Mercredi 20 mai 2009

Juste après le concert, une vieille dame m'aborde: "Comment elle s'appelle, la dernière chanson que vous avez joué?" - "Euh... Feuilles Vives, mais c'est une de nos compositions." - "Et vous n'avez pas une cassette, pour que je puisse l'écouter?" - "Une cassette? Mmmnon, mais bientôt peut-être..." Elle hoche gravement de la tête, puis elle s'en va. Flashback: J'ai dix-huit ans et je joue de la gratte acoustique dans les couloirs du métro parisien. Au fil des jours, je réalise que je ne suis pas très doué pour le chant, surtout sans micro. Les parties instrumentales, par contre, ça passe. Juste après un délire en open tuning, une vieille dame me file une pièce de dix francs; elle me recommande gravement de la garder; elle a été elle-même artiste et elle veut me repasser le flambeau. Je me suis sans doute payé un billet SNCF en échange de la pièce, mais le souvenir est resté. Flashforward.

Cinquième concert, donc, et on va bientôt arrêter de les compter. Pour un groupe qui s'appelle Vol de Nuit (je vous épargne le récit des nuits blanches passées à chercher un nom qui nous convienne à peu près...), rien de plus approprié que de débuter dans un café qui s'appelle Cafe de Noche, endroit supposé promouvoir la culture dans un quartier réputé difficile mais en fait tout juste populaire. On colle notre affichette disaïné avec les moyens de bord, on fait quelques photos souvenir et on attend. Le public, par exemple. Comme on est pas encore si célèbres que ça, on démarre le concert avec une demie douzaine de zigues; tout se passe bien, on est bien plus à l'aise que lors du dernier concert où on guettait la réaction du public face aux compos. Je me gourre sur une des chansons, la chanteuse sur une autre, peu importe, l'un(e) rattrape l'autre. Dans la rue, devant le café, des gens s'arrêtent, écoutent une chanson ou deux, puis repartent. Assez cependant pour attirer l'attention des proprios des cafés, qui après le concert nous proposent de venir jouer tous les mardis à la même heure, avec pour gage un pourcentage sur les recettes de consommation. Ce n'est pas encore comme ça qu'on gagnera notre vie, mais c'est un pas dans la bonne direction.

Autre première, on se fait interviewer par un des gars du café et diffuser en live sur une radio internet qu'il a monté. Hum... on l'a fait comment, cette interview? Plutôt wock'n'woll genre "roah l'aut' eh, 'rrête des conneries, nous on fait juste d'la putain de zique qui tue sa mère"? Ou plutôt la variante intellectualiste genre "nos chansons se déclinent dans une stratégie du rhizome deleuzienne, affichant en outre une transversalité tout à fait paradigmatique d'un néo-cubisme fortuit"? Finalement, on se raconte juste ce qu'il faut, bienvenidos a Bol de Nuitttt...

Par Gryphon - Publié dans : Vie urbaine
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Lundi 11 mai 2009

Quatrième concert,  et en principe il ne devrait pas y avoir trop de problèmes: ça tombe sur l'anniversaire de la chanteuse, le public est composé d'invités, de potes. Je m'inquiète juste un peu pour le son: on n'a pas eu le temps de faire un soundcheck complet; je ne suis pas sûr du son du piano et de la guitare par rapport à la voix. Je n'aime pas ces incertitudes évitables, mais d'un autre côté, il y aura toujours moyen d'improviser.


Vers onzes heures, les invités affluent. On va bientôt pouvoir commencer. Bizarrement, la chanteuse a le trac plus que d'habitude. Moi, ça va, mais j'aurais dû éviter la vodka-framboise de tout à l'heure, sans rien dans le ventre. Je réussis à m'isoler une petite demie heure dans la cuisine avec ma guitare, histoire de me concentrer. Le concert de ce soir intervient en fait après deux semaines de répetitions quotidiennes, intensives et créatives. Nous avons tous deux l'impression d'avoir fait un grand bond en avant, d'avoir gagné en assurance, en savoir-faire, en exigeance aussi - à tel point que nous avons viré deux compos qui ne nous plaisaient plus et une reprise qui nous paraissait trop fade. Pour les autres compos, élaborées lors des deux semaines passées, c'est ce soir la première. Bon, on y va? On y va.


