Publié le 29 Mars 2017

À huit heures du matin, un soleil débonnaire fait étinceler les tours de Santa Fe. Qu'on le veuille ou non, ça leur donne un air bladerunneresque, d'autant plus que nous sommes sur les hauteurs de Mexico et qu'une centaine de mètres plus bas, le village de Santa Fe prend des allures de favela. À tel point qu'on oublie qu'à l'origine, il y avait juste ce village, et après seulement le centre bizness clinquant, qui est à Mexico ce que La Défense est à Paris. - À la différence près que Santa Fe, l'usurpateur, a été construit sur une ancienne décharge publique et que d'aucuns se plaisent à répéter que le sous-sol est pourri. 

Mon cours a lieu au 16e étage. Je sens depuis quelque temps qu'il est en train de battre de l'aile. Au début, j'avais 12 étudiants, il m'en reste trois - une usure presque normale d'un cours qui a commencé il y a 15 mois, longévité assez honorable. Nous sommes en passe de terminer la progression A2, le thème du jour, ce sera une systématisation du futur simple et un réemploi via la question classique: où serez-vous dans cinq ans? 

Ce qui, hasard de calendrier, demande de la délicatesse: comme pas mal d'autres entreprises en ce moment, ici on restructure, c'est-à-dire qu'on vire des gens, dont une de mes étudiantes. La couleuvre est avalée, certes, mais je ne m'étonne pas que ses satisfactions futures sont familiales, en gros: voir ses enfants grandir. B., lui, se voit construire sa maison sur un terrain qu'il possède et L. rêve d'ouvrir son club de plongée sur la côte pacifique. 

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Rédigé par Gryphon

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Publié le 27 Mars 2017

On a beau vivre dans une mégalopole, le quartier, c'est le village. On connait ses voisins, et même, chose étonnante, on les apprécie, ce sont des "hola!", des "qué tal?" à la volée dès que je mets le pied dehors, on va évidemment chez les commerçants locaux, cafés, restos, coiffeurs, épicerie, et même le supermarché, normalement haut-lieu de l'anonymat urbain, se transforme en visite amicale, où on papote avec les caissières et caissiers et les retraités qui emballent les achats. 

Alors oui, c'est sans doute un mode de vie profondément mexicain, même si je me souviens d'avoir eu des contacts amicaux avec des commercants en France ou en Allemagne; après tout, il suffit de fréquenter régulièrement et le tour est joué. - Ou presque: je me rappelle ce café de la gare à Cologne où j'allais les dimanches et où les serveurs mettaient un point d'honneur à être désagréables avec les clients, voire de les insulter, chose inimaginable au Mexique.

Bref, je viens d'apprendre que le gars des hamburgers du resto d'en bas de chez moi vient de mourir d'un cancer. Je crois qu'il était plus jeune que moi. Hospitalisé pendant un temps, on l'avait renvoyé chez lui pour qu'il y meure. Oui, tant qu'à faire, je préfererais moi aussi mourir dans mon lit qu'à l'hosto. N'empêche: c'est une présence amicale qui va faire défaut dans le quartier, et c'est une disparition qui me touche plus que prévu, plus que j'aurais pu le prévoir il y a encore une vingtaine d'années quand je vivais en Europe.

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Rédigé par Gryphon

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Publié le 1 Novembre 2012

"Though nothing will keep us together / We can beat them forever and ever..." À 31 ans d'intervalle, "Heroes", le tube de David Bowie cuvée 1978 reste l'hymne par excellence pour ado déphasé, bizuté ou rebelle. La preuve: 

Encore que dans "Christiane F." le film de Uli Edel (1981), il suffisait de recréer la bowiemania berlinoise de la fin des Seventies. Dans le tout récent "The Perks of Being a Wallflower" de Stephen Chbosky (2012), film autour de trois ados dans le Pittsburgh fin des années 80, les protagonistes sont en train de se creuser la tête pour retrouver l'interprête de cette chanson (bande d'ignares). Mais peu importe après tout, puisque la musique, elle, fonctionne: 

Et pour cause. On a tous voulu être un héros, "just for one day".

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Rédigé par Gryphon

Publié dans #Visioconférences

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Publié le 28 Octobre 2012

"L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule." (André Breton)

Sid Vicious, feu bassiste des Sex Pistols, estimait quant à lui qu'il convenait de pousser la chansonette juste avant. Tant bien que mal.

Enregistré à l'Olympia (Paris, France) et présenté par, mais oui, Eddy Barclay ('s not dead, oi oi).

