Épitaphe de quartier

Publié le 27 Mars 2017

On a beau vivre dans une mégalopole, le quartier, c'est le village. On connait ses voisins, et même, chose étonnante, on les apprécie, ce sont des "hola!", des "qué tal?" à la volée dès que je mets le pied dehors, on va évidemment chez les commerçants locaux, cafés, restos, coiffeurs, épicerie, et même le supermarché, normalement haut-lieu de l'anonymat urbain, se transforme en visite amicale, où on papote avec les caissières et caissiers et les retraités qui emballent les achats. 

Alors oui, c'est sans doute un mode de vie profondément mexicain, même si je me souviens d'avoir eu des contacts amicaux avec des commercants en France ou en Allemagne; après tout, il suffit de fréquenter régulièrement et le tour est joué. - Ou presque: je me rappelle ce café de la gare à Cologne où j'allais les dimanches et où les serveurs mettaient un point d'honneur à être désagréables avec les clients, voire de les insulter, chose inimaginable au Mexique.

Bref, je viens d'apprendre que le gars des hamburgers du resto d'en bas de chez moi vient de mourir d'un cancer. Je crois qu'il était plus jeune que moi. Hospitalisé pendant un temps, on l'avait renvoyé chez lui pour qu'il y meure. Oui, tant qu'à faire, je préfererais moi aussi mourir dans mon lit qu'à l'hosto. N'empêche: c'est une présence amicale qui va faire défaut dans le quartier, et c'est une disparition qui me touche plus que prévu, plus que j'aurais pu le prévoir il y a encore une vingtaine d'années quand je vivais en Europe.

Rédigé par Gryphon

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