On démarre avec "Le Port" (Camille), on enchaîne directement avec "Bobby Chéri" (Emilie Loizeau), puis c'est la première des compos, "Celle-là", la toute nouvelle. S'agit pas de rater le solo ni surtout le refrain tout de suite après. On se concentre, on se concentre et... ça marche, ouf! Le reste des chansons, on les connaît sur le bout des doigts, je peux donc guetter les réactions du public. Je m'aperçois d'ailleurs que "Fly Me To The Moon" marche moins bien que prévu. Comme le dira Oscar plus tard, elle manque de punch; faudra sans doute couper le solo, ou même la restructurer complètement. Le reste passe plutôt bien. On termine avec la country assassine et des "Mañanitas" surprise pour la chanteuse, et voilà, thank you good night.


Tapes sur l'épaule, félicitations - et je me demande qui est sincère et qui est poli. J'en sais trop rien, je tâche de faire descendre l'adrénaline et je quitte l'appart fumer une clope à l'autre bout du couloir. De l'appart me parviennent des sons de salsa; c'est la partie danse qui commence. C'était ma dernière clope et j'ai un excellent prétexte pour aller prendre l'air et marcher quelques pas. Le portier m'indique une tiendita première à droite. Dehors, il fait déjà plus frais. La rue est quasiment déserte, je scrute l'obscurité au cas où il y aurait quelques silhouettes patibulaires, le Centro Historico la nuit peut s'avérer redoutable. Je ne trouve pas la tiendita, je suis trop tête-en-l'air, je retourne sur mes pas, repars dans l'autre direction. Rien non plus, que des façades coloniales assombries. Peu importe, je retrouve mes esprits et je réalise qu'on a réussi notre coup; les compos, c'est ce qui a marché le mieux et c'est très bon signe...


De retour dans l'appart, après un ou deux alcools fort et un article fumigène qui passait, je me retrouve assez rapidement en état de zombification avancée. J'observe les couples qui dansent, et je m'aperçois une fois de plus que je n'aime pas les fêtes; c'est trop bruyant et y a jamais la variété de chips que j'aime. J'ai encore la force de commander un taxi et je suis parti.


PS: Le blog reprend. Mais on va changer de thème, voire de ton. Et avec un peu de chance, la chanteuse y participera...

Par Gryphon - Publié dans : Musiques
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 10 mars 2009

Oscar a au moins deux problèmes: il est en jeans et il est mexicain. On lui refuse donc l'entrée au lycée franco-mexicain où Sarkozy viendra tout à l'heure saluer la communauté française. Une minute plus tard, trois jeunôts, sans doute des élèves du lycée, en jeans et  - comme disait Coluche - blancs, normaux, passent sans problèmes. Protestation immédiate d'une amie d'Oscar, et la demoiselle d'entrée est bien obligée de céder - non sans minauder qu'ici, ce n'est pas le supermarché Leclerc. Oscar aurait pu être Vulcanien, promener un troisième oeil, des cornes et des traces de substance légèrement corrosive dans son sillage, il serait entré quand-même: en tant que conjoint, il était sur la liste des invités. Me suis rappelé que quand je faisais un petit boulot d'étudiant dans une grande radio, les types les plus arrogants, c'étaient ceux qui trimballaient les disques d'un étage à l'autre.


Nous y voilà donc, au lycée. Finalement, dans les 2.500 personnes sont au rendez-vous; je ne connais pas grand monde et puisque je suis en costard, donc déguisé, personne ne me reconnaît non plus. On passe d'une cour à l'autre. Pour faire patienter, la chorale du lycée entame un récital; beau boulot de la maîtresse des choeurs, qu'on sent dynamique, engagée et passionnée par son métier. Malheureusement, en raison d'une acoustique médiocre et surtout l'indifférence générale des gens, ils peinent à se faire entendre - habituel problème des "vedettes américaines", comme on disait à l'époque du music-hall. Les vraies vedettes arrivent avec quelques minutes de retard sur le planning. Tonnerre d'applaudissements, de cris, pas si différents d'un concert de Johnny, ou même de Carla. C'est sûr, Nicolas Sarkozy a des fans dans l'assistance, ce qui n'est pas étonnant: la communauté française de Mexico historiquement a toujours été ancrée à droite. On en entend, par conséquent, des "bravo monsieur le président", avec des accents circonflexes plein les voyelles.



Le drapeau européen était plus étoilé que le discours du président: des "je veux", des "il faut que", des "il n'est pas normal que", des "ça va changer" - rien que de très usuel tiré du Petit Manuel du Parfait Discours Sarkoziste. D'un autre côté, on n'attendait pas non plus un Appel du 18 juin. Ensuite quelques blagues, noyées dans l'acoustique, un hommage à son épouse qui tout dans son rôle de première dame ne va pas ouvrir la bouche (alors qu'une partie non négligeable du public espérait la chansonette).


