlait pas un mot de français et que je devais donc lui servir d’interprète - il y a un problème avec ce disque, ça grésille, c’est carrément inaudible ! Ben on va voir ça, dit le
disquaire, sort le disque de sa housse, la met sur sa platine. Le premier morceau démarre, je ne détecte aucun problème. J’aurais peut-être dû vérifier les remontrances de Frank chez lui avant de
me lancer dans des exagérations qui risquent d’embarrasser tout le monde chez le disquaire. Frank garde une mine impassible, celle d’un type qui sait qu’on va lui rendre
justice.
Non, écoutez, dit le disquaire, ça
c’est pas du grésillement, c’est le gars du mixage qui a fait ça.
Exactement. Tout le monde sait
qu’au tout début de « Led Zeppelin III », il y a ce curieux tffff… tffff… tffff…, juste avant que vous ne vous ramassiez le riff de
« Immigrant Song » EN PLEINE GUEULE ! – heu, ‘scusez-moi. Frank cependant ne l’entend pas de cette oreille. Il insiste qu’au tout
début du disque, il y a un « crouic » peu orthodoxe qu’aucun gars du mixage n’aurait laissé passer.
C’est ça ce que vous
appelez inaudible, demande le disquaire. Et devant ma mine déconfite, il accepte d’échanger le disque. Heureusement qu’on était entre experts.
Y tu mamá tambien