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Rédigé par Gryphon

Publié dans #Surréalisme

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Publié le 22 Juin 2012

Pour l’instant c’est ici à Tijuana

que déambulent Américaines mal médicamentées

Les bus U.S. les délaissent vers midi et demie

(Tijuana, vile ville pharmacie)

 

Pour l’instant, c’est ici à Tijuana

que tard la nuit et jusqu’aux zoorores

défilent d’ahuris hilares Gringos San Diego

(Tijuana, vile ville casino)

 

¡Está la tradición!

¡Está la tradición!

¡La tradición!

 

C’est encore toujours ici à Tijuana

que se troquent préservatifs et coups de feu

et qu’une amie française file à l’anglaise

(Tijuana, vile ville parenthèse)

 

¡Está la tradición! (¡eso!)

¡Está la tradición! (¡vengan, chicas!)

¡La tradición!

 

!Sí, Señor!

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Rédigé par Gryphon

Publié dans #Poetics

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Publié le 18 Juin 2012

Il y a des presque-mers

Comme il y a des presqu’îles

Et des presque-traversées

 

Le coin fumeurs insomniaques se situe

Près des canots de sauvetage à bâbord

Le bar reste ouvert

 

Une animatrice improvise un karaoké

Elle est payée pour mais

Détourne les passagers surbookés du sommeil

 

Beaucoup de gens somnolent

Sur des banquettes envisagées couchettes

Trop de gens dorment mal

 

Mère et fille aspirent à un sommeil salé

Et n’inspirent que l’odeur de rigueur

Des moteurs

 

Il y a des presque-mers

Comme il y a des presqu’îles

Et des presque-rêves

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Rédigé par Gryphon

Publié dans #Poetics

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Publié le 11 Juin 2012

Le car tarde

 

Par dépit elle s’éloigne de l’arrêt et s’enfonce

Dans le désert vers la vieille station

D’essence désaffectée

 

Lui il garde les valises et l’espoir de voir

Un faisceau de phares surgir et perforer

Le bleu-noir étoilé

 

La route mène vers le nord

La route mène vers nulle part

Voilà le car

 

Parlons plutôt de poissons rouges

Leurs faits et gestes dans un bocal

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Rédigé par Gryphon

Publié dans #Poetics

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Publié le 7 Juin 2012

Tard le soir un orage estival

Apporte un peu de fraicheur extrinsèque

Elle se glisse hors les murs

L’eau de pluie habille son corps découvert

Tandis que la nuit la protège et entame

La lutte contre l’utile lumière

De la barque lunaire

Remplie de démons aztèques

 

« T’as vu le ciel ? dit-elle

Mais aucun démon ne lui répond

 

Est-ce la démangeaison du scorpion

Qui la sortira du sortilège

Ou devra-t-elle attendre

 

L’éclipse ?

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Rédigé par Gryphon

Publié dans #Poetics

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Publié le 29 Mai 2012

Le soir sur un palmier près de la jetée

Ils s’agglutinent

Et guettent un paresseux serein

Qui sera comme le summum

D’une belle journée interpassive

 

                        (en attendant, ma mie, courage

Toi non plus on ne te mettra pas

En cage)

 

C’est au détour d’un virage

Qu’on a vu les vautours

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Rédigé par Gryphon

Publié dans #Poetics

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Publié le 25 Mai 2012

L’hôtel un hurlevent du sud

Comme issu d’un film maléfique

« The Shining » de Stanley Kubrick

Comme une ville fantôme qui s’ignore

Santa R., ex-ville minière

 

Il n’y a plus de cuivre ni même d’argent

Les corons sont en ruines

Les tombes profanées d’inadvertance

Le sable est noir empoisonné

(« contaminado » chuchotent les autochtones)

 

Sait-on : tout peut se reconstruire

Voyez Wieck sur le bord de la mer

Baltique hanséatique poméranienne

Extirpé de son passé Ostblock

 

Le restaurant modernisé grâce aux subsides

Et la vieille dame rescapée qui s’émerveille

De sa coupe glacée trois boules myrtilles chantilly

Consciente

Que tout ça n’existait pas

Avant quand on disait « en avant ! »

 

Pas Santa R., non, pas Santa Rosalía

Pourquoi pas Santa Rosalía

Les vents s’engouffrent dans le couloir de l’hôtel

 

La télé s’allume toute seule

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Rédigé par Gryphon

Publié dans #Poetics

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