Et puis surtout, l'évocation de l'affaire Cassez dont tout le monde parle, ici comme en France. Je ne vais pas entrer dans le débat sur l'innocence ou culpabilité de la Française, dont la peine vient tout juste d'être réduite à soixante ans de taule, puisque franchement, je n'en sais rien. En tout cas, il aurait été impossible de la ramener en France dans l'avion présidentiel comme certains forumistes français l'avaient craint ou espéré. Dans les forums mexicains, même les plus modérés des participants, ceux qui estiment qu'il y a bien quelque chose de pas net dans la justice de leur pays, étaient partisans du maintien de la prisonnière au Mexique. Cette commission bi-nationale chargée de réétudier l'affaire dans un délai de trois semaines est pour l'instant la meilleure solution. Attendons la suite.


Fin du discours, le choeur du lycée entonne les deux hymnes nationaux, la mexicaine d'abord, la Marseillaise ensuite. C'était d'ailleurs le seul vrai moment d'émotion de cette après-midi. Ça ne rate jamais, la Marseillaise. Le couple présidentiel va remercier la chorale, serrer quelques mains dans le public (Carla et Sarkozy), signer quelques autographes (Carla seulement). Et les voilà partis, nous laissant tous seuls, nous, le champagne et les petits fours.


Bon. Ça nous fait, voyons voir, trois billets sur Sarkozy tour à tour. Je pense que ça suffira pour l'année.

 

Par Gryphon - Publié dans : Mexique - Communauté : Expatrie(e)s
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Dimanche 8 mars 2009

Le PR est bien arrivé, pas d'annulation en dernière minute; au lieu de ça, toute une masquerade autour de son arrivée réelle et supposée. On disait d'abord qu'il arriverait vendredi et passerait le week-end à la plage; on a dit ensuite qu'il n'arriverait que dimanche soir, non, pas de vacances, ç'aurait été trop indécent et criticable vu l'actualité. Finalement, on n'a pas dit qu'il était arrivé vendredi et qu'il a passé son week-end à la plage malgré tout, non, on a voulu garder le secret, l'opinion publique, vous savez... Il est vrai que quatre gros avions à la queue-leu-leu, ça passe complètement inaperçu. Oh, regarde, là dans le ciel, ce serait pas...? Naaan, c'est des pilotes qui profitent d'une journée de libre pour se faire une petite virée aérienne entre amis, voyons! Mauvaise stratégie que cette idée de vacances secrètes, à une époque où les nouvelles vont tellement vite qu'elles sont obsolètes avant même d'arriver. Pendant ce temps, ça discute ferme dans à peu près tous les forums disponibles.


Et bien sûr, les potins, les ragots, dont certains ne manquent pas de charme. Ainsi celui-ci (comme toujours, à vérifier): Le PR, pour son séjour dans la capitale, a fait réserver la suite présidentielle du palace où il résidra. On se dit que, effectivement, quoi de plus normal pour un président qu'une suite présidentielle? En dessous, ça fait chambre de bonne-WC sur le palier. Problème: la suite en question est occupée par Luis Miguel, chanteur extrêmement populaire dans le pays. On a donc demandé au chanteur s'il ne pouvait pas vider les lieux, puisque, sauf vot' respect, un président étranger... Luis Miguel a poliment mais très fermement décliné l'offre, a envoyé paître tout autre quémandeur, leur signifiant qu'il était vraiment inutile de le faire chanter, lui, qu'il y arrivait bien tout seul.


Autre potin (à vérifier itou): le PR, pour la réception en honneur de la Communauté française lundi au Lycée franco-mexicain, avait souhaité profiter d'une douche et d'une salle de bains à côté du bureau de la directrice. Problème: ni la douche ni la salle de bains n'existaient, il aurait donc fallu les construire rapidement... Ne voyons pas tout négatif: je suppose que par ce geste, le PR aurait voulu démontrer au peuple mexicain ébahi que contrairement aux stéréotypes, si señor, les Français se lavent, à commencer par leurs dirigeants. La directrice a refusé tout bricolage aux environs de son bureau, et le PR n'aura donc autre ressource que de s'asperger de parfums (ce qui depuis au moins Louis XIV est de toute manière nettement plus français que toute autre alternative).

N'empêche: deux (2) refus en si peu de temps?! Ouh, je sens que le PR va être d'une humeur massacrante demain lundi...

Par Gryphon - Publié dans : Mexique - Communauté : Expatrie(e)s
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 5 mars 2009

Cette fois-ci, c'est la bonne: après deux tentatives avortées, le président Sarkozy viendra au Mexique ce dimanche soir... Oui, dois-je vraiment vous rappeler ce que ça coûte comme efforts de logistique et d'hystéries organisatrices? D'aucuns disent - oui, je dis "d'aucuns", parce que quand vous demanderez qui a dit ça, tout le monde répondra "pas moi!" - bref, je disais donc? ah oui: d'aucuns disent que la visite de Jacques Chirac il y a une dizaine d'années, c'était autrement plus relaxant. On a dû changer d'époque entretemps...

D'ailleurs, dans les milieux autorisés, on ne dit plus "le Président de la République", on dit "le PR". Bizarre, ça...  PR, 'ttendez que je me rappelle... c'était le sigle du "parti républicain", non? En anglais, ça donne "public relations". Le président serait-il devenu un parti à lui tout seul ou une nébuleuse de la communication, ou encore une sorte de Voldemort, un You-Know-Who dont il faut taire le nom pour ne pas le voir surgir? PR, prononcé à la va-comme-je-te-pousse, ça sonne comme "père". Le père Foucauld? Goriot? Lachaise? Aucun des trois sans doute, inutile de vous faire mon Lacan du pauvre. Tout au plus peut-on se rappeller qu'on a déjà eu un président que se faisait appeler "tonton" puis "dieu" sous l'avatar de Kermitterrand la grenouille. Les ressemblances s'arrêtent là, quoi de plus opposé aussi que l'adage mitterrandien "il faut laisser le temps au temps" et le slogan sarkoziste "travailler plus pour gagner plus", cessez de rigoler bêtement, voulez-vous?

On a vraiment changé d'époque: force est de constater que NS PR fout la trouille, du moins à tout ceux qui sont censés s'en occuper. Et pour cause, on l'a vu suffisament ces derniers temps: au moindre pépin, vous vous retrouvez dans le colimateur, vous êtes mutés, virés, radiés. A chaque passage, ça en fait, des pauv' cons qui se cassent. Quelle élégance. En attendant, tout le monde viendra voir le PR lundi, lors d'une réception open air, on attend quelque deux mille personnes. On sera bien entouré d'agents de sécurité, de gardes du corps autre que le nôtre, de snipers sur les toits, ça sera charmant, j'en suis sûr. Me suis rappelé du film "Vatel", autre lieu, autre époque, où l'arrivée de Sa Majesté Le Roy, SMLR donc, affolait autant de monde. Ou encore...

Flashback: nous sommes le 17 août 1661; une longue colonne de carosses somptueux se dirige vers Vaux-le-Vicomte; Louis XIV et sa cour se rendent à une fête sur invitation du surintendant Nicolas Fouquet. Nicolas Sarkozy, lui, arrive dimanche avec quatre avions. Fouquet sait recevoir: son château est le plus beau du Royaume, Versailles n'est pas encore construit. Fouquet sait s'entourer: La Fontaine, Madame de Sévigné, Madame de Scudéry, Le Vau, Le Brun, Le Nôtre, aux cuisines: Vatel, déjà lui, et Molière, qui en cette journée du 17 août va représenter sa pièce Les Fâcheux, tiens donc, et il y aura musiques, ballets, jeu d'eaux et de lumières, bref, une fête multimédia inouïe qui retentira dans toute l'Europe. C'est une des raisons pourquoi on appelle le 17e siècle le "Grand Siècle" et qu'on appellera le 21e autrement. Trop beau, tout ceci; trop de fastes, et quand Fouquet ira jusqu'à vouloir offrir Vaux-le-Vicomte à SMLR, ce sera la goutte qui fait déborder le vase royal. Trop de condescendance. Trois mois après la fête, Fouquet est arrêté - pas par n'importe qui, d'ailleurs: par d'Artagnan le mousquetaire, le vrai, rien à voir avec Dumas. Les biens sont confisqués, SMLR récupère tout, y compris Molière, Le Nôtre, Le Brun etc., Versailles va se construire. Fouquet subit un long procès truffé d'irrégularités et est emprisonné à vie. On murmurera que l'Homme au Masque de Fer, c'est lui.


Je me demande pourquoi je vous raconte tout ça, peut-être que ces derniers temps, les histoires royales me trottent dans la tête. Pour en revenir au PR, j'ai pour l'instant l'impression que les Mexicains ne s'y intéressent que d'une façon biaise. Moi: "Sarkozy arrive." Un ami mexicain (moue appréciative): "Ah?" Moi: "...et avec lui Carla Bruni". Un ami mexicain (rayonnant): "AH BON?!"

Par Gryphon - Publié dans : France - Communauté : Expatrie(e)s
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus